Sur le blog de Michel Onfray : penser le virus.

Le plus notable dans la dernière intervention du Premier ministre flanqué de son ministre de la santé, d’une épidémiologiste et du croque-mort qui, pour ouvrir l’appétit du citoyen, chaque jour que le covid fait, donne le chiffre des décès quotidien au moment de l’apéritif, fut qu’elle a duré si longtemps! Plus de deux heures, un record français, et ce pour accoucher dans les forceps… de pas grand chose! Des broutilles, des détails, des bagatelles.

Certes, je ne mésestime pas le fait que les personnes âgées confinées dans les hospices vont pouvoir, sous condition, revoir un peu leur famille. Ni que les modalités d’enterrement vont se trouver aménagées. Tout ce qui augmente l’humanité, ou, du moins, tout ce qui entame l’inhumanité de la situation, est à saluer. Je salue donc.

Mais pourquoi diable ces deux ou trois informations ont-elles été noyées dans un flot de mots à faire craindre à la famille Castro de perdre le monopole du discours fleuve?

Parce que, d’un point de vue rhétorique, le poison était concentré dans les premières secondes dont le reste, comme un excipient, fut ce qui a permis de faire passer le venin. De la même manière que le gras du suppositoire autorise l’avancée donc l’efficacité du principe pharmacologique, cette logorrhée visait à faire oublier l’essentiel – qui fut pourtant dit, c’est tout le talent de ce Premier ministre bien plus habile que son supérieur hiérarchique…

Qu’est-ce que cet essentiel? Il a été formulé dans la première minute, dans les premières secondes même : «Notre vie à partir du 11 mai ne sera pas celle d’avant le confinement, pas avant longtemps». Dans cette séquence, il fallait surtout entendre pas avant longtemps. Autrement dit: le 11 mai est un enfumage, car c’est après que tout commence, du moins: ça continuera et pour un bout de temps. Cet à-venir appelle une multiplication du nombre de morts. 20.000 est hélas un début – les médecins médiatiques qui, en janvier, ont défendu la fiction d’une grippette devraient, au minimum, se confiner pour l’éternité dans leurs sous-sols…

Le confinement est évidemment la meilleure solution; c’était même déjà la meilleure à l’époque où Emmanuel Macron moulinait le vent chinois en dépêchant notre armée pour aller chercher des expatriés français avant de les disperser partout en France; ou qu’il ne trouvait pas anormal d’autoriser l’arrivée d’une vingtaine d’avions chinois chaque jour; ou qu’il renvoyait en permission les militaires impliqués dans les rapatriements et non en quarantaine; ou qu’il estimait que les masques n’étaient pas nécessaires, pas plus que les dépistages massifs qui auraient permis de décréter des confinements ciblés – etc.

Emmanuel Macron se cache derrière les scientifiques et, quand il confesse quelques ratés, c’est pour s’en dédouaner bien vite et faire savoir que la science planétaire (la fameuse science de Greta…) babille, qu’elle tâtonne, qu’elle avance de façon empirique – tout pourvu qu’il n’ait pas à faire un mea culpa personnel, le jeune homme en est totalement incapable. Son psychisme ne le lui permet pas. Jupiter est inaccessible à la résipiscence.

Cette façon de se cacher derrière les scientifiques, comme un couard ou un pleutre, n’est pas digne d’un chef de l’Etat. Imagine-t-on qu’avant d’appuyer sur le bouton nucléaire français, après que l’alerte d’un missile du même type arrivant sur la France lui fut signalée, le président de la République estimerait urgent de créer un comité scientifique de blouses blanches spécialisées dans le nucléaire afin de décréter la nécessité de réunions dans le bunker de l’Elysée avant… de ne rien décider?

Cette absence de stratégie présidentielle montre en pleine lumière, pour ceux qui l’ignoraient encore, que l’homme n’est pas taillé pour la fonction: c’est un bon ministre de l’Empire libéral et de l’Etat profond, un honnête sous-préfet de l’Etat maastrichtien, il se montre zélé , propre sur lui, mais aucunement l’homme qui tranche pour la pays parce qu’il ne sait pas qu’il a été investi de la souveraineté nationale et qu’il ignore plus encore qu’il est là pour protéger son peuple. Il a été promu pour abolir la France afin de faire avancer le projet d’Etat universel et de gouvernement planétaire. 

