Pour en finir avec l’économie prédatrice

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Bref, l’économie à la sauce Madame Irma réussit le même tour de passe-passe que la célèbre voyante : elle vous vide les poches pour remplir les siennes. Et comme elle vous a endormi, la magie perdure. Le principe philosophique qui consiste à faire passer des vessies pour des lanternes ne date pas d’hier. La bienséance politiquement correcte qui anime la rédaction de ce journal m’interdit de pointer du doigt les origines sémites du concept de cerveau monté à l’envers, érigé en vérité révélée que la plèbe ne peut comprendre. Ainsi, les riches seraient indispensables à la société, puisqu’ils en constitueraient le moteur économique. C’est d’ailleurs un constat que l’on peut faire au quotidien : Sanofi et ses milliards d’euros de bénéfices annuels licencie, le FMI affame les pays du Sud en remplaçant les cultures nourricières par celles dédiées à l’exportation pour rembourser les dettes quoi de plus évident donc que le riche est l’avenir de l’homme ? Cependant, puisque nous n’avons pas tous la chance d’être originaires des rives du Jourdain, nous allons tenter de jeter les bases de ce qui pourrait être une économie solidaire.

Primum non nocere

Le principe remonte à Hippocrate. L’idée de ne pas nuire, appliquée à l’activité économique, doit être transversale et généralisée. Prenons un exemple contemporain : les Chinois achètent du coltan à l’Afrique qu’ils transformeront en téléphones portables dont nous n’avons pas besoin. L’instabilité politique créée localement incite les populations à venir en Europe, d’autant que le cours des matières premières ne leur permet pas une émancipation financière – c’est étrange ça ? Mais qui donc fixe les cours ? En outre les conditions d’extraction pour les mineurs sont déplorables et l’écosystème est détruit. Le principe d’une telle économie s’appelle « après moi le déluge. » L’important est de faire du fric, qu’importent les moyens mis en œuvre et l’impact sur les populations et le milieu. En se fournissant au juste prix et non à celui qui arrange les multinationales néocoloniales, l’économie solidaire contribue au développement local des peuples du Tiers monde, à fixer les populations sur la terre de leurs ancêtres, à améliorer les relations et l’amitié entre les peuples (sans l’aide du MRAP !). Le grand perdant serait, selon les dernières études, le Nouvel Ordre Mondial et ses succursales : baisse de la principale « chance pour la France » diminution du pouvoir financier, atténuation de la tutelle bienfaitrice d’organismes internationaux tels que La Banque Mondiale. C’est toujours les meilleurs qui partent en premier, c’est bien connu.

Commencer par satisfaire l’essentiel

Le système marchand a besoin d’inégalités et de déséquilibres pour perdurer. Pour Marx, les chômeurs représentent « l’armée de réserve du capitalisme. » Ainsi, il ne choquera pas-un Attali de distinguer, par la fenêtre de sort modeste appartement entre deux gorgées de Merlot-Golan cuvée 2005, une poignée de hères s’enrouler dans des cartons pour tenter de survivre une nuit de plus. Le capitaliste apatride est avant tout solidaire de ses titres et propriétés – il est bon de rappeler que l’univers culturel et linguistique de monsieur Attali a judicieusement substitué le verbe « être » par « avoir ».

Le système libéral n’a que faire, à l’échelle de la société, de la satisfaction des besoins physiologiques. Que ceux qui en doutent se remémorent Reagan ou Thatcher… La pyramide de Maslow a beau toujours faire partie des cours d’économie de l’Éducation nationale, la base semble avoir été rabotée pour en venir directement aux besoins d’appartenance. Mais les lois de la biophysique sont ce qu’elles sont et l’Homme persiste, malgré l’Évolution, à devoir se nourrir, boire, se loger, se vêtir, se chauffer, dormir, préserver sa santé, sa sécurité, toutes ces futilités avant même de s’équiper en écran plasma ou de partir au volant de la toute dernière Peugeot. Incroyable au XXIe siècle ! Une précision qui a son importance : se nourrir, ce n’est pas bouffer. L’aliment sain est un « alicament ». Nourrir la population sans que le remède soit pire que le mal nous amène à nous détourner de l’industrie agro-alimentaire au profit de l’agriculture paysanne. Selon Paul Ariès, il suffit de « remplacer 400 000 agro-managers par 1 600 000 paysans  » Par des pratiques culturales basées sur l’étude des besoins du sol, des plantes et des animaux, la production et l’émission d’intrants chimiques – fort coûteuse en énergie – devient inutile. À ce stade, Sanofi pourra bien licencier : l’industrie pharmaceutique n’est pas compatible avec une agriculture biologique généralisée et un environnement dépollué…

