Le grand business de l’écologie

Le grand business de l'écologie.jpegOn se croirait dans le meilleur des mondes. Le meilleur des mondes du « bio ». Les uns disent courageusement non aux pesticides, les autres crient à la honte quand on leur propose des poulets chlorés – et ils ont raison. Le XXIe siècle est bien religieux mais écolo-religieux, avec ses grands prêtres et son catéchisme. Nous sommes tous en route pour devenir de bons petits écocitoyens. Et si vous ne vous chauffez pas encore à l’énergie solaire, alors vous êtes, des assassins. Le Big Brother de l’environnement fait plus que jamais recette depuis le « Grenelle » qui n’a encore rien donné de concret.

Bref, nous sommes en pleine tyrannie. Avec un but : consommer. La bulle verte se développe. Pour vous Élire acheter une nouvelle voiture en profitant du bonus écologique et, dès qu’elle aura quelques années, la remplacer parce que ça pollue (tant pis si on est obligé de fabriquer deux fois plus de voitures pour rouler propre, on sait bien que fabriquer une voiture ne pollue pas…). Dans tout cela, la culpabilité joue à plein, explique Sylvie Brunel. Et qui a les moyens d’acheter bio, de changer de voiture et d’installer un chauffage solaire ? Ce ne sont pas les pauvres et les classes moyennes qui, eux, sont montrés du doigt car ils nourrissent leurs enfants en allant au hard discount.

Donc l’économiste Sylvie Brunel, ancienne présidente d’Action contre la faim (et épouse à la vie du secrétaire d’État Eric Besson), accuse le développement durable : est discriminant et élitiste. Exemple : « De plus en plus de villes européennes sont interdites aux voitures considérées comme polluantes, celles qui sont vieilles. Celles des pauvres. » Selon elle (qui ne croit pas à la décroissance), le développement durable est aussi régressif : il faut fabriquer son pain, avoir des couches lavables (quitte à polluer en faisant tourner sa machine trois fois plus), faire ses soupes soi-même, avoir son potager les femmes n’ont plus qu’à retourner à la maison car comment trouver le temps de faire tout ça ? En gros, on doit vivre comme un Burkinabé pour être un individu propre, qui ne salit pas la planète.

Il n’y a plus qu’à jeter au feu le conte des trois petits cochons car ce n’est pas en béton qu’il faut construire sa maison mais en paille ou en bois : mais quel est le grand méchant loup qui se cache derrière cette nouvelle théorie se demande Sylvie Brunel ? Sans aucun doute l’Occident. Le développement durable crée toujours de nouveaux besoins et, cerise sur le gâteau, explique-t-elle, ce ne sont pas les pays en voie de développement qui profitent de ces nouveaux achats. Le développement durable profite aux pays riches. « En Afrique, en Amérique du sud, en Asie orientale, l’homme occidental est atteint d’un curieux syndrome : il se prend pour Tarzan. […] Tarzan, le chef blanc de ces peuplades africaines qu’il faut cantonner, voire combattre, car elles ne savent pas que leurs milieux de vie incarnent un paradis perdu qui doit à tout pris être préservé. […] En Afrique, la superficie des aires interdites ne cesse de s’étendre, immenses zones réservées au plaisir d’un petit nombre de privilégiés qui sacrifient les pauvres au culte des éléphants. »

Certes, le développement durable, c’est bien mais il ne faut pas se laisser aveugler : il y a à prendre et à jeter. Car c’est coûteux et pas toujours efficace. Et c’est devenu un business profitable qui joue sur l’industrie de la peur. Il érige un nouvel apartheid entre pauvres et riches, beaux et moches consommateurs, écocitoyens et assassins des futures générations.

Résultat il faut taire le tri entre les vraies alertes et les stratégies géopolitiques et commerciales qui visent à permettre à l’Occident de conserver sa suprématie. Voilà ce que pense au fond Sylvie Brunel. Quand à ceux qui, eux, moissonnent toujours avec des boeufs et réutilisent leurs eaux de douche pour faire la vaisselle, tant pis pour eux. Hourra !

Géraldine Chabrier Le Choc du Mois Juillet-Août 2008

À qui profite le développement durable ?, par Sylvie Brunel, Larousse, 158 pages, 9,90 euros.

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