Macron et le virus : un bilan médiocre

Chronique de Paysan Savoyard (n°241 – Janvier 2021)

Comme depuis le début, la gestion de la crise sanitaire par les autorités françaises continue à donner une impression de manque de cohérence, de manque de constance et d’absence de cap. Les premiers pas de la campagne de vaccination viennent de l’illustrer à nouveau. Le gouvernement avait commencé a expliquer que le très faible nombre des vaccinations effectuées dans les premiers jours était lié au choix de vacciner d’abord les pensionnaires des Ehpad, les plus fragiles, afin de voir baisser rapidement le nombre d’hospitalisations et de décès. Alors que cette stratégie paraissait, pour une fois, rationnelle et cohérente, le gouvernement, sous la pression de l’opinion publique inquiétée par le nombre des vaccinations très inférieur à ce qu’il était à l’étranger, en a changé en 48 heures, décidant finalement d’étendre la liste des personnes prioritaires aux soignants volontaires, puis trois jours plus tard aux personnes âgées résidant chez elles. De sorte que désormais la liste des personnes prioritaires est probablement très supérieure au nombre des vaccins qui seront disponibles dans les semaines qui viennent… au détriment de la vaccination des pensionnaires d’Ehpad, les plus menacés par le virus.

Ce nouvel épisode vient prendre place dans la longue liste des palinodies qui se sont succédé depuis le début de l’épidémie. On se rappelle de l’organisation du premier tour des municipales en plein confinement, des masques qui ne servent à rien, du système hospitalier le meilleur du monde ou du virus qui n’a pas de frontières. S’agissant des frontières précisément, le gouvernement Macron vient de donner un nouvel exemple de son impéritie en décidant il y a deux jours, par idéologie européiste, de renforcer les contrôles aux frontières à l’égard des seules personnes venant de pays non membres de l’UE, alors même que les trois pays du monde les plus touchés par le virus en termes de mortalité – Belgique, Slovénie, Italie – se trouvent être précisément membres de l’UE. 

Les admirateurs macroniens vont nous rétorquer que le gouvernement est contraint de naviguer à vue face à une épidémie dont les contours évoluent en permanence et que les autres pays ne font pas mieux. Eh bien c’est faux : d’autres pays occidentaux font beaucoup mieux que la France, qui enregistre des résultats médiocres sur les différents registres liés à cette crise sanitaire.

  • Deux fois plus de morts qu’en Allemagne

Au terme de l’année 2020, le classement du point de vue du nombre de morts place la France parmi les pays occidentaux ayant enregistré des résultats médiocres. En 2020 le nombre de morts par million d’habitants a été de 1035 en France. Certes plusieurs pays européens font pire : la Belgique, pays du monde où la situation est le plus mauvaise (1777), l’Italie (1338), le Royaume-Uni (1296) ou encore l’Espagne (1136). Les Etats-Unis eux-aussi font moins bien que la France (1188).  La Suède, en revanche, alors qu’elle n’a pratiquement jamais mis en place de mesures restrictives, fait mieux (1000). Le Portugal fait lui aussi beaucoup mieux que la France, de même que l’Autriche ou les Pays-Bas, sans parler du Danemark ou de la Norvège où le nombre de morts est très faible. Mais le résultat le plus cruel pour la France est celui de l’Allemagne, les deux pays étant très comparables, que ce soit en termes de PIB, de démographie, de position géographique ou d’ouverture aux échanges mondiaux : le nombre de morts par million d’habitant en Allemagne est fin 2020 est de 545, deux fois inférieur donc à ce qu’il est en France. C’est ainsi que dans le triste classement des pays du monde où la mortalité est la plus forte, la France occupe la 20e position, tandis que l’Allemagne est 45e (voir ici). Le bilan de Macron sur le plan sanitaire apparaît donc médiocre, et ce alors même que des mesures très rigoureuses pour la population sont en vigueur depuis des mois (fermetures d’activités, restrictions diverses, confinement…), mesures qui risquent d’avoir de graves conséquences économiques, sociales, psychologiques et sanitaires dans les mois à venir.

On notera les efforts déployés par les autorités françaises pour éviter que la population n’ait une claire conscience de ces données peu glorieuses pour elles. La technique consiste à noyer les Français sous une masse de chiffres sans signification ou d’importance secondaire, tels que le nombre de cas détectés, le nombre de tests, le nombre d’hospitalisations, le nombre de personnes en réanimation, le taux d’occupation des lits d’hôpitaux ou encore le fameux « taux d’incidence », aussi fallacieux qu’abscons. Abreuvant la population de ces chiffres sans signification particulière, elle parvient de façon admirable à passer sous silence le seul qui compte : le nombre de morts rapporté à la population.  

