Les actionnaires du CAC 40 se gavent.

La chute est sévère, du jamais-vu dans l’histoire du CAC 40. Sous l’effet de la pandémie virale et de ses conséquences économiques, les bénéfices de trente-sept entreprises sur les quarante qui constituent cet indice ont fondu de plus de moitié en 2020 (51,4 %), par rapport à 2019, tombant à 39 milliards d’euros, selon les données du cabinet PwC, communiquées jeudi 4 mars. Avec un léger recul, le contraste est encore plus saisissant. Par deux fois, en 2017 et 2018, ces groupes se sont approchés du seuil symbolique des 100 milliards d’euros de profits. Le Covid a brisé cet élan.

Le chiffre d’affaires global a dévissé de 11,2 %, à 1 161 milliards d’euros. « Cette année exceptionnelle a vécu au rythme de deux tempos différents, observe Philippe Kubisa, associé au cabinet. Un premier semestre très fortement marqué par un quasi-arrêt de l’activité et un second, certes encore affecté par la crise, mais où beaucoup d’entreprises ont montré de la résilience. »

Le plus surprenant dans cette crise d’une ampleur inédite est « qu’il n’y a pas eu de désastre, or, on pouvait redouter le pire », estime Pascal Quiry, professeur à HEC, en se référant à celle de 2003, dans le sillage de l’éclatement de la bulle internet. « A l’époque, il avait fallu sauver Alstom, Vivendi était au bord du dépôt de bilan et France Télécom croulait sous la dette due au rachat d’Orange », se rappelle le coauteur du Vernimmen, une publication financière de référence

Cinq ans plus tard, la débâcle de 2008, provoquée par la crise des subprimes, entraînait la chute de la banque Dexia. « Dans les deux crises, il avait fallu faire d’urgence des augmentations de capital pour renflouer ces entreprises, ce qui n’a pas été le cas, cette fois. »

Rarement la situation aura été aussi contrastée entre les différents domaines d’activités, entre ceux qui s’en sortent (la santé, les télécoms, la techno) et ceux qui plongent (les biens de consommation, l’industrie ou les matériaux de base). L’écart est considérable, allant des 12,3 milliards de bénéfices de Sanofi, certes dus en grande partie à la cession des parts d’une biotech américaine, aux 8 milliards de pertes de Renault. « C’est la première fois que nous voyons des secteurs aussi fortement affectés », observe M.Kubisa.

La baisse de la consommation mondiale couplée à un recul des prix du pétrole a amputé de 48 milliards le chiffre d’affaires de Total, soit une diminution de près de 30 %. Une chute semblable pour Airbus ou Unibail Rodamco, le premier étant victime de la déconfiture du transport aérien, l’autre de la crise de l’immobilier de bureaux et des centres commerciaux. Le secteur bancaire a également été affecté, même si les bénéfices restent importants pour BNP Paribas, alors que Société générale vire au rouge. « Les écarts se creusent entre les deux banques, alors que BNP, Société générale et Paribas avaient les mêmes résultats en 1999, constate M. Quiry. C’est le propre des crises de révéler et d’amplifier les difficultés. » 

En revanche, la vigueur de la demande en Asie, principalement en Chine, dès le début du second semestre, a permis aux entreprises du secteur du luxe, comme LVMH, Kering ou Hermès, d’atténuer le recul enregistré dans d’autres régions du monde. Idem pour L’Oréal, qui a constaté une accélération de ses ventes en fin d’année.

L’espoir d’une embellie de la situation mondiale à mesure que la vaccination s’étendra, combinée aux multiples plans de relance, conduit les groupes à refaire des prévisions. Ils y avaient renoncé, l’an dernier. « Aujourd’hui, on sent une volonté de redonner de la visibilité aux investisseurs, constate M.Kubisa. Vingtneuf entreprises ont esquissé des perspectives pour l’année 2021 lors de la présentation de leurs résultats, vingtquatre ont fourni des tendances de croissance du chiffre d’affaires et dixsept les ont même chiffrées. »

Mais, comme on pouvait s’y attendre et contre toute vision patriotique de la situation économique, une autre amélioration est attendue du côté du versement des dividendes. En 2020, en pleine crise liée au Covid, le gouvernement avait demandé aux entreprises recevant des aides publiques de ne pas rémunérer les actionnaires, et l’AFEP, une organisation patronale regroupant les cent dix plus grandes entreprises françaises, avait appelé ses adhérents à réduire leur dividende de 20 %. Dans le même temps, le régulateur bancaire européen recommandait aux banques de ne pas en verser.

Conséquence, les versements par les grandes entreprises françaises en 2020, au titre de l’exercice 2019, ont chuté de 43,9 %, à 29,6 milliards d’euros, selon la société de gestion Janus Handerson. Ce qui n’est déjà pas rien quand on pense à la dette creusée par les conséquences de la pandémie virale.

Mais, cette année, au titre de l’exercice 2020, trente-deux firmes proposent un dividende. « Nous assistons à un phénomène de vases communicants, des entreprises qui ont restreint leur versement l’an dernier vont compenser une partie en donnant la différence cette année », estime Florian Allain, gérant chez Mandarine Gestion. Autrement dit, il n’y aura aucun sacrifice à attendre du côté des actionnaires !

Même si des groupes comme Accor, Airbus, Renault ou Unibail Rodamco, très touchés par la crise, continueront de faire l’impasse. La prudence est encore de mise dans le secteur financier, où le régulateur européen a autorisé à verser une somme représentent 15 % des bénéfices cumulés de 2019 et 2020. « Cette mesure prendra fin en septembre, et des banques ont déjà prévenu qu’elles allaient reprendre leur politique de dividende », explique M. Allain.

Autre effet, cette fois mécanique, de la chute des résultats et de la hausse des dividendes : le taux de distribution, qui représente généralement 50 % des bénéfices, « sera plus proche de 60 % cette année », précise M. Allain. Il devrait revenir ensuite à sa jauge d’avant-crise, l’année 2021 débutant sous le signe d’un rebond de l’activité et des bénéfices, comme cela avait été le cas après la crise des subprimes de 2008.

Cependant, en douze ans, les perceptions ont changé. A l’époque, peu de gens contestaient le versement de dividendes. « L’acceptation du public n’est plus la même. On l’a vu pendant la pandémie, certains estiment que c’est un scandale de verser de l’argent aux actionnaires, tandis que d’autres se demandent si c’est vraiment nécessaire. » Le débat s’annonce « très tendu », précise-t-il.

C’est aussi notre point de vue, que l’on pourrait voir comme étant de nature simplement économique ou, à la limite, éthique. Mais qui, en réalité, se veut simplement PATRIOTE.

Le 7 mars 2021.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2021/03/07/les-actionnaires-du-cac-40-se-gavent/

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