Renaud Camus « Même le carnage du Bataclan n’a pas réussi à réveiller le dormeur France. »

Renaud Camus Même le carnage du Bataclan n'a pas réussi à réveiller le dormeur France..jpeg

Propos recueillis par Georges Feltin-Tracol

Connaissez-vous Le Camp des saints de Jean Raspail ? Si oui, quand l’avez-vous découvert et quelles furent vos premières impressions ?

Bien sûr. Mais il est vrai que j’ai découvert le livre assez tard – assez tard, en tout cas, pour pouvoir d’emblée vérifier dans les faits, en le lisant, sa formidable puissance prémonitoire. La submersion ethnique a eu deux prophètes admirables, dans des genres très différents Enoch Powell et Jean Raspail.

Peut-on comparer ce que nous vivons actuellement aux fameuses Grandes Invasions barbares des IIIe-Ve siècles qui provoquèrent la chute de l’Empire romain d’Occident ?

Certes. D’abord parce qu’on peut toujours tout comparer, par principe, serait-ce pour bien différencier ensuite parce que les ressemblances, en l’occurrence, sont extrêmement fortes et frappantes. Voyez par exemple l’« entrisme » réussi de l’adversaire, non seulement parmi la population elle-même, mais au sein même du pouvoir et dans les rangs des armées chargées de défendre l’un et l’autre empire, Rome jadis, l’Europe aujourd’hui. Je parlais de cauchemar, en voilà une structure classique ce qui doit défendre une entité quelconque, officiellement, appartient déjà à ce qui veut sa perte, ou plus exactement qui l’est, qui la constitue. Un homme fait une conférence pour tâcher d’avertir ses compatriotes d’une invasion imminente d’androïdes, mais, sans qu’il s’en doute, les trois-quarts de ses auditeurs, dans la salle, et les organisateurs eux-mêmes, sont déjà des androïdes, qui se donnent l’air et les gants de citoyens alarmés. Les Romains véritables n’étaient plus qu’une infime minorité dans les armées romaines de la fin, et des chefs étrangers et barbares détenaient déjà le pouvoir véritable, faisaient et défaisaient à leur gré les empereurs. C’est l’horreur du remplacisme les remplacistes eux-mêmes sont rapidement remplacés par les remplaçants, pour la consolation amère et désespérée des autres remplacés.

Comment expliquez-vous l’inertie de nos compatriotes, voire leur altruisme, à l’égard des envahisseurs ? Sont-ils sots, ignorants, ahuris par les forces médiatiques ou ethno-masochistes ?

Ils sont hébétés par l’enseignement de l’oubli par l’imbécilisation de masse et, accessoirement, par la drogue (dont il n’est pas indifférent que son trafic est d’ores et déjà aux mains des conquérants). La culpabilisation à outrance, l’inversion des valeurs, l’instinct de mort paralysent toute résistance. L’antiracisme est en train de réussir ce que le racisme avait échoué à imposer il y a soixante-dix ans l’asservissement complet du continent. Ces deux doctrines ont d’ailleurs énormément en commun, comme souvent une chose et son antonyme, une doctrine et son pire ennemi, une image et son reflet dans le miroir. Elles ont notamment en commun une conception absurdement limitée, pseudo-scientifique, de la race, dont l’une se sert pour décréter qu’une ou deux races doivent disparaître, et l’autre pour les effacer toutes, proclamer et tâcher de faire en sorte qu’elles n’existent pas. L’antiracisme, c’est le racisme qui recule après vous avoir écrasé, pour vous achever.

L’historien Dominique Venner envisageait un réveil plus ou moins brutal des peuples européens pour l’heure en dormition. Le présent choc migratoire tant démographique que culturel peut-il les réveiller ?

C’est évidemment mon espérance. Mais il faut bien constater que même le carnage du Bataclan n’a pas réussi à réveiller le dormeur France il a poussé quelques gémissements, il s’est touché le nez, il s’est tourné d’un quart, mais il ne s’est pas réveillé. On frémit à l’idée de ce qu’il lui faudrait, pour un tel résultat.

La Hongrie du Premier ministre national-conservateur Viktor Orban n ‘est-elle pas le dernier rempart de notre civilisation européenne épuisée ?