  • Une récession deux fois plus importante qu’en Allemagne et aux Etats-Unis

Sur le plan économique les performances de la France sont là encore médiocres. Les mesures restrictives mises en place, les stop and go et les louvoiements ont manifestement eu d’ores et déjà de graves conséquences économiques. Là encore la France fait moins bien que d’autres pays occidentaux importants. C’est ainsi que, selon des résultats encore provisoires, le revenu national a reculé en 2020 de presque 9 %. L’Allemagne a fait beaucoup mieux en limitant la récession de son économie à 5 %.  Quant aux Etats-Unis de Trump, que les élites françaises et leurs médias ont tant moqués depuis le début de la crise sanitaire, ils ont limité leur récession à 4 %. Cette récession contenue résulte très probablement du choix stratégique effectué par Trump, qui a refusé pendant 6 mois de freiner l’activité du pays, avant de céder à la pression de ses adversaires à quelques semaines de l’élection. On en profitera pour préciser qu’avant le début de la crise sanitaire, à laquelle il doit probablement sa défaite, Trump pouvait se targuer d’un bilan économique excellent, avec un taux de croissance élevé et un chômage faible.

Il faut également souligner que la dette publique de la France s’est envolée, afin de financer les multiples aides qui ont été distribuées pour atténuer les effets des mesures d’arrêt d’activités décidées par les autorités : elle est passée en 2020 de 100 % à 120 % du PIB. Certes les nouveaux emprunts liés à la crise sanitaires sont souscrits par l’Etat à des taux très faibles. Mais rien ne garantit que les taux d’intérêts ne monteront pas à l’avenir, lorsqu’il s’agira de refinancer ces emprunts liés au COVID. Soulignons que le paiement des intérêts de la dette publique s’élève d’ores et déjà à 80 milliards par an environ, soit autant que le produit de l’impôt sur le revenu. Autrement dit la classe moyenne, sur laquelle pèse l’essentiel du très lourd impôt sur le revenu, enrichit les banques, qui prêtent à l’Etat et sont ravies de la croissance spectaculaire de la dette publique. Quant à l’Allemagne, bien entendu, elle fait beaucoup mieux : sa dette a augmenté elle aussi mais reste très inférieure (70 % du PIB) à ce qu’elle est en France.

Les mauvais résultats économiques de la France après cette année de crise ne s’arrêtent pas là. Le chômage a déjà augmenté de 2 points, atteignant 9 % de la population active et l’on peut craindre qu’il n’augmente encore fortement à l’avenir, une fois interrompues les mesures de soutien à l’emploi. En Allemagne le chômage a également augmenté mais reste à un niveau très inférieur (un peu plus de 6%).

On peut craindre également que les prélèvements obligatoires (impôts, taxes et cotisations sociales) n’augmentent encore en France dans les années qui viennent, afin d’absorber une partie du coût de la crise sanitaire. Or ils sont déjà confiscatoires, puisqu’ils atteignent déjà 45 % du PIB et font de la France le pays le plus taxé… du monde. Dans le même temps, l’Allemagne applique à sa population et à ses entreprises un taux de prélèvement bien plus réduit (40 %). Et pourtant l’Allemagne vient de montrer qu’en dépit de ces impôts et cotisations nettement plus faibles, elle disposait d’un dispositif hospitalier bien plus étoffé et opérationnel qu’en France…

  • Et, clou du spectacle, la France est la seule à ne pas avoir encore produit de vaccin…

On achèvera ce bilan 2020 en soulignant que tous les grands pays ont réussi à produire un vaccin d’ores et déjà opérationnel. La Chine a son vaccin. La Russie a son vaccin. Les Américains (Pfizer), associés aux Allemands (BioNtech) ont produit un vaccin. Un autre vaccin américain (Moderna) est opérationnel. Les Anglais eux-aussi ont produit un vaccin (Astra Zéneca). Le vaccin français Sanofi, lui, est pour l’heure « en cours de développement »….

Signalons que les Etats-Unis de Trump avaient rapidement injecté des moyens considérables pour mettre en place un vaccin au plus vite. Dès l’été 2020, Trump annonçait qu’un vaccin serait rapidement disponible et qu’il orientait toute sa stratégie sanitaire sur la production rapide de ce vaccin. Et l’élite française et ses médias de se moquer et de hurler à la fake news…

Après avoir démarré leur campagne de vaccination avec une lenteur remarquable, les autorités françaises ont commencé à accélérer le rythme. Il reste à espérer que la France ne sera pas confrontée à un approvisionnement trop faible. Ne disposant pas pour l’heure d’un vaccin produit par ses soins, elle est en tout cas, à ce stade, sous la dépendance des livraisons des pays producteurs. Affaire à suivre.

La crise n’est pas finie et le bilan qui peut être dressé n’est que d’étape. Il reste que le résultat 2020 de Macron est peu avantageux. Avec ses grands airs, sa suffisance et son ego boursouflé, Macron n’est finalement pas meilleur que les différents médiocres qui l’ont précédé, de Chirac à Hollande, en passant par Sarko. On savait dès l’origine que Macron n’était que le fondé de pouvoir des banquiers, du CAC et des donneurs d’ordre du Système libéral-libertaire, mondialiste et immigrationniste. Du moins le pensait-on brillant sur le plan des capacités de jugement et d’action. On sait aujourd’hui que ce n’est pas le cas.

Voir également ces chroniques :

Virus : entre les trois France aucun union nationale possible

Virus : la médiocrité de la classe dirigeante portée en plein lumière

Pourquoi n’a-t-on pas fermé les frontières pour empêcher l’arrivée du virus en France ?

https://leblogdepaysansavoyard.wordpress.com/2021/01/15/macron-et-le-covid-un-bilan-mediocre/

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