Les cathares ressuscités

Bernard Antony nous surprendra toujours. Estimant que l’histoire des guerres cathares dans le midi est souvent instrumentalisée au service de causes toutes plus ou moins antichrétiennes, il a entrepris de se pencher lui-même sur ces événements du début du XIIIe siècle, en assimilant l’ensemble de la bibliographe.

Le travail effectué par le fondateur du Centre Charlier est formidable. Il connait toutes les sources d’époque, qu’il cite de première main, pour son lecteur, souvent en les comparant l’une à l’autre et il parvient, grâce au travail des historiens contemporains, à restituer le fil chronologique de l’histoire, qui a vu se dresser finalement la France du nord contre la France du sud.

Les princes du sud, lointains vassaux du roi de France, préservaient jalousement leur indépendance, à l’image du célèbre Raymond VI, Comte de Toulouse, qui passa le plus clair de son existence à louvoyer pour conserver ou retrouver sa belle ville.

L’occasion de la guerre est religieuse. Dans la France du sud-ouest les hommes d’Église sont inquiets devant la prolifération de l’hérésie cathare. Le pape Innocent II, l’un des plus grands papes de l’histoire de l’Église, s’adresse au roi de France, Philippe Auguste, qui est occupé à combattre l’empereur Othon (qu’il vaincra à Bouvine en 1215). Le roi se contente de laisser prêcher la croisade dans son Royaume contre ceux que l’on appellera à tort les Albigeois. Malgré la piété de chevaliers prêts à tout pour la cause du Christ, cette croisade aurait pu très facilement tourner en eau de boudin, les chevaliers venant du nord guerroyer quarante jours et la plupart s’en retournant ce délai passé. Mais il se trouve que de la troupe hétéroclite des croisés émerge un personnage formidable, d’une grande piété, d’une ardeur guerrière à nulle autre pareille, qui se révélera à l’usage un redoutable stratège et même un conquérant conscient des enjeux juridiques de sa conquête. Il s’agit bien sûr de Simon de Montfort, que l’on caractérise d’un mot qu’il n’a jamais prononcé : « Tuez-les tous, Dieu reconnaitra les siens ». Bernard Antony n’hésite pas à réhabiliter le personnage, estimant que ses accès de cruauté étaient largement partagés par d’autres féodaux. Voici par exemple la déclaration de Raymond Roger, Comte de Fox, l’un de ces grands féodaux avec lequel Montfort ne cessa d‘avoir maille à partir. elle a lieu durant le quatrième concile de Latran, l’un des plus grands conciles de l’histoire de l’Église, Raymond Roger s’exprime face aux Peres conciliaires : « Quant à ces brigands, éclate le Comte de Foix, quant à ces traitres et ces parjures, qui, porteurs de la croix, sont venus me ruiner, aucun ne fut pris par moi ou par les miens qu’il ne perdit les yeux ou les pieds, les poings ou les doigts. Et je me réjouis de ceux que j’ai tués et massacrés, comme j’ai regret de ceux gui ont pu échapper et s’enfuir ». Voila, de manière absolument officielle le discours d’un des principaux tenants de la cause albigeoise. Bernard Antony nous donne la réponse du pape, très modérée : « Tu as fort bien exposé ton droit, mais le nôtre tu l’as amoindri quelque peu. Je m’informerai de ton droit et de tes mérites, et si ton droit est bon, quand Je l’aurai vérifié, tu recouvreras ton Château tel que tu las livré ». Contrairement à l’opinion courante, face à la puissance du roi de France et face aux succès de son homme lige Simon de Monfort, la papauté a toujours défendu l’ordre féodal, qui était le droit de l’époque, contre l’ordre national naissant. L’un des paradoxes de cette guerre qui fut peut-être la première guerre nationale, avant la guerre de Cent ans, c’est de constater que le Seigneur pape, au nom de l’équité et du statu quo défendit Raymond VII et lui rendit sa bonne ville de Toulouse, contre les revendications des Montfort et du roi de France.

Et l’inquisition ?

Bernard Antony, après nous avoir conté les différentes phases de cette guerre, pose le problème de l’inquisition, en refusant l’argument facile de l’anachronisme : « Il peut y avoir aussi, en contrepoint du danger de l’anachronisme, une erreur contraire la relativisation voire la justification d’injustices ou de crimes du passé au nom du vieil adage : « autres temps (autres pays), autres mœurs ». Cet adage ne peut être qu’un constat, pas un principe de justification. » L’inquisition pose le problème de l’enrégimentement religieux de toute une société, dans laquelle, depuis le quatrième concile de Latran, « tout homme de plus quatorze ans et toute femme de plus de douze ans devra désormais jurer d’être fidèle à l’orthodoxie catholique et de dénoncer les hérétiques. Et seraient suspects d’hérésie et sur lesquels devraient veiller leurs prêtres, tous ceux qui ne se confesseraient pas et ne communieraient pas trois fois l’an, a Noël, à Pâques et à la Pentecôte ». Peut-on utiliser la violence pour le bien de la foi ? Peut-on admettre que le tribunal de l’inquisition soit le garant de la foi des humbles ? Il faudrait pour que cela soit envisageable, que la fin justifie les moyens, ce qui, en christianisme, on le sait, n’est pas possible.

Bernard Antony, Pour en finir avec le « pays Cathare », Atelier fol’fer collection Xenophon, 272. 23 €.

Abbé G. de Tanoüarn Monde&vie 7 octobre 2020

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