Le poids des mots, le choc des propos

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Dans le procès des trois jeunes nationalistes, le vocabulaire utilisé n’était pas innocent, et il est remarquable de constater avec quelle absence d’esprit critique les commentateurs de tous bords l’ont accepté.

Il y a d’abord eu l’utilisation du mot « agression » pour caractériser les actes de violence commis. S’il s’agit d’une « agression », cela signifie qu’il y avait des agresseurs et des agressés. Or, dans la mesure où le mort s’est trouvé du côté des extrémistes de gauche, c’est tout naturellement que le mort et ses amis auront été classés dans le camp des victimes, donc des agressés, et aux trois jeunes gens il ne restait que la position d’agresseurs.

Or tout laisse à penser – et en particulier le témoignage des vigiles du magasin – que les agresseurs étaient les extrémistes de gauche, et les agressés les trois jeunes gens. Pour le moins, en cas de doute, il fallait parler de bagarre, de confrontation, mais certainement pas d’agression. Utiliser le mot agression, dans ce contexte, ne pouvait que servir le camp de la victime.

Le qualificatif utilisé pour désigner les deux parties en présence était également essentiel nous avions donc d’un côté des « skinheads » et de l’autre des « antifas ». Or ces appellations étaient celles choisies par l’un des deux camps, en l’occurrence celui de l’extrême gauche. En quoi les fascistes rouges (pour reprendre l’expression de Raymond Aron, après l’ex-militant communiste autrichien Franz Borkenau), pouvaient-ils se prévaloir du titre d’« antifas » (pour « antifascistes ») ? Et en quoi les trois jeunes nationalistes, à la coupe de cheveux apparemment normale pouvaient-ils être qualifiés de « crânes rasés » ?

Dans une confrontation entre « crânes rasés » et « antifascistes », la sympathie va naturellement aux antifascistes, qui militent pour un idéal, et qui ont face à eux des personnages dont les idées semblent se limiter à l’apparence physique. Imaginons maintenant que la bagarre de 2013 ait opposé des « antico » (lire anticommunistes) et des « black blocs ». Ayant encore dans la tête limage de ces nervis vêtus de noir, au visage camouflé par des foulards (comme Méric lui-même, dans les photos diffusées par ses amis !), et celle de policiers pris à partie et menacés de mort dans leur voiture, les jurés auraient peut-être rendu une décision différente.

Dans les années soixante-dix, « fafs » contre « bolches »

Le vocabulaire utilisé est un terrain de lutte négligé par le camp national. Dans les années soixante-dix, les confrontations physiques entre groupuscules étaient beaucoup plus fréquentes qu’aujourd’hui (dans le cadre d’un rapport de force qui laissait très largement la rue à l’extrême gauche). Les militants d’« extrême droite » étaient appelés « fachos » par leurs rivaux d’extrême gauche. Ces derniers avaient droit au qualificatif de « bolches ». Voir aujourd’hui cette appellation « facho » reprise par les militants de droite eux-mêmes est donc une forme de soumission à l’imposture dominante, alors que le camp d’en face, avec ce nom « antifa », prend garde à ne pas adopter le vocabulaire de l’adversaire, ni même un qualificatif venu de l’extrême gauche, mais chargé d’une connotation négative dans le grand public, comme peuvent l’être « black blocs », « extrême gauche », « anarchiste », voire « communiste » aujourd’hui.

Cette réflexion sur l’importance du vocabulaire pourrait être étendue à l’ensemble du vocabulaire politique. Comment peut-on accepter de qualifier d’insoumis les autoproclamés insoumis du mélenchonisme, quand on connaît le degré de soumission de ce courant au conformisme ambiant ? Il conviendrait pour le moins d’écrire systématiquement ce terme « insoumis » entre guillemets.

Dans une tribune du Figaro du 25 septembre dernier, Hugues Moutouh, ancien conseiller de Claude Guéant, quand celui-ci était ministre de l’Intérieur, attirait l’attention sur l’utilisation médiatique des termes « migrants » ou « migrations». Il y a quelques années, on parlait de « clandestins », d’« illégaux », ou encore de « sans-papiers », ce qui était déjà un commencement de glissement sémantique. « Cette évolution du langage n’est ni anodine ni innocente », écrit Hugues Moutouh, qui incite à utiliser les mots « immigrés » ou « immigration », afin de « traiter du sujet comme il devrait l’être – uniquement sous l’angle politique et non à travers un prisme déformant exclusivement humanitaire ».

Choisir les mots justes, « un véritable acte de résistance »

L’immigré est un étranger accueilli temporairement Le migrant est un individu que la transhumance conduit à s’installer – a priori définitivement – dans son nouveau pays. « Refuser de parler de « migrants », écrit encore Moutouh, est donc tout sauf une coquetterie langagière. C’est un véritable acte de résistance, le refus de reconnaissance à notre encontre d’une dette positive pesant sur nos épaules et surtout celles des générations futures. »

Les bons réflexes devraient nous apprendre à ne jamais écrire « IVG » mais « avortement », « gay », mais « homo », « mariage pour tous » mais « mariage homo », à éviter DAECH (ou pire DAESH, selon l’acronyme anglo-saxon) mais à utiliser l’expression « État islamique », à remplacer « associations antiracistes » par « associations du prétendu antiracisme » ou « ligues de vertu », « banlieues sensibles » par « banlieues islamisées », « crise migratoire » par « grand remplacement », « collabo » (vocabulaire typique de l’adversaire) par « complice », « délit de racisme, de sexisme, d’homophobie » ou autre par « délit d’opinion » ou « blasphème », « ultragauçhe » par « extrémistes de gauche », « dérapage verbal » par « propos sincère » ou « propos ingénu », « Français d’origine x ou y » par « étranger naturalisé Français », « ingérence humanitaire » par « impérialisme moralisateur », « jeunes » (même avec guillemets) par « voyous immigrés », « mixité sociale » par « mixité ethnique », « multiculturel » par « multiethnique », « quartier populaire » par « quartier islamisé », « radicalisé » (islamisme) par « fanatisé », et même « négationnisme » par « révisionnisme ». L’avocat Eric Delcroix a établi une liste de correspondances de cette nature que tout journaliste de droite devrait garder à portée de main, et relire régulièrement.

De même bon nombre d’anglicismes devraient passer à la trappe, à commencer par ces « fake news », avantageusement remplaçables par « bobards » (Jean-Yves Le Gallou) ou éventuellement par le mot « infox », un mélange de « info » et « intox ».

« Bobards », « infox » voilà qui nous ramène au procès Méric, qui n’en a malheureusement pas manqué. En se souvenant que cette bagarre de 2013 a opposé extrémistes de gauche de type black blocs à de très jeunes patriotes français. La vérité des mots et des faits est là.

Francis Bergeron Présent Hors série Novembre-Décembre 2018

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