Vive le Roi : interview avec l’Action française, par Ciaran Brennan. 5/5

Alors que l’ère Trump se termine, les groupes nationalistes sont confrontés à un hiver de censure, comment AF traite-t-il généralement la question de la déplatforming en ligne?

En tant que phénomène naturel, c’est toujours une possibilité. Mais la déplatforming en ligne n’est qu’un handicap, mais ils ne peuvent pas nous fermer complètement la bouche. Cela ne fait que déplacer notre communication, ce qui n’est pas du tout une grosse perte. La communication sans action disparaîtra. Les faits sont plus têtus que les médias sociaux. La vraie bataille n’est pas sur le Web mais dans la rue. Trump n’a pas été élu par un mème sacré, mais par le travail de milliers de petits soldats. 

Bien qu’il s’agisse d’une organisation strictement catholique, la relation entre AF et l’Église catholique a historiquement été plutôt acrimonieuse avec une dénonciation papale et des accusations selon lesquelles AF donne la priorité à la nation sur le Christ. Dans vos propres mots, quelle est la position du groupe sur l’Église et vice versa plus la réponse aux accusations portées?

La relation entre AF et l’Église catholique n’était pas toujours acrimonieuse. En 1914, Sa Sainteté le Pape Pie X a décrit Maurras comme un «beau défenseur de la foi». Le Carmel de Lisieux était un protecteur de Maurras lorsqu’il était dirigé par la sœur de Sainte Thérèse. 

Nous devons nous rappeler que l’excommunication de l’AF était un stratagème basé davantage sur des questions politiques que sur des questions religieuses. L’accusation de priorités sur le Christ est une mauvaise interprétation du principe maurrassien de «la politique d’abord». Ce qui ne veut pas dire d’abord comme le meilleur, mais d’abord comme début. 

En fait, le gros problème est le «ralliement» de l’église. Au XIXe siècle, les papes pensaient que la République française pouvait coexister avec l’église. Ainsi, le Vatican choisit d’émasculer les ecclésiastiques français pour protéger les intérêts matériels. Par conséquent, des années plus tard, la France est moins catholique et notre Église est opprimée. Le catholicisme est la religion la plus attaquée en France, plus que l’islam. Un prêtre s’est fait trancher la gorge dans son église par un islamiste. Quelle victoire!

Beaucoup de mouvements nationalistes se définissent par la manière dont ils gèrent l’héritage de la Seconde Guerre mondiale, la France non moins parmi eux. Compte tenu de l’histoire particulière d’AF en matière de collaboration, comment le groupe gère-t-il cela et plus généralement comment le nationalisme français d’après-guerre?

L’histoire d’AF pendant la Seconde Guerre mondiale était complexe. L’AF a été la première organisation à affirmer que le nazisme était à la fois une honte et un danger. La première édition française de Mein Kampf a été utilisée par AF pour montrer les plans nazis pour l’Europe. 

Mais les républicains étaient tellement impliqués dans le pacifisme qu’ils ont refusé d’entendre les avertissements et se sont militarisés trop tard. À cette époque, ils ont sacrifié à la fois les Tchèques et les Polonais. Après la bataille pour la France et la scission de notre nation, l’AF a refusé toute collaboration. Maurras était contre le groupe «Ja» ou le «groupe du oui» pour défendre «la France seulement». 

Cette position était assez difficile et personne ne l’a vraiment compris. Beaucoup de gars de l’AF ont rejoint la Résistance bien avant les communistes. Charles de Gaulles à Londres était entouré de membres de l’AF. Il était lui-même maurrassien. Peu de maurrassiens se sont joints à la collaboration. Donc, nous n’avons pas honte de notre passé. C’était une période compliquée. 

La France a une assez grande famille de traditions de droite parmi lesquelles l’identitarisme et la Nouvelle Droite sous la tutelle d’Alain De Benoist, quelle serait la relation entre AF et ces groupes précités?

Nous ne nous considérons pas comme des ailes droites, nous voulons être un groupe avant tout. Bien sûr, nous connaissons Alain de Benoist et l’identitarisme, mais nous avons de forts désaccords: nous ne croyons pas en une Europe unie mais plutôt en une Europe des Nations. Nous pensons que le paganisme est une sorte de plaisanterie et une construction artificielle. 

Pas besoin de fantasmer sur les anciens dieux pour avoir une spiritualité. Nous sommes obsédés par la question de la monarchie, qui n’est pas au cœur de ces groupes précités. Nous avons une doctrine, qui n’est pas leurs œuvres (même si le corpus Nouvelle Droite est cohérent et intéressant). Nous n’essayons pas de former le même type de militant: nous cherchons un cadre intellectuel plutôt qu’un combattant métapolitique comme le fait Nouvelle Droite). 