Le mythe du progrès comme voie d’une économie vertueuse

Autre sophisme ancré au plus profond de tous on n’arrête pas le progrès. Et pourtant il va bien falloir le contrôler,.. Le progrès technologique s’emballe depuis une vingtaine d’années et contribue à isoler l’individu de son semblable. Tout le monde communique, pour ne parler que des NTIC (comprenez « nouvelles technologies de l’information et de la communication ») et pourtant la solitude n’a jamais été aussi grande. Quant à L’impact environnemental, les nouvelles technologies, aussi vertes soient-elles, ne supportent guère la comparaison avec les objets de l’avant-veille. L’empreinte écologique des voitures hybrides bat des records, tout comme les ampoules basse consommation – dont la production nécessite des quantités monumentales d’énergie, leurs rayonnements électromagnétiques posent d’importants problèmes de santé publique et les tubes contiennent des vapeurs de mercure…

Le paradoxe de devons, appelé aussi « effet rebond » illustre le mécanisme du progrès destructeur. Si l’on prend une voiture plus sobre dans sa consommation, on est tenté de rouler plus… Conclusion : l’avènement des véhicules « propres » augmente la consommation d’hydrocarbures.

Transposé à l’Homme, l’effet rebond pourrait ressembler à ceci : l’espérance de vie augmente, donc le travailleur peut trimer plus longtemps, par exemple de 60 à 67 ans. Fort heureusement nous n’en sommes pas là… L’économie solidaire favorise au contraire l’effet débond qui, selon son promoteur François Schneider, profite des économies liées au progrès pour favoriser la décroissance Les émissions polluantes. On n’utilise plus une voiture économe pour rouler plus, mais pour faire des économies de carburant et réduire les nuisances atmosphériques et climatiques. Jusqu’au jour tant attendu de la prise de conscience globale salvatrice : la bagnole ça tue, ça pue et ça pollue, il est temps de tourner la page.

Produire sans aliéner ni polluer

Passer sa vie sur une chaîne de montage, à répéter le même geste, pour produire un bien qui n’appartient pas au travailleur… Pour tenir, l’espoir d’une promotion, les congés payés, les psychotropes. Travailler, pour quoi ? Pour produire des télécrans qui nous surveilleront après nous avoir asservis. D’ores et déjà, des écrans de publicité « intelligents » (écrans ACL) sont disposés dans le métro parisien. Ils détectent si le passant s’arrête et observe, puis ils envoient un message publicitaire sur son téléphone portable le cas échéant. Pour produire de l’énergie nucléaire, autour desquels tous les plus grossiers mensonges sont répandus : énergie propre, indépendance énergétique de la France – l’affaire des otages du Niger nous rappelle combien les gisements d’uranium qui alimentent les centrales françaises sont sur notre sol. Mais pour nos décideurs, l’Afrique est toujours une colonie. C’est cette société orwellienne que nous sommes en train de finaliser. La liberté individuelle donnée en caution contre une assiette pleine et la jouissance de distractions futiles et abrutissantes. L’économie solidaire se détourne des sources d’approvisionnement énergétique polluantes et belligènes. Comment ? Tout d’abord, s’il vient à l’idée de quiconque de réaliser un audit des fins utiles des biens et services produits, force est de constater que le ménage par le vide devrait soulager la demande énergétique de manière substantielle. En effet, l’économie actuelle regorge de production, promotion et commercialisation de machines à courber les bananes et autres marteaux à bomber le verre. Comme précisé plus haut, c’est souvent les meilleurs qui nous quittent les premiers. La production énergétique, libérée de ses scories, subira bien entendu une baisse conséquente. Parallèlement, l’effort financier octroyé à la pétrochimie pourra être réorienté à la recherche-développement et à la production de panneaux photovoltaïques afin d’améliorer leur productivité.

La taille des unités de production devra être réduite autant que possible, afin de limiter les déplacements des travailleurs, évoluer dans un milieu à taille humaine, pouvoir prendre les décisions de manière démocratique et posséder tant les outils que La production. Quant au mode de rémunération, le sacro-saint salaire, il pourrait être question de l’abolir, comme toutes les autres formes d’esclavagisme…

Le primat du politique sur l’économique

Il est aisé de comprendre que l’histoire du marché qui se régule de lui-même est une fable la disparition de principes tels que l’équité, le respect de la parole donnée, cher à Bardèche, la probité ou la frugalité, empêchent toute contention de l’hypertrophie mercantile. Stimulée par la manipulation mentale publicitaire, dans le but de vendre des produits et services qui n’ont ni queue ni tête, l’effacement du politique ne procure aucun garde fou au culte du Veau d’or. Seule une économie dirigée, dont la finalité ne tient pas dans l’accroissement du PIB mais dans l’indépendance du peuple et de la nation vis-à-vis de tout escobar, quel qu’il soit offre la possibilité de produire sans dommage collatéral. L’intérêt général ayant, les intérêts particuliers. La communauté avant l’individu tout simplement.

Tanguy Douar Réfléchir&Agir N°37 HIVER 2011

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