Il a beau pécher le gogo en affirmant, l’air grave, qu’on ne sait rien ou pas grand chose de cette épidémie et que c’est ce qui explique, justifie, légitime des atermoiements qu’il n’eut pas (c’est l’un des effets de la dialectique du «en même temps»!), on sait depuis longtemps sur toutes les épidémies, peste comprise, comment elles fonctionnent!

Lui qui ne perd pas une occasion de nous faire savoir qu’il serait aussi un littéraire, y compris dans les colonnes hospitalières et généreuses de la Nouvelle Revue française sise ex-rue Sébastien-Bottin dans la prestigieuse maison d’édition Gallimard, il aurait pu, faisons simple, se souvenir de La Peste d’Albert Camus, qui a considérablement travaillé la documentation de son sujet pour écrire ce roman magnifique ou, plus recherché, citer Daniel Defoe, qui n’est pas que l’auteur de Robinson Crusoé, et à qui l’on doit également le Journal de l’année de la peste à Londres (1664-1665). Ceci suffisait pour savoir que l’épidémie de coronavirus obéit aux lois qui régissent toutes les épidémies contre lesquelles on ne dispose d’aucun traitement: elles surgissent, elles ravagent, puis elles disparaissent, bien que le principe actif subsiste dans le virus sous forme d’une espèce de sommeil dont il peut se trouver réveillé.

J’ouvre une parenthèse en passant pour inviter les béats de l’écologie vue des villesà penser à nouveau frais leur théorie de la nature bonne et des hommes méchants! Cette vieille scie musicale rousseauiste et préromantique qui a repris de l’activité après la disparition des grands discours, gagnerait à être rangée au grenier. Quels délires on doit à ce plus français des penseurs suisses!

Je n’ignore point qu’il y a débat pour savoir s’il faut ranger le virus dans la catégorie du vivant, ou pas. Je ne tergiverserai pas longtemps: le virus relève tellement du vivant qu’il s’en montre la formule la plus radicale. Il est programmé pour naître, être, vivre, se reproduire, et mourir, sinon muter c’est-à-dire s’assurer d’une immortalité certaine. Ce programme est celui de nous tous – métaphysique, gastronomie, érotisme, philosophie, religion, art, spiritualité, morale en moins, car voilà tout ce qui distingue, à des degrés divers, certains mammifères, véganes compris, des virus…

La nature est un grand tout dont nous n’avons pas encore pénétré les mécanismes régulateurs. Faute de n’avoir pas assez lu ou médité le Bergson de l’élan vital et de l’énergie spirituelle, de l’évolution créatrice et de l’effectivité de l’intuition, nous ne savons pas penser hors hypothèses théologique non pas ce qui est mais ce qui fait ce qui est- ou ce qui fait que ce qui est est ainsi et pas autrement.

Je prends un exemple.

Le monde est un vaste enchevêtrement de copulations et de trépas. Quoi qu’on fasse, peu ou prou, toutes les coucheries de la planète, quelles que soient leurs durées, leurs degrés de raffinement, leur sauvagerie, leurs intensités, leur place sur une échelle du consentement, la nature et la qualité de leurs acteurs, l’âge des partenaires, pourvu qu’il s’agisse d’un homme et d’un femme opérant selon les modalités classiques, les couples produiront des enfants dont, grosso modo, une moitié de garçons et une moitié de filles…

Dans un éjaculat, il y a deux cents millions de spermatozoïdes. Dans cette armée de prétendants, un seul pénètre l’ovule. Dès que l’élu a trouvé place dans l’ovocyte, un mécanisme le rend impénétrable pour les autres qui n’ont plus qu’à mourir. Le spermatozoïde et l’ovule font un oeuf dont mitose et méiose produiront à un moment donné un être sexué – mâle ou femelle. Or, toutes ces fornications cumulées de la planète, un fois l’addition faite, produisent autant de garçons que de filles! Les tatillons argueront d’un pour cent d’écart en faveur des femmes, ils auront raison: mais là aussi, là encore, c’est toujours un pour cent, jamais moins, jamais plus…

A l’évidence, là où ils se trouvent, au fin fond primitif des bourses ou dans le salon velouté d’un utérus, les spermatozoïdes ne peuvent communiquer avec tout ceux de leurs semblables qui, sur la terre, entament une carrière vers la création d’un humain. C’est la jurisprudence du solipsisme de la semence. Pas question d’une entente préalable sur le principe d’un plan quinquennal qui, via le syndic du sperme ou le syndicat des gamètes, déciderait qu’il faut équilibrer la production annuelle entre les femelles et les mâles!

