Le dernier empereur d’Occident 3/3

Assassinat de l’empereur Julien (331-363)…

« le plus grand homme qui peut-être ai jamais été », Voltaire.

Toute sa vie, Julien respectera scrupuleusement la morale mithriaque, exigeante et chevaleresque: loyauté, maîtrise de soi, bonté et piété. Une des premières mesures de l’autocrate est de proclamer la liberté religieuse, pour les païens, dont les temples en Orient étaient pillés par le clergé, pour les hérétiques. Ces derniers sont libres de rentrer d’exil, de sortir de la clandestinité, à la grande fureur des orthodoxes.

Nulle persécution donc, comme l’a prétendu l’hagiographie ecclésiastique: tout simplement les chrétiens redeviennent des citoyens comme les autres. Pour le clergé, le temps du privilèges, du parasitisme des finances publiques, de la spoliation systématique est terminé. Quelques émeutes anti-chrétiennes éclatent en Orient, à Alexandrie par exemple. Julien entreprend de réformer la Cour orientalisante de ses prédécesseurs: il supprime les postes inutiles ainsi que le cérémonial calqué sur celui des Sassanides pour revenir à une certaine austérité, une simplicité plus romaines. Car, fidèle à ses modèles Trajan et Marc-Aurèle, le jeune empereur aspire à un retour au principat libéral des Antonins avec un Sénat respecté, des cités autonomes. Tout le contraire de l’Empire centralisé et totalitaire des souverains chrétiens, leur police politique (les agentes in rebus) toute-puissante, leur administration tentaculaire, sans oublier le fisc… Tout comme Marc-Aurèle, Julien pratique une politique de déflation, réduit les charges, répartit mieux les impôts, qui diminuent de 20%. Dans l’armée, il rétablit la discipline et veille au paiement régulier de la solde. L’avènement de Julien marque le début d’une authentique réforme intellectuelle et morale, d’un effort de recivilisation. En effet, le Prince éprouve, depuis toujours, une vive répulsion pour la violence physique et la répression aveugle, fait unique au IVe siècle, « époque où l’on a haï le plus » (Cioran).

Dans ce siècle de fer, Julien le Philosophe sera le seul souverain réellement tolérant, le seul à refuser les conversions forcées: « Pour persuader les hommes et les instruire, il faut recourir à la raison, et non aux coups, aux outrages, aux supplices corporels. Je ne puis trop le répéter: que ceux qui ont du zèle pour la vraie religion ne molestent, n’attaquent ni n’insultent les foules des Galiléens. » Pour lui, l’hellénisme est l’humanisme par excellence: le renier, comme le font nombre de Chrétiens de son temps, est à ses yeux le pire des crimes. Mille générations d’hommes, et non des moindres, Homères, Hésiode, les Tragiques, le divin Platon, seraient perdus à jamais pour n’avoir pas adoré le Christ ? Idée impensable pour ce philhellène. Le « Tu n’adoreras pas d’autres Dieux », le « Je suis un Dieu jaloux » lui paraissent de purs blasphème et, à ses yeux, le Dieu d’Israël n’est qu’un Dieu national, celui des Hébreux. Il y a chez Julien un refus net de l’universalisme religieux. Déjà le polémiste Celse ironisait sur la révélation envoyée « dans un seul coin de la terre ». L’arrivée tardive du novus Deus Galilaeus faisait les gorges chaudes païens anciens : Celse l’appelle « Celui qui vient d’apparaître ». En fait, pour Julien, les Chrétiens, qui ne sont même pas fidèle au Dieu des Hébreux, sont des apatrides, qui n’ont point leur place dans vision hiérarchisée du Cosmos où chaque peuple a ses Dieux nationaux, qu’il appelle « ethnarques ».

