L’ORPHELINE DU TEMPLE

« A l’exemple de mes parents, je pardonne de tout mon coeur et sans exception à tous ceux qui ont pu me nuire et m’offenser. » Celle qui faisait cette déclaration dans ses dernières volontés, en 1851, n’était autre que la fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette. De cette femme dont l’existence de prisonnière et d’exilée fut tissée de deuils et de malheurs, deux livres brossent aujourd’hui le portrait.

Anne Muratori-Philip, historienne et ancien grand reporter au Figaro, s’appuie sur des recherches approfondies dans les archives et sur une sobre écriture pour raconter la vie de Madame Royale : une biographie classique, où la période de la Restauration et de la monarchie de Juillet est malheureusement escamotée (1). Sylvie Yvert, qui a été chargée de mission au Quai d’Orsay puis au ministère de l’Intérieur, se met de son côté dans la peau de Mousseline la Sérieuse, ainsi que la surnommait Marie-Antoinette : elle raconte la destinée singulière d’une princesse broyée par l’Histoire. S’il s’agit d’un roman, il est puisé aux meilleures sources, ce qui permet à l’auteur de conjuguer vérité des faits et liberté d’interprétation psychologique (2).
Née en 1778, Marie-Thérèse Charlotte est le premier enfant de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Après une enfance dorée, elle est entraînée par la Révolution dans une série de drames successifs : la mort de son frère le dauphin Louis-Joseph, la captivité aux Tuileries, l’enfermement au Temple, la décapitation du roi, l’exécution de la reine et la mort de son frère Louis XVII – deux disparitions qu’elle n’apprend qu’après coup -, puis encore l’exécution de sa tante Elisabeth, soeur de Louis XVI. Echangée contre des prisonniers français, Madame Royale gagne Vienne en 1796, confie sa destinée à son oncle Louis XVIII en Lettonie, puis épouse son cousin le duc d’Angoulême, fils du futur Charles X, en 1799. Mariage de raison, qui restera stérile. Ultra sous la Restauration, exilée de nouveau en 1830, la duchesse d’Angoulême sera l’éducatrice de son neveu le comte de Chambord, le dernier Bourbon français. La pauvre orpheline du Temple, au fond, n’aura jamais réussi à exorciser les fantômes de son passé.

Jean Sévillia

(1) Madame Royale, d’Anne Muratori-Philip, Fayard, 332 p., 23 €.

(2) Mousseline la Sérieuse, de Sylvie Yvert, Editions Héloïse d’Ormesson, 336 p., 18 €.

Sources :  (Edition du  vendredi 5 février 2016)

https://www.jeansevillia.com/2016/04/05/lorpheline-du-temple/

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