Il existe, dans la nature, un principe homéostasique selon lequel de l’a priori désordre et du chaos naît a posteriori un ordre sans qu’on sache pour quelles raisons il s’agit plutôt de celui-ci que de celui-là. Pourquoi 51 % de femelles tout le temps et pas une année, une décennie, un siècle, un millénaire avec des variations du genre 70 % de femelles? Il faut un équilibre, mais qu’est-ce qui, dans la nature, veut cet équilibre? Comment s’établit-il? Pour quelles raisons? Selon quelles logiques?

Si l’on ignore tout des causalités et des généalogies, on peut au moins en constater les effets: on ne sait pourquoi, mais c’est un fait constatable, mesurable, quantifiable – c’est ainsi.

Revenons aux épidémies: elles ont également leurs logiques, mais on ignore souvent lesquelles. Pourquoi ce virus apparaît-il (le VIH par exemple) dans ces circonstances et dans ces occasions? Rien pendant des siècles, puis surgissement sans raison apparente alors que les hommes n’ont rien changé de leurs comportements! Quelle énigme, et pas seulement pour la science!

Devant l’impossibilité de répondre, et parce qu’ils ont horreur du vide, les hommes ont trouvé la réponse quand aucune autre n’existe: Dieu l’a voulu! Il a voulu la peste pour punir les hommes de leur manque de foi, puis il a arrêté la pandémie parce que sa miséricorde est grande. Il se montre terriblement méchant d’abord afin de pouvoir démontrer ensuite qu’il est bon … C’est la conclusion de Defoe dans son Journal de l’année de la peste: «Le Poison fut retiré de l’aiguillon d’une manière étonnante et les Médecins eux-mêmes en furent surpris». Puis, la phrase suivante: «Au milieu de leur misère, et quand la condition de la Cité de Londres se trouvait si vraiment calamiteuse, il plut à Dieu de désarmer notre Ennemi par l’action immédiate de sa Main, pour ainsi dire.» J’ai lu ici ou là que quelques prêtres et quelques imans souscrivaient encore à cette lecture – sinon quelques évangélistes américains, une poignée d’intégristes de Saint-Nicolas-du-Chardonnet ou une noria de musulmans des banlieues…

Cette logique moyenâgeuse a fonctionné pendant des siècles… elle fonctionne encore! Le même mécanisme s’est retrouvé activé lors de l’épidémie de sida. Le fait que la communauté homosexuelle ait d’abord été décimée a semblé une preuve pour les croyants que c’était un virus divin destiné à punir les hommes de leur sexualité dite contre-nature.

Quelques écologistes intégristes font parti du lot des primitifs qui anthropologisent la nature. Ils estiment qu’elle se venge – c’était, on s’en souvient peu, la façon de penser de Michel Serres dans son Contrat naturel. Ce qui suppose qu’elle conserve la mémoire des offenses qui lui sont infligées et qu’en vertu d’une logique du ressentiment elle mette en place une stratégie de la punition qui prendrait la forme de catastrophes naturelles. La nature les déclencherait volontairement, sciemment, délibérément – tsunamis, éruptions volcaniques, tornades, ouragans, disparitions d’îles ou de falaises avec l’augmentation du niveau de la mer, incendies, épidémies donc. Or, conférer à la nature mémoire, souvenir, décision, volonté, ressentiment, désir de vengeance, voilà qui renvoie aux pensées magiques des premiers temps de l’humanité. Normalement, au moins depuis De la nature des choses de Lucrèce qui réduit le réel à des effets de réel et non à des fictions, autrement dit depuis deux millénaires, cette façon de penser ne devrait plus être possible… Hélas!

Le virus n’a rien à voir avec un Dieu qui l’utiliserait pour donner des leçons de piété aux hommes; pas plus avec une nature romantique inventée par le Rousseau des Rêveries du promeneur solitaire ; ni même avec une nature susceptible de passer un contrat fictionné par Michel Serres. Dans tous ces cas de figure, il en va de pensées régressives.

Le virus qui tue, voilà le prototype du vivant! Ce coronavirus est une machine vivante emblématique. Car, tout ce qui vit sur la planète ne vit qu’en tuant: chacun est le prédateur d’un autre et c’est à ce prix qu’il vit et survit. Pour parler le langage de Nietzsche, tout ceci s’effectue par-delà le bien et le mal. Quiconque me lit, sauf végane ou végétarien, a mangé dans la journée le cadavre d’un animal qu’un humain a tué pour lui… C’est au prix de la mort que la vie va!

