Agnès Thill : « Aucun combat n’est perdu d’avance »

Directrice d’école, membre du Parti socialiste dans les années quatre-vingt, Agnes Thill rejoint la République en marche des 2015. Elle est élue députée de la deuxième circonscription de l’Oise. En 2019, elle a été exclue du parti présidentiel à cause de ses positions sur la PMA pour toutes. Elle assume aujourd’hui avec courage ses convictions.

Propos recueillis par l’abbé G. de Tanoüarn

Pourquoi avoir pris position si fermement contre les lois bioéthiques et en particulier contre la PMA pour toutes ?

Écoutez, je crois vraiment que c’est d’abord à mon expérience de trente ans d’enseignement à l’Éducation nationale, trente ans au cours desquels, comme directrice d’école, j’ai vu toutes les situations; en particulier je peux dire que toutes les situations dans lesquelles les pères brillent par leur absence sont des situations compliquées. Pourquoi faut-il les créer à travers la légalisation d’un dispositif comme la PMA sans pères, en privant délibérément un enfant de père ? Pour combler le désir de deux mères ? Mais on va s’arrêter où si le désir des individus laisse place à un droit ? Faire du désir de la mère un droit, à quoi cela sert-il si on prive l’enfant par la même des conditions de son bon développement ?

Il y a de très nombreuses dispositions dans la fournée des lois bioéthiques qui a été votée en première lecture à l’Assemblée. Pensez-vous qu’elles recouvrent toutes plus ou moins un même état d’esprit ?

Je crois qu’au fond de tous ces nouveaux règlements, il y a le désir d’augmenter l’homme. Par exemple, on veut qu’il n’y ait plus aucune différence entre l’homme et la femme. Qu’il n’y en ait pas un qui domine l’autre, pas un qui vaille mieux que l’autre, mille fois oui. Le couple est fondé sur une égalité de droit. Mais cela n‘empêche pas que l’homme et la femme ne sont pas pareils. Regardez la nature ne nous a pas donné la même taille et l’on s’enrichit de nos différences. Il est absurde de soutenir au nom de cette idéologie de homme augmenté, qu’il ne faut plus prendre en compte ces différences, qui font la beauté de l’espèce humaine.

L’espèce humaine, parlons-en certains soutiennent qu’il n’y a pas de différence entre l’espèce humaine et les autres espèces animales ?

Vous parlez de l’antispécisme, l’idéologie qui veut que tous les vivants, hommes ou animaux, soient au même niveau. Pour un José Bové, qui, excluant que l’on insémine les femelles animales, refuse aussi que l’on insémine les femmes (on peut dire qu’il est cohérent), il y a tous ces idéologues qui veulent faire avec des gamètes humaines ce qu’ils interdisent que l’on fasse aux animaux. Un peu de bon sens ! Il faut reconnaitre la différence élémentaire entre l’homme et l’animal, sinon on va à l’absurde. Les différences, elles existent, ou alors on nie la réalité du corps. Attention : je m’oppose au racisme, un être humain est toujours un être humain. Mais on ne peut pas dire que soit du sexisme la reconnaissance de la diversité des sexes. Et de la nécessité de cette différence pour faire un enfant. Au nom de l’égalité universelle (cette idée de gauche), on est en train de tout confondre, racisme, spécisme ou sexisme. J’avoue que je n’avais pas vu ce problème avant d’être élu, je n’avais pas idée de ce jusqu’au boutisme idéologique, qui à force de nier toutes différences, affirme l’égalité entre une poule et un être humain.

Qu’en est-il du vote de l’IMG, interruption Médicale de Grossesse ?

Cette pratique de l’avortement jusqu’au dernier moment avant terme a toujours existé, mais uniquement pour des raisons exceptionnelles. Soit l’on découvrait que l’enfant était atteint dune affection grave et incurable, soit il y avait un risque de mort pour la mère. On peut dire aussi que des détresses psychosociales étaient prises en compte on m’a donné le cas d’un inceste sur une fille de onze ans qui était dans le déni de sa grossesse. Il n’y avait pas de loi pour cela mais la reconnaissance de cas limites. Si l’on met cela dans la loi, cela valide le cas et crée un droit… Un droit à quoi ? À faire mourir un enfant parce qu’à huit mois, ce n’est plus un embryon, ce n’est plus un foetus, c’est un enfant tout simplement. On légalise l’infanticide et cela dans le plus grand flou, en précisant seulement qu il faut « des motifs psychosociaux » pour cela, sans se donner la peine de rien définir. Il me parait impossible qu on laisse passer cela !

Vous n’êtes pas de ceux qui pensent que tout est perdu d’avance ?

C’est perdu d’avance si l’on ne s’oppose pas, mais aucun combat n est perdu d’avance. Nous avons le dessous peut-être, mais notre opposition permet d’empêcher que le processus de négation de la différence humaine aille trop loin. Je vous lai dit on reviendra sur l’IMG par exemple et l’on trouvera une sorte de compromis, qui ne sera pas ce que je voudrais, mais qui n’ira pas aussi loin que le souhaite M. Jean-Louis Touraine par exemple.

Monde&Vie 11 septembre 2020 n°990

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