Au mois de Mars 363, aveuglé par le mirage oriental, l’Empereur lance contre la Perse la grande expédition dont il ne reviendra pas. Après sa mort, providentielle pour l’Église, son successeur, le chrétien Jovien, signe une paix honteuse avec les Perses, réduisant à néant les acquis de la campagne. Le clergé pavoise et les païens se terrent. C’est le début de la légende noire de Julien, qui durera mille ans. Pourtant, nombreux sont les chrétiens qui reconnaissent l’envergure exceptionnelle et le charisme de l’autocrate. Ses idées forment de la propagande païenne au Ve siècle et son prestige fait de lui le héros de la résistance au christianisme. Ses oeuvres continuent d’être lues à Byzances par des cénacles non-conformistes, qui perpétuent sa mémoire et recopient inlassablement ses manuscrits. En 1489, Laurent de Médicis fait représenter une pièce ou Julien apparaît comme le défenseur de la grandeur romaine et de l’hellénisme. Ses écrits sont alors publiés, devenant accessibles à toute l’élite cultivée. Pour un Païen, contemporain, l’immense Julien demeure un modèle de droiture, de pureté, ainsi que le héros clandestin de notre culture. Comment ne pas partager l’opinion de Montaigne: « C’était, à la vérité, un très grand homme et rare, […]; et, de vrai, il n’est aucune sorte de vertu de quoi il n’ait laissé de très notables exemples »; ou celle de Montesquieu: « Il n’y a point eu après lui de prince plus digne de gouverner les hommes » ?

Christopher Gérard, « Parcours païen »

QUELQUES FRAGMENTS D’UNE VIE BRÈVE MAIS INTENSE

– ACTIONS SUR LE PLAN PHILOSOPHIQUE

Ayant été initié très jeunes à la culture grecque, et à la passion de la lecture, Julien suit plus tard des cours de philosophie à Athènes, où il côtoie Basile de Césarée et Grégoire de Nazianze qui deviendra son adversaire. Il a également étudié l’astronomie dans les traités de Ptolémée. Citant de mémoire Homère, Platon et Plutarque Julien resta toute sa vie un observateur politique attentif et combattant militaire audacieux, développant une pensée à la fois traditionnelle et pragmatique, 

– Il a écrit un ouvrage critique contre le christianisme, le « Contre les Galiléens » détruit par les chrétiens.

Adepte de la philosophie néoplatonicienne, on peut distinguer également parmi ses œuvres :

– des lettres à des amis ou à des personnages de son temps,

– des écrits satiriques ou polémiques : Les Césars, Le Misopogon, Contre Héracleios, Contre les cyniques ignorants,

– des écrits philosophico-religieux : Sur la Mère des dieux, Sur Hélios-Roi,

– des écrits politiques ou philosophico-politiques : Lettre à Thémistius, Lettre aux Athéniens

– des écrits rhétoriques : éloges de Constance (l’empereur, son cousin), d’Eusébie (impératrice, épouse de Constance), une consolation à soi-même.

– ACTIONS SUR LE PLAN RELIGIEUX

A la mort de Constance, Julien veut s’opposer à l’hégémonie de la nouvelle religion adopté par ses prédécesseurs. Il propose dans un premier temps un retour au polythéisme et à la tolérance ou chacun, y compris juifs et chrétiens trouveront leur place.

– Il promulgua un Edit de tolérance en 362, autorisant toutes les religions, abrogeant également les mesures prises non seulement contre le paganisme mais aussi contre les juifs et chrétiens qui ne suivaient pas le credo d’inspiration arienne. 

– Julien repris le titre de Grand Pontife au sens originel, releva les temples, restaura les prêtres dans leur fonction. Il remplaça les notaires technocrates de Constance par des élèves de Libanius, et nomma de nouveaux gouverneurs, vicaires (responsable d’un diocèse subordonné au préfet du prétoire, mais supérieur au gouverneur) et préfets…choisis parmi les païens.

– Mais l’intolérance des chrétiens refusant la cohabitation avec les autres croyances,  il alla droit au but en promulguant des lois anti-chrétiennes, le 17 juin 362, comme les lois interdisant aux chrétiens d’enseigner la poésie classique parce qu’elle évoquait des dieux qu’ils refusent.

– En revanche, il refusa toujours les persécutions, (malgré quelques exécutions de soldats résistants), en affirmant que les chrétiens devaient reconnaître leurs erreurs par eux-mêmes.

Gibbon, dans Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain, parla du système très ingénieux utilisé par Julien afin de parvenir à ses fins sans être coupable de persécutions.

Ainsi, Julien avait une certaine considération pour les Juifs dont il reconstruisait le temple. En effet, pour lui, le christianisme étant une déformation du culte de Yahvé.

– Julien prit aussi modèle sur l’Eglise chrétienne afin de réformer les institutions païennes: il la hiérarchisa sous ses grands prêtres, assimilés à des évêques, chargés des sacrifices et les cérémonies, mais il créa également des institutions charitables et invita donc à pratiquer les vertus chrétiennes de charité envers les pauvres et les malades, d’ascétisme…

Julien désirait revenir à un système moins autocratique et plus conforme à la tradition républicaine : il était partisan d’un principat libéral.

