Le dernier empereur d’Occident 2/3

Assassinat de l’empereur Julien (331-363)…

« le plus grand homme qui peut-être ai jamais été », Voltaire.

Assassinat de l’empereur Julien le Philosophe

L’Histoire, est écrite par les vainqueurs, leur offrant ainsi la tentation humaine d’embellir leurs actions. Mais parfois, la haine dicte aussi leur témoignage qui alors humilie lâchement leur adversaire pourtant déjà à terre, alors le manque de noblesse du vainqueur, le rend indigne des lauriers que le sort de la bataille lui a décerné…

C’est ainsi que l’empereur romain Flavius Claudius Julianus, lâchement assassiné par un soldat romain chrétien. le 26 juin 363.. est communément désigné sous le nom insultant de « Julien l’Apostat » (L’apostasie signifie le renoncement consenti et réfléchi à faire partie d’une organisation religieuse).

Et pourtant, la vie de cet homme exemplaire, mort à 32 ans après seulement 20 mois de règne, force l’admiration et le respect et impose que lui soit rendu à jamais son autre nom de « Julien le Philosophe » donné par ses contemporains et qui révèle la sagesse de ses actes et de ses œuvres. 

Sa mort survenue tragiquement illustre bien la vie exemplaire de cet homme qui consacra sa courte vie à protéger et restaurer la pluralité païenne de l’empire désagrégé. Mais l’empereur Philosophe dut aussi revêtir l’armure et s’engager dans une campagne de résistance contre les Perses, enhardis depuis la mort de Constance II et qui contrôlaient alors les sources du Tigre et les portes de l’Asie mineure.

Après la bataille de Ctésiphon le 29 mai 363, et malgré la superbe victoire tactique des romains obtenue devant les murs de la cité, Julien est contraint, faute de moyens de lever le siège de la ville et de se replier le long du Tigre, harcelé par les troupes deu Roi Shapur.

L’empereur Julien reste au plus fort des combats, dans l’arrière garde l’arrière de son armée qui inflige de lourdes pertes à l’ennemi. Dans le secteur de Samarra, au centre de l’actuel Irak,  alors que l’arrière garde subit de violentes attaques, l’empereur Julien se précipite dans la mêlée au milieu de ses hommes galvanisés. Ainsi disparaissait le dernier grand Empereur romain et avec lui les rêves du monde antique…

Dans la vision erronée et manichéiste des vainqueurs du paganisme, Julien est faussement représenté comme un réactionnaire qui refuse l’évolution du monde social, politique ou religieux. 

Or il n’en est rien, car s’il voulait restaurer les rites anciens Julien agissait dans l’esprit de tolérance qui caractérise les polythéismes traditionnels et les platoniciens, tout en observant les nouveaux courants de pensée politique ou religieuse. Ainsi, pour ses réformes, Julien savait s’entourer des meilleurs esprits de son temps : Ammien Marcellin, le dernier grand historien latin, Libanios, le dernier grand rhéteur grec, Oribase, le dernier grand médecin de l’Antiquité, et le préfet philosophe Salutius. 

Claude Fouquet est l’auteur d’une passionnante biographie de l’empereur Julien : Julien, La mort du monde antique (1985, réédition : L’Harmattan, 2009, 366 pages, 32,50 euros).

«Quand, avec l’aide de Pierre Grimal, j’ai entrepris d’évoquer le destin de l’empereur Julien, c’est parce que, malgré la distance des siècles, je croyais comprendre les sentiments d’un homme qui voyait autour de lui s’effondrer les valeurs qu’il aimait. Mais au fur et à mesure que j’ai lu ses écrits et ceux de ses contemporains, je me suis aperçu que, loin d’être uniquement rétrospective, sa pensée était fortement imprégnée de christianisme, et que l’interprétation qu’il donnait de la pensée antique était proche de celle des Pères de l’Église, ses condisciples à Athènes, tels Grégoire de Nazianze, Basile de Césarée, et aussi de celle de Jean Chrysostome, rencontré à Antioche. Curieusement, il avait les qualités d’un saint chrétien : chasteté comprise. C’est sur le modèle de l’Église qu’il chercha à fédérer les cultes païens, qui avaient toujours été indépendants jusque-là » (Claude Fouquet)

Voici des extraits d’un texte de Christopher Gérard publié sur les blogs  « Erigénia » en 2010 et « Le chemin sous les buis » en 2013.

« Les amis de l’empereur Julien sont toujours des gens bien; et ses calomniateurs des canailles » G. Matzneff, Boulevard Saint-Germain, 1998

« Julien est admirable. Il y a toujours des moments dans la vie où son exemple fait chanceler » Michel Déon, lettre du 24 novembre 2002

Le 26 juin 363 mourait l’empereur Julien, « le plus grand homme qui peut-être ai jamais été » (Voltaire), tué à l’ennemi… mais par un javelot romain! Nul ne sait qui arma ce bras, qui priva l’Antiquité de son dernier grand capitaine et Rome de sa plus belle victoire depuis Hannibal: la chute de l’empire perse, son seul concurrent sérieux…

A Julien agonisant, ses amis les philosophes néo-platoniciens Priscos et Maxime d’Éphèse transmirent un oracle d’Hélios :

Quant à ton sceptre tu auras soumis la race des Perses,

Jusqu’à Séleucie les pourchassant à coups d’épée,

Alors vers l’Olympe tu monteras dans un char de feu

Que la région des tempêtes secouera dans ses tourbillons.