Il est certain que la dictature communiste semble bien avoir protégé l’Europe de l’Est de la dictature antiraciste et de son prolongement actuel, la dictature remplaciste. Pologne, Slovaquie, Tchéquie, Hongrie bien sûr et, dans une moindre mesure, pays baltes, paraissent avoir échappé grâce au rideau

de fer à l’éradication monstrueuse du sentiment identitaire, culturel, racial, civilisationnel. La France devrait demander son adhésion au pacte de Visegrad !

Au-delà du raz-de-marée des clandestins, l’effondrement de notre civilisation n’est-il pas total et perceptible autant dans la destruction très avancée de La langue française que dans le triomphe des écrans ?

Je suis tout à fait d’accord avec vous quant à l’état de délabrement avancé de la langue française, qui touche toutes les classes sociales mais aussi toutes les classes culturelles. Jadis parlaient mal les gens qui parlaient mal, aujourd’hui c’est à peu près tout le monde, à commencer par ceux, professeurs, intellectuels, que leur profession ou leur vocation devraient inciter à apporter un soin particulier à leur langage. Le clavier de la langue ne cesse de perdre des touches. Ce n’est pas seulement le vocabulaire, qui se réduit, c’est la syntaxe qui se contracte en même temps qu’elle se délabre. À peine a-t-on eu le temps de faire son deuil du subjonctif imparfait ou du passé simple, c’est le futur qui bat de l’aile « Tu viens la semaine prochaine et on prend un verre ? »), l’impératif (« Corinne, tu sors de l’eau ! ») et même maintenant le subjonctif présent, si du moins l’on s’en remet à Karim Benzema dans ses démêlés récents avec Valbuena (« Alors j’lui dis  » Faut qu’tu vas voir le mec «  »). Or la réduction du clavier de la langue n’a pas seulement des conséquences sur la communication, elle en a aussi sur l’intellection et même la perception. L’homme ne peut rien appréhender de ce que son vocabulaire ne sait pas nommer il ne peut rien concevoir de ce que sa syntaxe ne sait pas ordonner. L’effondrement syntaxique est une des composantes essentielles de l’hébétude qui gagne, et cette hébétude est elle-même la condition sine qua non du Grand Remplacement. Qu’il s’agisse d’éducation, de culture, de territoire ou de beauté du monde, je fonde de grandes espérances sur les sanctuaires, comme au Haut Moyen-Âge. Il faut créer et préserver des sites de l’exigence, de l’étude, de la rigueur, de la splendeur des lieux de conservation et de rayonnement, et bien sûr de reconquête.

Par votre œuvre, riche et exigeante, ne seriez-vous pas l’équivalent français d’Edward Gibbon de ce début de XXIe siècle ?

Plût au ciel que je le fusse mais, même en dehors de considérations évidentes, je vois beaucoup de différences. D’abord je ne suis pas historien, quoique je m’intéresse beaucoup à l’histoire. D’ailleurs je ne suis rien spécialement, ni philosophe, ni intellectuel, et me contenterai si je le méritais du beau nom d’écrivain, qui n’engage à rien. Surtout nos positions historiques sont totalement différentes, à Gibbon et à moi (et certes pas à mon avantage…). Gibbon écrit au sujet d’une décadence et d’une chute très éloignées dans le temps, et il le fait de l’intérieur d’un empire en pleine ascension politique. Je me trouve dans la situation exactement contraire. Je n’ai pas besoin d’être historien pour observer la décadence et la chute seulement de lunettes. Mais je vais profiter de l’occasion pour mettre quelque chose au point. Je veux bien être appelé déclinologue, mais j’ai toujours trouvé très injuste et très faux, et cela vaut aussi pour un Finkielkraut ou un Muray, d’être traité de décliniste. Faudrait-il ne pas voir ce qui survient, ne pas l’analyser et surtout ne pas le dire, pour échapper au reproche de déclinisme ? Nous ne sommes pas déclinistes, nous sommes déclinophobes, si vous voulez bien pardonner le barbarisme. Ceux qui nous traitent de déclinistes, en revanche, sont souvent déclinogènes (même jeu), voire déclinophores bref des amis du Désastre, des artisans du déclin, des collaborateurs du Grand Remplacement, et du remplacisme qui le promeut. Pour ma part, au contraire, je ne cesse d’appeler à la résistance, au refus, au NON – c’est le nom d’un des deux mouvements que je préside.

Réfléchir&agir hiver 2016

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