Réinitialisation : le plan des hommes de Davos

La crise du Covid est l’occasion, pour les élites, de dévoiler leurs idées pour le « monde d’après ». Ainsi Klaus Schwab, l’initiateur des grands sommets tenus à Davos, envisage le grand Reset » (la grande réinitialisation en Français). Objectif : « repenser » notre système économique et social à la lumière d’une société globale.

Pour mieux comprendre le Grand Reset, il faut d’abord partir des thèses défendues dans le milieu « globaliste », c’est-à-dire dans les écrits et propositions de ceux qui sont à l’origine des grands sommets internationaux, comme le Forum de Davos, qui a lieu chaque année en Suisse depuis 1971. On peut les résumer.

Il faut une reprise économique, mais en repensant « la durabilité des systèmes » cela reste abstrait, même si quelques propositions affleurent, comme la tarification du carbone. L’idée est de moraliser le capitalisme en orientant le marché, en faisant en sorte que les investissements « visent un progrès mutuel » et surtout en défendant une « quatrième révolution industrielle » laquelle serait obtenue par la création d’« une infrastructure économique et publique numérique ».

« Quatrième révolution industrielle » ? C’est en effet le titre d’un essai de Klaus Schwab, publié en 2017 aux éditions Dunod. L’auteur s’appuie sur le numérique pour affirmer des généralités, comme la nécessaire coopération entre les différents domaines ou une certaine primauté de la compétence humaine sur le capital. On resterait donc dans une sorte de capitalisme philanthropique et dans une logique de soft power dont l’impact sur le terrain est par définition difficile à mesurer. Si l’on creuse davantage, certaines perspectives laissent songeur. Prenons cette sentence de Schwab : « On doit appliquer la durabilité, par des solutions globales et locales, tout ce que l’on peut faire au niveau local, il faut le faire. ll faut également plus de collaboration entre les gouvernements. » Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Plus de mondialisme, donc moins de marges de manœuvre pour les États, qui doivent mettre en œuvre des « solutions globales et locales ».

Mais quelles solutions ? En filigrane, le « on doit » et « il faut » peuvent induire des solutions autoritaires. Par exemple, faut-il réduire la population mondiale ? Il n’y à rien de pire que de dire que quelque-chose est inéluctable, sans pour autant en préciser le contenu. Or l’histoire nous apprend que les grandes catastrophes – notamment génocidaires -, sont apparues empiriquement, sans intention claire, mais à cause d’un emballement nourri par un système de doxa dominante qui ne laisse place à aucune critique. On aimerait donc que les globalistes nous disent ce qu’ils envisagent. La matrice du Great reset est bien là : C’est bon donc il faut. Mais qu’est-ce qui est bon ? Des grandes idées d’une ambiguïté voulue, et inquiétante.

Contrôles accrus et perte de liberté…

Dans leur ouvrage publié en septembre 2020 (Covid-19 : La Grande Réinitialisation, Forum Publishing) Klaus Schwab et Malleret sont davantage pour le contrôle et la subordination dans et de la part des États que pour les libertés. On est loin du néolibéralisme ou même du libéralisme classique défendus dans les démocraties occidentales. Nos penseurs globaux nous donnent les traits de cette gouvernance singulière au rebours de ce qui est encore fait actuellement.

Ainsi, ils défendent la subordination des banques centrales aux gouvernements (ce qui va l’encontre, par exemple, des principes de l’Union économique et monétaire) ou « helicopter money ». Cette dernière solution consiste à verser des chèques directement aux consommateurs afin de relancer l’économie. Si ces aides financières sont versées massivement sans aucun lien avec un travail, on risquerait d’être dans une logique de revenu universel, dont bien des critiques du capitalisme ne voient pas toujours la dimension totalitaire. Le globalisme reprend à son compte les solutions qui se veulent alternatives l’économie marchande : écologie, localisme, étatisme. Comme le remarquait René Girard, rien n’est pire qu’un modele qui se fait à son tour imitateur.

Au nom de la grande vague verte, Schwab et Malleret, prônent la transition écologique et l’économie circulaire. Primauté des circuits courts donc, ce qui, malgré une aveuglante bonne volonté, est inquiétant, car la liberté et le marché supposent aussi des circuits longs. Enfin, le plus inquiétant est que, discrètement, Schwab et Malleret se rapprochent de la Chine à l’égard de laquelle ils ne tarissent pas d’éloge… Pour eux, la monnaie chinoise, le Renminbi. pourrait se substituer au dollar à la condition que la Chine supprime tout contrôle des capitaux et que cette monnaie soit fixée sur le marché mondial. Pour éviter ces solutions inquiétantes, on aurait aimé que fût davantage méditée cette phrase issue de la conclusion de l’ouvrage de Schwab en 2017 Quatrième révolution industrielle : « Construisons un avenir vivable pour tous, en donnant à l’humain la première place, en redonnant du pouvoir aux citoyens, sans jamais oublier que toutes ces technologies nouvelles sont en premier lieu des outils faits par les hommes, pour des hommes »

On n’améliorera pas ce monde d’après par des formes larvées d’autoritarisme. La Chine de Mao, de Deng Xiao Ping et de Xi Jing Ping, ce fascisme à la chinoise, ce communisme capitaliste, n’est pas un modèle pour le monde.

Monde&vie 12 février 2021 n°995

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