LA FRONDE, RÉVOLTE BAROQUE

Dans la nuit du 5 janvier 1649, en pleine Fronde, la Cour quitte précipitamment Paris insurgé pour Saint-Germain. Le jeune Louis XIV, âgé de dix ans, perçoit la panique chez les adultes. C’est ce souvenir, dit-on, qui l’incitera plus tard à imposer son autorité. La première Fronde, née de l’affrontement entre Mazarin et les magistrats, s’achèvera par la paix de Rueil (mars 1649).

Elle sera suivie par la Fronde des princes où s’illustreront Condé, Conti, le duc et la duchesse de Longueville, la princesse Palatine – truculent personnage auquel Jérôme Fehrenbach consacre une riche biographie (1) -, le cardinal de Retz, Turenne et le duc de La Rochefoucauld. Période d’intrigues et de complots où interviendra l’étranger (les Espagnols) et où les alliances se feront et se déferont. La défaite des révoltés, le retour du roi à Paris et le rappel de Mazarin, un temps sacrifié par Anne d’Autriche, ramèneront l’ordre : en 1653, la Fronde sera terminée.
Cette chronologie traditionnelle est remise en cause par Jean-Marie Constant, un spécialiste de l’Ancien Régime, dans un ouvrage novateur (2). Soulignant que la Fronde est « l’explosion de mécontentements accumulés depuis le règne de Louis XIII et de Richelieu », l’auteur replace la révolte des années 1648-1653 dans une séquence plus large qui s’étend du coup d’Etat au cours duquel Louis XIII a éloigné sa mère, Marie de Médicis, en 1617, au début du règne personnel de Louis XIV, en 1661. L’historien réévalue surtout les causes de la Fronde, réaction, selon lui, à l’excès de pression fiscale, à la trop grande puissance de Mazarin, au poids de la guerre de Trente Ans et du conflit avec l’Espagne. Les Frondeurs, nourris de littérature baroque, rêvaient de réformer le royaume, mais à travers un modèle politique imaginaire : Jean-Marie Constant ose comparer ce bouillonnement à celui de 1968 ! De cette relecture, la Fronde ne sort pas réhabilitée, mais apparaît comme un passage obligé vers la France classique.

Jean Sévillia

1) La princesse Palatine. L’égérie de la Fronde, de Jérôme Fehrenbach, Cerf, 528 p., 29 €.

2) C’était la Fronde, de Jean-Marie Constant, Flammarion, 400 p., 25 €.

Sources :  (Edition du  vendredi 26 février 2016)

https://www.jeansevillia.com/2016/04/05/fronde-revolte-baroque/

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