Julien Aubert : pour l’écologie, contre l’écologisme (2020)

Julien Aubert, député de la cinquième circonscription du Vaucluse, est vice-président du Parti Républicain. Il s’exprime ici au nom du think-thank gaulliste Oser la France que ce jeune énarque a fondé. En 2019, ce spécialiste des énergies vertes est rapporteur de la Commission d’enquête de l’Assemblée Nationale sur la transition énergétique, propose ici sa réflexion sur l’une des grandes questions qui règle les présentes élections municipales : l’écologie.

Propos recueillis par l’abbé G de Tanoüarn

Julien Aubert, que pensez-vous de la récente visite du président Macron à la Mer de glace ?

Ce geste s’inscrit dans un ensemble de manifestations mondiales, COP et autres grands sommets pour la terre, avec toute cette écologie spectacle que l’on pratique depuis 25 ans. À la fin de la grand-messe, on constate que les émissions de CO2 ont baissé en France et l’on s’en félicite bruyamment, en attribuant cette baisse à une hausse de la conscience écologique des Français. Et l’on ne s’aperçoit pas, on ne veut pas comprendre que si l’on émet moins de CO2, c’est tout simplement a cause du réchauffement climatique qui limite les dépenses d’énergies carbonées. Pour l’instant, en ce domaine, il n’y a rien à attendre du président de la République, qui envisage sur le sujet un simple référendum consultatif de principe.

Qu’est-ce que l’écologie véritable ?

À en croire l’étymologie grecque de ce mot à la mode, l’écologie est une science vieille comme le monde, qui consiste à inventorier les moyens de protéger sa maison (oikos). Il s’agit, pour nous, au nom de l’écologie, de constituer une véritable doctrine politique humaniste, une doctrine dont l’homme est le centre. C’est toute l’originalité du projet d’Oser la France, par rapport à toutes les formes actuelles d’écologisme. Si l’on défend les paysages, l’art de vivre, la qualité de l’eau et de l’air, c’est parce que ces données font partie intégrante de l’écosystème humain. Lorsque l’homme doit s’effacer devant la nature, lorsqu’il devient une simple variable d’ajustement d’un projet de défense de la nature, on peut se dire avec certitude que quelque chose ne tourne pas rond, que l’on n’est pas dans l’écologie humaniste, pour laquelle nous voulons nous engager.

Cette écologie antihumaniste, c’est ce que vous stigmatisez sous le nom d’écologisme ?

L’écologisme est une pensée que l’on peut qualifier d’antihumaniste effectivement. Cette idéologie s’est développée en expliquant que c’est l’homme le problème sur la terre, d’ou le côté souvent clérical de l’écologisme, qui fait de l’homme un coupable. Cette pensée a trois visages, qui sont trois manières de lutter contre l’homme : le techno-écologisme bruxellois, qui défend, par exemple, la taxe carbone, c’est-a-dire qui veut sacrifier le pouvoir d’achat des Français ou des Européens sur l’autel de la lutte anti-réchauffement, l’écologauchisme, ouvertement anti-nucléaire et enfin l’école millénariste que représente dans le monde entier la jeune Greta Thunberg, qui surfe sur nos peurs, jusqu’a vouloir imposer une économie de pénurie.

Que faut-il penser des politiques écologiques actuellement menées ?

Le problème, c’est le manque de cohérence des grands objectifs. Dans ce Livret vert, nous avons considéré deux choses pour établir les priorités écologiques : d’abord l’homme est plus important que la nature; ensuite le réchauffement climatique est le premier risque que fait courir le désordre écologique mondial à l’humanité. Bien sûr, ce Livret vert n’a pas une vocation scientifique, il n’ambitionne pas de trancher définitivement et de manière exhaustive la question du réchauffement climatique et toutes les problématiques qui y sont liées. Il constitue seulement une contribution critique au débat politique sur l’écologie.

Vous allez, je crois, jusqu’à défendre l’énergie nucléaire au nom de l’écologie ?

Si le réchauffement climatique est le premier risque écologique, pourquoi vouloir supprimer des centrales nucléaires ? La question pèse son poids quand on se souvient d’un sondage IPSOS, effectué en 2017 qui indiquait que 44 % des Français et 63 % des jeunes entre 18 et 24 ans considèrent l’énergie nucléaire comme produisant du CO2. C’est le contraire qui est vrai : le nucléaire est la première de toutes les énergies décarbonées. On ferme des centrales (Fessenheim en l’occurrence) à prix d’or, au bout de 40 ans, quand leur modèle américain ne sont pas fermés après 60 ans de bon fonctionnement. Cela signifie que l’on va devoir produire autrement un bon tiers de la production totale de cette centrale, une énergie qui était décarbonée et qui ne produisait donc aucun gaz à effet de serre. Il est écologique de conserver un potentiel nucléaire important, il est nécessaire de préserver notre savoir-faire et de sanctuariser la production d’énergie nucléaire en France. L’hostilité pour la technologie nucléaire de quatrième génération (sans déchet) est un phénomène purement idéologique.

