Des violences urbaines sous contrôle, mais jusqu’à quand ?, par Olivier Damien.

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Lyon, Rillieux-la-Pape, Beauvais, Metz, Longwy, Montbéliard, Tomblaine… la liste des villes où sévissent quotidiennement des violences urbaines est désormais trop longue pour pouvoir être citée intégralement. Ainsi, des dizaines de milliers de nos concitoyens sont confrontés à la violence, aux dégradations et à la mise à sac des quartiers dans lesquels ils vivent, non plus pour le meilleur, mais dorénavant pour le pire.

Voitures incendiées, Abribus™ détruits, commerces endommagés, équipements publics saccagés : tel est le spectacle qui s’offre à leurs yeux, chaque matin, après des nuits d’émeutes qui n’en finissent plus. Voilà le résultat d’années de laxisme, de laisser-faire et d’indulgence coupable à l’égard de caïds qui n’ont qu’une idée : mettre à bas les valeurs de la République et poursuivre leurs trafics en toute impunité.

Car ne nous y trompons pas, il y a longtemps que, dans ces endroits perdus de notre territoire, les revendications sociales qui servaient hier à justifier tous les débordements ont cédé le pas à une volonté farouche de s’opposer à l’État et d’imposer, par la force, la loi des bandes et des communautés. Le vieil argument qui voulait que la délinquance et la violence soient les signes de révolte d’une population paupérisée et marginalisée est aujourd’hui, chaque jour, contredit par l’actualité. De fait, des milliards de francs puis d’euros ont été injectés au cours des dernières décennies dans ces quartiers en difficultés économiques et sociales (entre 120 et 180 milliards d’euros en quarante ans). De nombreux plans et programmes d’actions ont été mis en œuvre et développés pour venir en aide aux populations les plus défavorisées, notamment par le biais de subventions à près de 15.000 associations ! La jeunesse de ces quartiers a, en particulier, pu profiter d’une manne financière sans équivalent ailleurs dans notre pays. Résultat ? La situation n’a cessé de se dégrader. L’argent public a été déversé dans un puits sans fond, quand il n’a pas, tout simplement, été détourné par certaines familles ou certains clans. Si la même ardeur financière avait été appliquée à nos campagnes, de nombreux villages de France seraient, aujourd’hui, florissants et nos agriculteurs pourraient vivre dignement.

Le constat est donc sans appel. Les politiques de la ville (à laquelle le gouvernement Castex vient d’octroyer une énième enveloppe de 3,5 milliards d’euros) ont été, à de très rares exceptions près, des échecs patents. Nombre de villes et de quartiers qui ont vu arriver l’argent des contribuables à flots sont maintenant gangrenés par le crime. Les réseaux mafieux ont pris possession de lieux où même la police ne pénètre plus, si ce n’est à l’occasion d’opérations de police judiciaire de grande envergure longuement préparées en amont. C’est, d’ailleurs, souvent à l’issue de ces opérations que se déclenchent les violences urbaines ! Soucieuses de protéger « leurs territoires », lieux de trafics divers et variés (drogue, tabac, alcool, armes, etc.), les bandes n’hésitent pas à déclencher une véritable guerre de guérilla contre les forces de l’ordre. Attaques de commissariats ou de casernes de gendarmerie, embuscades destinées aux policiers, aux gendarmes, voire même aux pompiers, tout est mis en œuvre pour que ces espaces restent sous le contrôle de ces criminels.

Face à ce qui est clairement devenu un conflit ouvert entre l’État et des bandes séparatistes, la riposte demeure insuffisante et largement inadaptée. Absence de politique sécuritaire en rapport avec le phénomène, insuffisance des effectifs de police et de gendarmerie dans les zones concernées, cadres juridiques inopérants face à cette nouvelle forme de criminalité, l’État se retrouve en situation de subir des événements sur lesquels il n’a plus prise. Bien plus, la question qui actuellement s’impose est celle de savoir si, en cas d’embrasement général, l’ordre public pourrait encore être préservé dans notre pays. La réponse, à défaut d’une réaction énergique et rapide des pouvoirs publics, mais qui est de plus en plus improbable, est clairement non. La France est sur une poudrière. Et le calme très relatif qui semble encore régner en apparence ne repose que sur la capacité de nos forces de l’ordre à amortir les chocs répétés qui leur sont portés. Équilibre précaire s’il en est, mais qui peut se rompre à tout moment, ce qui ferait, à n’en pas douter, basculer notre pays dans le chaos.

Olivier Damien

Docteur en droit – Commissaire divisionnaire honoraire – Ancien secrétaire général du syndicat des commissaires de police

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