– ACTIONS SUR LE PLAN MILITAIRE

Travailleur acharné, Julien se soumet dés son éducation à un dur entraînement militaire, et cet intellectuel se révèle rapidement un excellent administrateur et un stratège efficace et un combattant courageux. 

– Installé à Lutèce (Paris), où l’armée le reconnaît « César des Gaules » il mène une campagne victorieuse contre les Alamans qui s’achève par une victoire éclatante à Argentorate (Strasbourg) en 357.

Mais a tension monte entre Julien qui vient d’être nommé Auguste et marche sur Constantinople où l’empereur Constance mourant, se résout, pour conserver le pourpre impérial dans la famille à le nommer malgré tout son successeur en 361.

– Julien s’engage alors sur le front oriental dans une campagne qui mènera son armée jusqu’à la capitale des Perses. Mais accablé par la chaleur du climat les réticences ‘une partie de son armée, le manque de moyens logistiques amplifié par la politique de la terre brûlée des Perses, il doit battre en retraite et, le 26 juin 363, est mortellement blessé au combat. 

– ACTIONS SUR LE PLAN POLITIQUE

Julien devenu empereur à la mort de Constance en 361, manifeste son intention de revenir à un empire de forme moins autocratique et plus conforme à la tradition républicaine du principat telle qu’elle existait sous Auguste. Son règne n’en reste pas moins autoritaire.

– Il réorganisa donc et assainit l’administration en réduisant le personnel du palais et celui qui était affecté à l’espionnage et la délation (les notaires).

– En accord avec son mode de vie sobre, il réduisit le cérémonial et l’apparat de la cour. Il expulsa notamment les serviteurs du palais.

– Il rendit au Sénat ses anciens privilèges : immunités fiscales et judiciaires.

– Il rendit aux curies (les lieux de rassemblement du conseil municipal en province) le droit de perception des impôts, les repeupla de personnes capables d’assumer financièrement cette charge et dispensa la curiale de chrysargyre (impôt reçu en métaux précieux).

– Il tenta de rendra la justice personnellement autant que possible et fit réduire le temps d’attente des procès ;

– Il essaya de réduire les charges qui accablaient certaines classes sociales, en s’opposant notamment aux arriérés d’impôts qui ne profitaient qu’aux riches. Il restitua également aux cités leurs biens communaux confisqués par Constantin.

Après avoir réorganisé la lourde administration impériale, il va s’installer à Antioche pour y préparer l’invasion de la Perse. Mais là, il se heurte à la nombreuse population chrétienne de la ville, qui lui manifeste son hostilité.

– CONCLUSION

Julien fut le seul successeur de Constantin 1er à ne pas pratiquer la nouvelle religion. On lui prête ce mot apocryphe au moment de sa mort : «Tu as vaincu, Galiléen !», le Galiléen en question n’étant autre que le Christ.

L’empereur mérite mieux que cette mauvaise réputation. Jeune général toujours victorieux, mort au combat à 33 ans, il fut le plus intellectuel des empereurs romains, avec Marc Aurèle, son modèle…

Sources principales :

–  www. Wikipédia 

–  www. »Le chemins sous le buis », divers articles

–  www. »Erigénia »

–  www.Hérodote.net

– « Julien, La mort du monde antique », Claude Fouquet  (1985, réédition : L’Harmattan, 2009,)

–  www.Remacle, étude sur Julien

www. histoirepourtous.canalblog.com

http://alawata-tradition.blogspot.com/p/histoire.html

Un commentaire sur “Le dernier empereur d’Occident 3/3

  1. Mes chers Amis,
    Pardon de vous contredire, Julien l’apostat fut une franche ordure à vomir! J’ai dans ma bibliothèques des livres très anciens qui, tous, confirment mes dires: c’est pire encore que ce que vous imaginez! Lisez vous donc vraiment et
    avez-vous franchement une bonne culture philosophique et théologique?

    Servez-vous aussi des exégètes catholiques: saint Augustin et surtout saint Thomas d’Aquin (dans le texte d’origine bien sûr) dans de bonne éditions: Louis Vivès, Opera omnia, l’édition Léonine, L’Abbé Drioux, etc Bon courage et bonne lecture! Il y a aussi les néo thomistes et j’en passe: allez donc à Cologne et à Tubingen!

    Très humblement vôtre,

    Le pauvre pécheur que je sais être.

    Que Dieu vous garde, vous bénisse et vous protège!

    En union de prières.

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