Sur ce point, vous mettez en cause la politique du Président ?

Nous devons combattre la politique actuelle du gouvernement qui a abouti à mettre fin au projet de réacteur de quatrième génération ASTRID en octobre 2019. Nous souhaitons relancer ce chantier d’avenir car le problème du retraitement des déchets va devenir ingérable. C’est d’ailleurs bien ce qu’espèrent les adversaires du nucléaire : faute de solution pour transmuter les déchets, on devra entreposer du plutonium au fond des galeries du laboratoire souterrain CIGEO de Bure, contrairement à ce qui avait été promis aux populations locales en 1991.

Vous refusez d’opposer systématiquement l’écologie et l’économie ?

Oui, je prends un exemple : cette énergie électrique décarbonée constitue pour la France un produit qui marche bien a l’export. Comme je l’ai déjà dit, on ne peut pas construire un univers écologique malgré l’homme et sans tenir compte de ses besoins. La production nucléaire constitue une énergie sociale, car protectrice du pouvoir d’achat des Français et de l’économie française.

Votre projet écologique semble paradoxal ?

Je ne crois pas. Il faut se reporter au Livret vert, en 31 propositions, que nous venons de publier ! Il se décline en trois axes : le premier offre une réflexion sur ce que doit être la politique énergétique de la France dés lors que l’on souhaite inscrire cette dernière sur le chemin de la vertu climatique. Le deuxième axe s’attaque à la question de l’agriculture. Nous traitons du glyphosate, qui n’est certes pas le pire des agents polluants; mais nous menons aussi une réflexion sur un libre échange qui, en s’affranchissant progressivement des limites que lui assignait auparavant la souveraineté des États, devient incompatible avec un projet écologique digne de ce nom; le troisième axe, enfin, fait la part belle à l’aménagement du territoire et plus particulièrement à la ruralité, théâtre de la cohabitation de l’homme et de la nature et donc de la concrétisation de l’écologie.

L’écologie n’est-elle pas avant tout un fantasme de citadin et pas une attitude concrète pour préserver les territoires ?

L’écologisme est né dans les villes, où les problèmes de surpopulation, de gestion des déchets, de qualité de vie sont bien évidemment encore plus aigus qu’ailleurs. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les statistiques électorales des élections européennes de mai 2019 : Europe Ecologie les Verts réalise un score de respectivement 20 %, 21 %, 24 %, 23 % et 21 % à Paris, Lyon, Nantes, Grenoble et Toulouse, pour un score national de 13,30 %. L’électorat de l’écologisme provient donc massivement des grandes agglomérations mais la politique d’EELV a des conséquences nationales puisqu’elle modifie les lois pour l’ensemble du pays, et donc notamment dans les zones rurales. Or, l’écologisme est porté par des idéologues qui refusent de rentrer dans une analyse coût/bénéfices rationnels, au nom d’un mythique intérêt supérieur de la planète. Leur soif d’amélioration de la qualité de vie, couplée avec une volonté sous-jacente de rééducation comportementale, a conduit à bâtir un discours certes citadin, mais surtout profondément liberticide. L’écologie à la mode écolo-gauchiste n’est abordée qu’à travers le prisme de la privation de liberté et de l’interdiction. Cette approche, qui en ville peut irriter (cf de la circulation à Paris sur les voies sur berges), prend des allures de casus belli pour des territoires encore plus éloignés des centres de décision et des logiques qui l’ont fait naitre car elle touche des pratiques ou des usages qui sont minoritaires. Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter un œil aux programmes des deux principaux partis politiques ayant fait de cette question leur principal cheval de bataille, à savoir Europe Ecologie les Verts et Urgence Ecologie. Dans le cadre des élections européennes de 2019, ces deux partis politiques proposaient pêle-mêle d’interdire des choses qui concernent principalement le monde rural : les spectacles avec des animaux sauvages, certaines techniques de pêche, la pêche industrielle, l’élevage industriel; de limiter l’utilisation de la voiture individuelle, la consommation de produits d’origine animale au profit des produits d’origine végétale, la pratique de la chasse, etc.

monde&vie 29 février 2020 n°983

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