Délivré de la douloureuse souffrance de tes membres mortels,

Tu arriveras à la lumière éthérée de la cour royale de ton père,

D’où tu t ’égaras jadis, quand tu vins demeurer dans le corps d’un homme.

Ces quelques vers parurent réconforter l’Empereur qui expira à 32 ans, après un court règne de vingt mois. 

Né en 331 d’une vieille famille d’adorateurs de Sol Invictus, Julien assista à l’âge de six ans, au massacre de son père, de son oncle, de ses cousins, égorgés sous ses yeux sur l’ordre du chrétien Constance II. Seul survivant avec son demi-frère Gallus de ce carnage dynastique, il fut élevé dans la religion chrétienne, qu’il connut donc de l’intérieur avant de la combattre. Le surnom insultant d’Apostat (« renégat »), donné par des chrétiens, ne se justifie que dans une vision déformée de l’Histoire (parle-t-on de Constantin l’Apostat?) ; il est donc plus juste de l’appeler Julien le Philosophe ou même Julien le Grand, comme ses contemporains. Car Julien, « l’immense Julien » (G. Matzneff) ne fit que rejeter la religion des assassins de ses parents, qu’un baptême fort opportun avait, aux yeux du clergé, lavés de leurs crimes. »

L’immense Julien ne fit que rejeter la religion des assassins de ses parents, qu’un baptême fort opportun avait, aux yeux du clergé, lavés de leurs crimes. Après une enfance cloîtrée et studieuse, passée en Cappadoce dans l’amitié des livres mais dans la crainte constante d’être assassiné, Julien étudia la philosophie et la littérature grecque, qui achevèrent de le convaincre de l’imposture chrétienne. Dès 351, Julien est redevenu ce qu’il était depuis toujours: un adorateur des anciens Dieux, et tout particulièrement d’Hélios. […] À l’âge de vingt ans, sa conversion au paganisme consommée, Julien fréquente les cénacles païens, qui observent d’un oeil plein de sympathie pour ce jeune prince impérial dévoué à leur cause. Pour cette franc-maçonnerie qui rêve au retour des Dieux, Julien représente l’espoir de restaurer l’hellénisme, de sauver l’Empire de la décadence qui le mine. Supérieurement intelligent et lucide, rempli d’un amour aristocratique du passé et d’un mépris infini pour le présent chrétien, Julien, qui est aussi le dernier descendant de la famille de Constantin, mène alors la vie rangée du jeune philosophe, simple et accessible, d’où sa popularité, qui ne laisse d’inquiéter Constance II. Vers 350, le christianisme est encore minoritaire: les classes dominantes, l’intelligentsia, la haute administration, le corps professoral, l’armée, l’aristocratie, demeurent fidèles aux Dieux de l’Empire. Sous Constantin (306-337), les chrétiens ne représente que cinq pourcents de la population mais ils sont remarquablement organisés en une Église, qui est déjà un modèle d’opportunisme.

Les conversions sont souvent dictées par l’intérêt, comme celle de l’évêque de Pégase, adorateur en secret d’Hélios… Dans ce contexte, parler de « Crépuscule des Dieux », de « fin du paganisme » ne correspond nullement à la réalité: à l’instar de la civilisation romaine, on peut dire, en paraphrasant Piganiol, que le paganisme a été assassiné. […] Naturaliter paganus, le jeune prince a, très tôt, ressenti une répulsion instinctive pour la foi chrétienne, totalement incompatible avec son mysticisme panthéiste et solaire, son amour de la culture grecque, méprisée par les Galiléens. Primordial est le rôle joué par son pédagogue, Mardonios, qui fut pendant les années de jeunesse de l’orphelin, le seul adulte à lui témoigner de l’affection. Il semble qu’il y ait eu conversion à Mardonios, qui se mua en conversion à la Paideia hellénique, ce qui explique son refus du christianisme, en tant que contre-culture.

Après quelques courts moments passés à Athènes, où il se fait initier aux Mystères d’Eleusis, Julien se voit confier la défense des Gaules ravagées par les Barbares. Il y fait ses premières armes et montre des qualités militaires et administratives inattendues chez un rat de bibliothèque. Sa popularité ne cesse de croître, attisée par ses amis crypto-païens, à la tête desquels se trouve le médecin Oribase. Enhardi par ses premiers faits d’armes, Julien écrase les Germains près de Strasbourg: il est alors maître d’une Gaule pacifiée pour 50 ans. Il n’hésite pas à franchir le Rhin à plusieurs reprises, dernier César à porter les aigles impériales au-delà du fleuve. C’est dans sa chère Lutèce, dans l’Ile de la Cité, qu’il est proclamée Auguste à la mode germanique en 360 par les troupes celtiques révoltées.

Relisons ce qu’en dit Julien. Les hommes de Constance tentent de soudoyer ses partisans, mais « l’un des officiers de la suite de ma femme surprend cette surnoise manœuvre et me la révèle sans tarder. Quand il voit que je n’en fais aucun cas, hors de lui comme les gens inspirés par les Dieux, il se met à crier en public, au milieu de la place: Soldats, étrangers et citoyens, ne trahissez pas l’Empereur !

À suivre

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