Le virus est un parasite opportuniste qui colonise une cible pour se reproduire, donc vivre. Quand il a colonisé, au-delà du bien et du mal, car ce peut être au prix de la mort, il a réalisé ce pour quoi, comme vous et moi, il est programmé: vivre, copuler, se reproduire et mourir, y compris avec l’humain qu’il a tué – le programme existentiel majeur chez la plupart, du virus à l’infectiologue, en passant par le philosophe, sans oublier le lecteur du philosophe…

Les lois inconnues qui réalisent l’homéostasie lors de l’équilibre des sexes sont les mêmes qui déclenchent les épidémies et les arrêtent. Sauf médicaments efficaces, les hommes n’y peuvent pas grand-chose, sinon assister au carnage et, comités scientifiques et classe politique, faire les malins en disant qu’ils maîtrisent…

C’est quand le virus a assez copulé, qu’il a fait son festin de sang et de morts pour vivre sa vie, qu’il a suffisamment parasité pour être, pour exister, qu’il s’arrête, repus. Goinfré, il entre dans un sommeil qui n’est pas la mort. Il attend l’heure de revenir.

Le même message, dont on ne sait quels canaux il utilise, passe à tous ses semblables; les virus sommeillent, mais dans un état de veille particulier – comme les grains de blé déposés dans les coupes des tombeaux égyptiens qui, une fois remis en terre et arrosé, réactivent leurs principes de vie qui leur permettent, à eux aussi, d’être et de persévérer dans leur être – comme nous.

Le coronavirus obéit donc aux logiques de ce que Nietzsche nomme la volonté de puissance: en aveugle, il veut exister, et ce dans la plus pure innocence de son devenir. Il colonise, il parasite, il infecte, il contamine – c’est sa façon d’être; il fait une orgie de vie, même s’il doit la payer de la mort d’humains qui n’en peuvent mais; il abîme, il endommage, il tue donc il vit, il vit donc il tue.

Une fois la satiété survenue, sans qu’on sache quand il l’obtient, donc quand on l’obtient, le virus va s’arrêter de lui-même. Sur toute la planète, en même temps, comme obéissant à un même signe, il rentrera dans un sommeil que je dirai paradoxal – disons-le autrement: il ne dort que d’un oeil. Quand cela aura-t-il lieu? Edouard Philippe a répondu : «pas avant longtemps»… C’était tout ce qu’il avait à dire lors de cette dernière allocution, voilà pourquoi il a parlé plus de deux heures. 

La gestion politique de cette épidémie est simple: il est impossible de l’arrêter, de la stopper, car ça n’est pas, pour l’heure, dans le pouvoir des hommes. Qu’on cesse donc d’espérer en une solution miracle qui foudroierait le dragon dans les meilleurs délais – même si cette hypothèse n’est pas non plus nulle… 

Reste à ceux qui nous gouvernent cette solution cynique impossible à avouer: faute de pouvoir anéantir le mal, l’objectif du pouvoir consiste à en réguler les attaques et à bricoler dans l’incurable. Entre confinement encadré par la police et déconfinement géré par les entrepreneurs, il y a désormais place pour la gestion de la contamination. A quoi bon, sinon, renvoyer les enfants à l’école dès le 11 mai si ce n’est pour tenter de maitriser cette inévitable contamination? 

Le pouvoir invoque le fait que le confinement abîme prioritairement les enfants qui habitent en campagne, là où internet ne passe pas, qu’il pénalise en premier ceux dont les parents, intellectuellement modestes, se trouvent dans l’impossibilité de les aider ou de suppléer quelque peu l’enseignant. Mais depuis quand le pouvoir parisien a-t-il le souci des élèves issus des familles les plus pauvres et des villages les plus reculés? Ce serait une incroyable nouveauté politique! On ne compte plus les milliards investis en vain dans les banlieues mais on cherche en vain le premier kopeck venu de Paris versé dans le panier des campagnes pour les aider. Que les régions se débouillent dit l’Etat effondré qui n’est plus efficace que pour collecter les impôts. 

Non. C’est un leurre, une feinte, un tour de passe-passe. L’Etat parisien n’a que faire de cette population qu’il fait semblant, soudain, de prendre en considération. Un demi-siècle de politique publique témoigne en ce sens.