Une autre différence est notre stratégie de prise de pouvoir. Et, nous sommes toujours nationalistes. Au fait, c’est drôle de voir comment Alain de Benoist et la Nouvelle Droite ont atténué leurs propres divergences avec nous. Alain de Benoist n’est plus impérialiste mais populiste, ce qui l’oblige à être nationaliste. Son opposition aux Églises catholiques n’est plus au cœur de ses pensées. Bien sûr, il y a toujours la question raciale qui se pose entre nous. Nous pensons toujours que la France n’est pas une course, mais un composé. L’ethno-différentialisme n’est pas toujours un cadre de fonctionnement, ce qui est assez problématique.

Par curiosité, comment l’AF considère-t-elle généralement Napoléon Bonaparte à la fois comme un groupe ultranationaliste et monarchiste?

En bons Français, on ne peut pas être joyeux quand on pense aux victoires napoléoniennes (surtout quand il a écrasé les troupes anglaises). Mais ce bon côté ne nous empêche pas de voir que Napoléon était un massacre qui a enflammé toute l’Europe et a abouti à la réduction de la France à la fin. Pouvons-nous convenir que ce n’est pas le meilleur choix pour tout le monde? 

Dans un récent sondage, le RN semble être le parti le plus populaire parmi les moins de 35 ans, certains estimant leur soutien à environ 40%, comment la France, une nation historiquement considérée comme de gauche politique, a-t-elle atteint un point où les populistes ont atteint un si large public?

La chance du RN est l’incapacité des autres partis politiques à parler d’immigration de masse. C’était un tabou construit par le président français Mitterrand avec des organisations antiracistes comme « SOS anti-racisme  »

C’était un piège astucieux de diviser la droite entre la droite acceptable et le sombre raciste, la droite. Mais les faits sont têtus et beaucoup de gens voient le problème de l’immigration massive ou du terrorisme islamique. Ainsi, les gens recherchent une réponse ou acceptent d’essayer quelque chose de nouveau. 

Le RN manque d’officiers politiques et n’essaie pas vraiment de prendre le pouvoir. Ce n’est qu’une manifestation d’une opposition et pas vraiment une opposition. La dirigeante de la RN, Marine Le Pen, montre à plusieurs reprises son manque de préparation et de nombreux membres RN ont des problèmes juridiques, des fraudes violentes, etc. Le problème n’est pas les RN, qui comprennent beaucoup de gens charmants, mais l’écart entre leurs revendications et la réalité. 

En conclusion, le RN est un parti républicain et tout ce que cela implique. Le populisme en France est encore plus une grosse bête attendant de trouver son champion. 

En raison de ce qui semble être des troubles chroniques, la viabilité de l’État français est maintenant remise en question en raison du récent carnage. Quelles sont les chances d’une guerre civile générale comme des conditions d’apparition dans le pays dans les années à venir?

J’espère vraiment que la France ne sombrera pas dans une guerre civile, car une guerre civile est une guerre de frère contre frère ou de père contre fils. C’est la pire situation pour un pays. Le principal point d’être nationaliste est pourtant d’éviter une guerre civile, d’unifier les gens contre les troubles de la mondialisation. 

Pour le moment, la plupart des problèmes montrent l’incapacité du gouvernement français à gérer la situation, mais nous ne sommes pas dans une sorte de guerre civile. Ou plutôt, nous sommes toujours dans la même guerre civile étrange depuis la Révolution française. 

L’écrivain français Houellebecq, considéré par beaucoup comme un prophète, dans son livre «Soumission» (Soumission) a décrit comment les musulmans français pouvaient prendre le pouvoir et imposer un régime de charia douce basé sur les résultats de la misère sexuelle (et de la charité sociale inspirée par le distributisme…) Espérons que ce n’est qu’un livre comme c’était le cas de 1984 ou Brave New World… Pour le moment.

Enfin pour terminer sur une note positive, qu’est-ce qui vous fait espérer pour la nouvelle décennie en ce qui concerne l’avenir de la France?

Maurras a déclaré que «tout désespoir en politique est un silence absolu». Nous ne sommes ni optimistes ni pessimistes pour l’avenir, car c’est comme être un crétin à moitié heureux ou à moitié triste. Nous poursuivons notre complot à ciel ouvert contre le gouvernement. Mais, c’est très clair car de plus en plus de Français voient que la démocratie est un Dieu qui a échoué et qu’il faut changer nos fondamentaux. Avec les chapeaux rouges, les gilets jaunes ou la campagne contre le mariage gay, on voit de vieilles questions politiques soulevées dans le débat public. Les gauchistes ne peuvent plus prétendre être du côté du peuple.

Ciaran Brennan  le 21/01/2021

  1. Source : https://www.theburkean.ie/

http://lafautearousseau.hautetfort.com/archive/2021/01/23/vive-le-roi-interview-avec-l-action-francaise-6292576.html#more

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