Huit mois après, le gouvernement publie le résultat des municipales : LREM à 2 % et quelques autres surprises…

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C’est un fait : le Covid-19 a tout bouleversé, et d’abord la vie politique. Et ceux qui souhaitent concourir en 2021 et 2022 devraient intégrer ce nouveau paramètre dans leur stratégie. Ce bouleversement s’effectue à plusieurs niveaux : incertitude sur la date des scrutins, sur leurs modalités, influence de la pandémie et des mesures de confinement-distanciation sur la participation finale et, avant, sur le déroulement des campagnes électorales.

Ainsi en fut-il pour les dernières municipales : un premier tour maintenu alors que le confinement était dans les tuyaux et un second tour, reporté en juin, marqué par une très forte abstention (plus de 60 %), du jamais-vu pour des municipales. Mais il est un autre bouleversement que nous n’avions même pas remarqué : l’absence de résultats. Certes, nous connaissons notre nouveau maire et nous avons bien vu qu’Anne Hidalgo était toujours maire de Paris, que LR avait perdu Bordeaux et Marseille et que Robert Ménard avait été réélu triomphalement à Béziers. Mais les résultats nationaux ? Le camembert en rouge-bleu-vert-orange-marine ? Les pourcentages ?

C’est Olivier Marleix, député LR d’Eure-et-Loir, qui avait pointé cette étrange absence et ce coup de canif de plus dans nos traditions démocratiques : la publication, dès le soir du second tour, et affinés progressivement durant la semaine suivante, des « résultats agrégés » par tendance politique, selon l’étiquette revendiquée par les listes. Cette année, en juin, le site du ministère de l’Intérieur était resté muet. Olivier Marleix avait réclamé ces résultats au Premier ministre Édouard Philippe et ne s’était pas abstenu de voir dans cet « oubli » une « manœuvre » trahissant une « volonté délibérée de dissimuler aux Français l’ampleur de la claque prise par La République en marche », comme le rappelle Le Figaro.

Il aura donc fallu attendre plus de huit mois pour que le ministre de l’Intérieur, , réponde par courriel au député, reconnaissant la validité de la demande et lui fournissant le diagramme tant attendu (mais toujours pas visible sur le site du ministère, vendredi soir). Que disent ces chiffres ? Les listes arrivant en tête sont les Divers Droite (23 %), les Divers Gauche (20 %) et les Divers Centre (11 %). Viennent ensuite les listes d’union de la gauche (7 %) et les listes LR (6 %). Enfin, à un troisième niveau, on trouve les partis dont on nous dit qu’ils vont dominer la scène politique : Écologistes-Verts (3,2 %), RN (3,1 %) et  (2,2 %).

Pour Olivier Marleix, ce score humiliant pour le parti présidentiel serait à l’origine de cette publication retardée : « En voyant ces chiffres, où LREM atteint seulement 2,22 % sous ses propres couleurs, on comprend bien pourquoi le pouvoir n’est pas pressé de les diffuser. En réalité, cela révèle l’échec d’un ancrage politique qui ne parvient pas à bousculer le paysage local. » Déjà, en décembre 2019, il s’était élevé contre la fameuse « circulaire Castaner » demandant de réserver l’attribution des nuances politiques aux communes de plus de 9.000 habitants, circulaire suspendue par le Conseil d’État qui n’avait tout de même pas pu laisser passer.

Ces résultats du premier tour, marqué par une participation en baisse mais supérieure à celle du second, permettent d’avoir une photographie de la situation électorale française d’il y a un an, au seuil de la séquence Covid-19. Ils révèlent un paysage politique éclaté avec, notamment, un bloc de gauche dominant, à 36,6 %, une droite (UDI, LR, Debout la France) à 33,7 %, un bloc du centre (LREM, MoDem et autres centristes) à 15 %, une extrême droite (dont RN) à… 3,33 % et les listes sans étiquette (gilets jaunes et autres) à 10,32 %.

Un paysage et des chiffres assez différents de ceux qui nous sont présentés actuellement pour la prochaine présidentielle. Certes, c’était il y a un an, et c’était pour des municipales – des élections qui ont leurs spécificités. Mais de là à passer par pertes et profits, comme le font les sondages actuels, un bloc de gauche à 36 % et un bloc de droite à 33 % au profit de candidats (Macron-Le Pen) qui ont réuni, chacun, 2-3 % de l’électorat sur leur étiquette partisane, c’est tout de même aller vite en besogne. On comprend bien que l’un comme l’autre aient souhaité effacer cet échec cuisant dans leur stratégie d’implantation locale. Et ils peuvent remercier Gérald Darmanin pour avoir assuré le service en s’asseyant sur la tradition républicaine de publication des résultats. Mais ils auraient tort de ne pas tenir compte de cette méfiance de l’électorat à leur encontre, méfiance bien réelle selon le sondage IFOP publié il y a une semaine indiquant que 70 % des Français ne veulent pas du duel Macron-Le Pen.

Frédéric Sirgant

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