Le féminisme n’est pas un humanisme : La grande défaite des femmes 1/2

Le féminisme, ou plutôt ce qu’il en reste, fait semblant de croire que les femmes sont martyrisées par un pouvoir « hétéro-patriarcal ». Le mouvement a pourtant gagné la partie. Mais pas les femmes. De la théorie du genre à la GPA, Eugénie Bastié retrace dans un livre sans concessions, Adieu Mademoiselle les grandes étapes de cette défaite.

ÉLÉMENTS: N’est-il pas plus facile d’articuler une critique du féminisme lorsqu’on est une femme jeune et jolie que lorsqu’on est un homme vieux et vilain ?

EUGÉNIE BASTIÉ. Oui et non. Rien n’agace plus les militantes que d’entendre une femme prendre position à ce propos sans sacrifier à l’unanimisme féministe. J’ai remarqué que les critiques négatives de mon livre venaient quasi exclusivement de femmes. Le principe du féminisme est de postuler qu’il existe un peuple féminin unique dans lequel chacune aurait les mêmes intérêts, ce qui est paradoxal puisqu’on veut nous faire croire en même temps que la femme n’existe pas, qu’il n’y a pas de substance féminine.

C’est tout le problème de la parité : l’appartenance au sexe féminin devrait donner, à croire celles qui la prônent, accès à un passe-droit de l’égalité républicaine et méritocratique, mais en même temps les femmes sont censées ne pas exister nous appartenons à une étiquette qu’il convient par ailleurs de déconstruire… La parité réussit donc l’exploit de nier dans la femme à la fois l’universel et le particulier !

ÉLÉMENTS : Vous nommez « najatisme » la nouvelle idéologie d’État en matière de politique sexuelle. Comment définissez-vous cette idéologie ? Et pourquoi parlez-vous de post-féminisme plutôt que de néo-féminisme ?

EUGÉNIE BASTIÉ. J’ai appelé « najatisme » ce féminisme à la fois groupusculaire et institutionnel, cette bonne parole très pauvre intellectuellement et en même temps très idéologique, qui se répand actuellement dans les ministères, les journaux et les assemblées. Je parle à ce propos de post-féminisme car je tiens à le distinguer du féminisme historique. Il y a certes une continuité entre Simone de Beauvoir et ce féminisme, comme il y a une continuité entre Marx et Nuit debout.

Une continuité caricaturée et matinée d’incohérence comme le sont toutes les idéologies postmodernes. Mais de Pic de la Mirandole, à l’aube de la Renaissance jusqu’à Judith Butler en passant par les Lumières, c’est le même fil rouge (celui de l’humain comme page blanche, sans attache, sans réelle nature) qui se poursuit en se radicalisant. Le post-féminisme est postmoderne en tant qu’il se réfère à plusieurs systèmes de valeurs sans chercher à établir entre eux de cohérence idéologique. Ce qui lui permet d’être en même temps libertaire en matière de mariage pour tous, égalitariste en matière de parité, capitaliste en matière d’accaparement des femmes par le marché du travail, puritain en matière de répression de la prostitution, et ainsi de suite. Quand Simone de Beauvoir dit qu’on ne naît pas femme mais qu’on le devient, Judith Butler se demande alors pourquoi le devenir ? De l’exhumation de la construction sociale des sexes, on passe, avec le féminisme de la troisième vague et la théorie du genre, à l’impératif de la déconstruction.

ÉLÉMENTS : L’ennemi des femmes d’aujourd’hui est à chercher selon vous du côté de ce que vous appelez le « double puritanisme du genre et de l’islamisme ». En quels termes se pose le problème avec l’islam ?

EUGÉNIE BASTIÉ. Les féministes ont été prises dans un dilemme tragique lors des agressions de Cologne à la Saint-Sylvestre, car elles ne savaient plus qui elles devaient défendre entre la femme et cet Autre toujours associé à une figure de victime. Elles qui sont si promptes à voir dans le moindre homme politique blanc un violeur en puissance ont eu un peu de retard à l’allumage et n’ont pris la parole, après une longue réflexion, que pour relativiser ces agressions et rappeler que les violences sexuelles étaient majoritairement le fait de proches et souvent d’ordre domestique. Cette manière de ramener dos à dos toutes les prétendues victimes d’une société patriarcale à la fois raciste et sexiste fonde cette idéologie qu’on appelle l’intersectionnalité, qui nous vient des États-Unis et de la French Theory.

Dans les universités américaines, les gender studies se développent en parallèle avec les postcolonial studies, qui voient dans la société occidentale actuelle l’expression d’un vieux pouvoir inconscient (le pouvoir colonial) qui continuerait à imposer une forme de colonialisme culturel, tout comme le patriarcat continuerait à exister malgré l’égalité de droit acquise entre les sexes. C’est l’idée très foucaldienne d’un biopouvoir diffus, d’une hydre aux mille têtes qui régirait la société. L’intersectionnalité voudrait que les « damnés de la terre », qu’ils soient femmes, immigrés ou exploités, fassent tous alliance entre eux contre le mâle blanc hétérosexuel. Cette alliance a été partiellement réalisée dans les années 1970 sous la forme d’un pacte de circonstance entre féministes et homosexuels, lorsque le MLF et le FHAR (Front homosexuel d’action révolutionnaire) défilaient bras dessus bras dessous contre l’ogre moral « bourgeois ». Aujourd’hui, il y a une rupture entre une partie des féministes et le mouvement LGBT autour du problème de la gestation pour autrui, certaines militantes ont d’ailleurs refusé de participer à plusieurs Gay Pride ayant pour mot d’ordre la légalisation de la GPA. Cette prise de conscience, quoique minime et tardive, explique qu’une partie des féministes se détache maintenant de la cause gay. Quant aux autres, elles continuent malheureusement de nier la spécificité du féminin qui est encore, jusqu’à preuve du contraire, la possibilité d’engendrer dans son propre corps. Cette différence entre hommes et femmes n’est pas anodine, elle n’est pas qu’instrumentale, elle fonde un rapport au monde bien spécifique.

À suivre 

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