Ce faux argument est une vraie feuille de vigne pour cacher l’impudicité de cette décision: pour remettre les adultes au travail, rien de tel que d’envoyer les enfants à l’école! Les parents se trouvent ainsi privés de leurs raisons de rester à la maison. 

Le MEDEF qui piaffe depuis longtemps enregistre ainsi un premier motif de satisfaction – il attend son heure pour casser le droit du travail, briser le syndicalisme, détruire les acquis sociaux, activer le plus profondément possible la régression sociale. C’est un premier os que le pouvoir, qui est son ami, lui donne à ronger. 

Ce déconfinement décidé pour le bien des enfants de pauvres, chacun en convient, car c’est bien le genre de Macron, va réactiver les transports en commun qui sont le vecteur majeur de la contamination – à New-York le métro s’est avéré un véritable billet de première classe pour le corbillard… Or, le pouvoir sait cela. 

Si le pouvoir le sait, c’est qu’après avoir radicalement confiné, au prix d’un sacrifice de l’économie du pays et d’une mise sous le boisseau de toutes les libertés individuelles, c’est désormais l’avantage à l’économie du pays, au prix d’un sacrifice des Français, mais dans un débit que le pouvoir décidera – il l’espère juste le moins voyant possible, les donneurs de chiffes et les instituts de sondages connaissent la musique, amplement aidés en cela par les journalistes*.

Pour ce faire, il faudra que les hôpitaux puissent accueillir en flux réguliers et non en embouteillages massifs comme ce fut le cas depuis des mois ce qui, les images en témoignent malgré le filtre des médias maastrichtiens, s’avère ravageur pour le pouvoir. 

Car, dans les bus, les trains, les tramways, les métros utilisés par des millions d’écoliers, de collégiens, de lycéens, de professeurs, de surveillants, d’intendants, de personnels de l’éducation nationale, qui nous fera croire que les mesures de confinement serinées non stop sur les médias pourront être observées? Se laver les mains? S’asperger de gel hydro alcoolique? Se moucher dans le pli de son coude? Respecter la distance de sécurité sanitaire d’un mètre? Rien de tout cela ne pourra être respecté dans les écoles, pour y venir, y travailler et en repartir. Est-il possible d’imaginer que les élèves se trouvent à moins d’un mètre de leur voisin dans une salle de classe? Dans les couloirs de l’école lors de la reprise des cours? Sur la cour de récréation? A l’entrée et à la sortie de l’établissement? Dans les vestiaires avant et après le cours de sport? Lors d’un match de hand-ball ou de basket? Dans la salle de documentation? Au réfectoire? Cessons-là. Chacun aura compris. On envoie les enfants et leurs enseignants, donc les parents, au casse-pipe sanitaire. Mais en version allégée…

C’est donc que le pouvoir décide d’une nouvelle vague de contamination – il espère juste disposer de la maîtrise du flux comme s’il s’agissait d’un robinet qu’on ouvre plus ou moins… Entre confinement sévère ici, avec l’appui de la force publique, fermeture du robinet, et déconfinement plus ou moins mesuré là, ouverture du robinet, et ce avec le soutien des médias à ses ordres qui organiseront la grande visibilité des «jours heureux retrouvés», Macron estime qu’il pourra être le maître du tuyau d’arrosage et qu’il pourra ainsi éviter d’inonder les hôpitaux… Là sera sa grandeur. Je crois pour ma part que ce sera petitesse en plus.

Puis un jour, quand le virus aura bu tout le sang nécessaire à son programme existentiel, il s’arrêtera, ivre mort, mais comme quelqu’un qui cuve profondément son vin et qui, le temps venu, recouvrera toutes ses forces. Quand? Edouard Philippe et Fernand Reynaud ont déjà répondu: «dans un certain temps»… D’ici là, Macron, Philippe, ses ministres et beaucoup d’autres parleront – peut-être même reverra-ton Sibeth Ndiaye mystérieusement confinée dans le confinement… Tous nous expliquerons, bien sûr, qu’ils tiennent la situation en main.

S’il en avait les moyens, donnons-les lui pour le principe d’une terrible image, le virus esquisserait un sourire mauvais…

*: Ce jour où j’écris ce texte, mardi 21 avril, Reporter-sans-frontières vient de publier son classement concernant la liberté de la presse dans le monde: la France qui, l’an dernier, était 32 ème rétrograde au 34éme rang, avant elle, on trouve le Ghana, Samoa, la Namibie……

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