Islamo-gauchisme : la polémique continue

Décidément, Mme Frédérique Vidal dénonçant après Blanquer l’islamo-gauchisme universitaire aura rouvert une boîte de Pandore aussi révélatrice que passionnelle.

Ce 2 mars, par exemple, le camarade Chevènement statue du commandeur d’un jacobinisme presque émouvant, pontifiait dans L’Opinion sur le thème : « L’expression islamo-gauchisme brouille les idées. »[1]

Concédons en effet aux défenseurs de tous poils que compte la dictature intellectuelle actuelle, que le mot islamo-gauchisme, un néologisme pour sûr, ne figure pas dans l’édition 1877 du Littré.

Il semble même que son premier utilisateur, l’irremplaçable Taguieff, qui n’est pas à une invention linguistique près, s’en est servi, au départ, pour stigmatiser lui-même la convergence entre les mouvements d’extrême gauche et, non pas les islamistes proprement dits, mais les activistes investis dans le conflit du Proche Orient. Nous sortons donc du sujet. Encore que…

Quand on lit la prose de M. Edwy Plenel qui ose « assimiler le sort des musulmans dans la société française d’aujourd’hui à celui des juifs à la fin du XIXe siècle, au moment de l’affaire Dreyfus » (je cite ici Chevènement), et qui soutient par exemple Tarik Ramadan, on se dit quand même que l’expression islamo-gauchisme n’est pas vraiment un faux concept, ne « brouille » pas « les idées ». Oui, l’islamo-gauchisme existe je l’ai rencontré, en lisant Médiapart.

Certes le mot est nouveau. Mais le terme gauchisme l’est aussi, et Lénine l’employait péjorativement pour définir et dénoncer « la Maladie infantile du communisme », dans un texte qui date de 1920.[2]

Quant à la distinction, indispensable, entre islam et islamisme, elle aussi elle est récente. Et la frontière semble même à certains spécialistes, bien poreuse.

Le 26 février, dans Le Figaro, Yves Thréard cernait en fait, beaucoup plus largement « ce nouveau militantisme qui se propage en Europe et en France. Ses thèses irriguent de plus en plus les milieux politiques, syndicaux, universitaires, intellectuels, sportifs. Elles ont pris d’assaut les réseaux sociaux, qu’elles polluent de leurs détestations. Importée des États-Unis dans le sillage du mouvement Black Lives Matter, cette vague ne recule devant aucune outrance pour s’imposer. On l’a vue à l’œuvre à Paris, en novembre 2019, quand des manifestants défilant contre l’islamophobie arboraient une étoile jaune ! Émettre une critique, c’est permettre à ses tenants de se poser en victimes. Frédérique Vidal vient d’exprimer son inquiétude face à la montée de l’islamo-gauchisme dans les facultés. Aussitôt, les mandarins de l’enseignement supérieur ont exigé la démission de la traîtresse.

Ainsi sont-ils, ces apôtres de l’antiracisme, de la diversité, de la défense des minorités : des activistes aux pratiques totalitaires. C’est l’ère des sectaires. »

Or cette ère des sectaires remonte à des racines beaucoup plus anciennes que ne semblent le penser les ultra-jacobins, les intégristes barbus de la république laïque et obligatoire à la Chevènement.

On sourit amèrement de son propos quand le même Chevènement, rédacteur du programme commun socialo-communiste signé en 1972 dénonce aujourd’hui « l’erreur » d’avoir voulu une France indivisible « de Dunkerque à Tamanrasset ». Non seulement la formule avait été prononcée par Mitterrand ministre de l’Intérieur en 1954, mais elle semble avoir beaucoup influencé un mouvement qui s’appelait à l’époque « Patrie et Progrès » que le jeune Jean-Pierre Chevènement a bien connu. Erreur de jeunesse ? Il l’a corrigée lorsque, négociant en tant que ministre de l’Intérieur, l’organisation d’un soi-disant islam de France, il n’a pas su faire accepter à ses interlocuteurs musulmans le droit de changer de religion.

Que veut dire alors la péroraison de sa tribune ? Car, toujours dans L’Opinion, il fait l’éloge d’une république laïciste qui « s’aveugle volontairement sur la race et sur la religion. Elle ne connaît que des citoyens. Elle ne demande pas aux musulmans de renier leur foi. Elle leur demande ce qu’elle demande aux autres : une certaine discrétion dans l’expression de leur foi religieuse dans l’espace public et le respect de l’unité de la République. »

Cette illusion, cette volonté d’aveuglement volontaire, cette logomachie creuse, il entend les faire partager aux Français.

JG Malliarakis  

Apostilles

[1] cf. La tribune de Jean-Pierre Chevènement

[2] Initialement sous-titré: Essai de causerie populaire sur la stratégie et la tactique< marxistes, ce texte de référence est disponible sur le site internet marxists.org.

https://www.insolent.fr/2021/03/islamo-gauchisme-la-polemique-continue.html

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