
Nous avons lu le programme. Pas les résumés de presse, pas les portraits flatteurs des correspondants parisiens, pas les communiqués enthousiastes de Bruxelles. Le texte original : A Működő és Emberséges Magyarország Alapjai — « Les fondements d’une Hongrie qui fonctionne et qui est humaine » — le programme électoral complet du parti Tisza et de Péter Magyar, publié en février 2026, 243 pages rédigées en hongrois avec le concours de plus de mille experts. Un document dense, ambitieux, et qui réserve quelques surprises à ceux qui ont cru voter pour un homologue de Macron ou de Hollande.
Premier constat : ce programme n’est pas de gauche
La grille de lecture que les médias français ont appliquée à Magyar est simple : Orbán = droite nationaliste = mal, Magyar = adversaire d’Orbán = bien = progressiste = pro-européen = dans notre camp. Cette équation est fausse dans ses présupposés et trompeuse dans ses conclusions. La gauche a tout simplement cessé d’exister électoralement en Hongrie.
Le programme s’ouvre sur une déclaration de valeurs fondamentales, au nombre de treize. On y trouve : la paix et la stabilité, le patriotisme et le respect des traditions, la souveraineté nationale, la performance et la concurrence loyale, la solidarité sociale — mais aussi, explicitement, le fait qu’il n’y a « ni droite ni gauche, seulement des Hongrois ». Ce positionnement transversal n’est pas une formule rhétorique. Il traverse l’ensemble du programme.
Magyar ne veut pas gouverner pour un camp. Il veut gouverner pour la Hongrie entière — « conservateurs, libéraux et sociaux-démocrates ». C’est précisément pour cette raison qu’il a réussi à rassembler une coalition électorale aussi large. Mais ce volontarisme intégrateur ne doit pas masquer ce que le programme dit sur les sujets qui comptent vraiment pour les Hongrois.
Immigration : plus strict qu’Orbán sur un point crucial
C’est probablement la section du programme qui a été la moins relayée en France. Elle s’intitule sans ambiguïté : Zéró tolerancia az illegális bevándorlással szemben — « Tolérance zéro envers l’immigration illégale ».
Les engagements sont clairs et non négociables :
Le programme maintient la clôture frontalière au sud du pays et promet de renforcer la protection des frontières. Il rejette explicitement les quotas migratoires de l’Union européenne et le pacte sur la migration. Il applique une tolérance zéro envers l’immigration illégale et le trafic d’êtres humains.
Mais voici le point sur lequel Magyar va plus loin qu’Orbán : à compter du 1er juin 2026, le programme interdit l’importation de travailleurs immigrés venus de pays hors d’Europe. C’est un engagement que le gouvernement sortant n’avait jamais pris — Orbán avait au contraire massivement importé des travailleurs asiatiques depuis 2022 pour compenser les pénuries de main-d’œuvre dans l’industrie automobile, notamment dans les usines de batteries. Magyar dénonce explicitement ces pratiques comme un business clientéliste, « des entreprises NER construites sur l’immigration » — NER désignant le système de relations économiques national mis en place par Fidesz.
Le programme l’écrit noir sur blanc : « Les emplois hongrois et l’avenir hongrois ont la priorité. » La Hongrie, sous Magyar, « restera un pays sûr, sans immigrants ». Ce n’est pas la formulation d’un progressiste bruxellois.
Famille : doublement de toutes les aides, continuité et amplification
Le programme contient un chapitre entier intitulé 100% Család Program — « Programme Famille 100% ». Magyar ne démantèle pas les politiques natalistes d’Orbán. Il les double, littéralement.
Les engagements principaux : doublement des allocations familiales et des aides à la maternité, doublement du GYES et du GYET (équivalents hongrois du congé parental rémunéré), attribution d’un trousseau « Mon bébé est né » de 50 000 forints à chaque naissance.
Plus largement, le programme insiste sur le fait que le « retournement démographique » ne se fera pas par des slogans mais par la construction d’un pays où il fait bon vivre — et où l’on veuille rester. La politique familiale est présentée comme un investissement stratégique dans la survie nationale, pas comme une mesure sociale parmi d’autres.
Souveraineté nationale : un pilier intangible
Le programme inscrit la souveraineté nationale parmi ses valeurs fondamentales. Il la définit ainsi : « La souveraineté signifie que le pays peut décider de son présent et de son avenir librement, sans influence extérieure. »
Magyar veut que la Hongrie cesse d’être ce qu’il appelle une « kompország » — littéralement un « pays-bac », un pays qui dérive entre deux rives sans direction propre, vassalisé tantôt par l’Est tantôt par l’Ouest selon les circonstances. Sa réponse n’est pas de se soumettre à Bruxelles mais de s’ancrer fermement dans l’espace européen tout en défendant l’intérêt national hongrois avec clarté et méthode : « Non plus la révérence devant les grandes puissances, mais l’intérêt national fermement défini et représenté. »
Il veut renforcer les Quatre de Visegrád, maintenir la coopération régionale, et construire avec les alliés européens une relation de partenariat fondée sur le respect mutuel — pas de sujétion.
Anti-corruption : le vrai moteur du changement
Le programme crée un Nemzeti Vagyonvisszaszerzési és Védelmi Hivatal — Office national de récupération et de protection du patrimoine — chargé de démanteler seize ans de corruption systémique. Il promet de rendre publics tous les documents des réunions gouvernementales entre 2010 et 2026, de dévoiler les accords secrets, les emprunts cachés, les concessions déguisées. Il ordonne un audit complet du patrimoine de la Banque nationale hongroise sous la direction de György Matolcsy, proche d’Orbán.
La taxe sur les fortunes des milliardaires est la seule mesure du programme que l’on pourrait qualifier de « gauche » — encore que ce type de dispositif existe dans des pays de tradition très libérale. Elle est présentée comme un outil de justice fiscale et de financement partiel des réformes, pas comme une idéologie redistributive.
Économie : libéral-conservateur assumé
Sur l’économie, le programme est clairement orienté marché. Il prévoit des réductions d’impôts pour tous sauf les milliardaires, une politique pro-PME, une réduction drastique des charges administratives pesant sur les entreprises, un environnement « favorable aux startups » et à l’innovation. Il veut remplacer les « usines d’assemblage et les usines de batteries polluantes » par des centres d’innovation employant des Hongrois qualifiés.
Il n’y a pas de nationalisation, pas de contrôle des prix, pas de planification étatique. La promesse économique centrale est de débloquer les 18 milliards d’euros de fonds européens gelés par la Commission — soit environ 8 000 milliards de forints — pour les rediriger vers les PME hongroises et l’économie réelle. C’est une politique de croissance libérale financée par le rétablissement de l’État de droit, pas par la redistribution.
Ce que Magyar dit de lui-même — et que personne ne traduit
L’introduction du programme, signée Magyar lui-même, contient une formulation qui en dit long sur sa vision politique : « Nous mettons fin ensemble à l’ère Orbán-Gyurcsány » — c’est-à-dire à seize ans de gouvernement nationaliste-conservateur ET à l’héritage du socialisme corrompu des années 2000. Il se place délibérément en dehors des deux camps qui ont gouverné la Hongrie depuis la transition démocratique.
Ce positionnement est celui d’un réformiste conservateur-libéral qui croit en la règle de droit, en la propriété privée, en les frontières souveraines, dans la famille comme cellule de base de la société, dans l’appartenance européenne comme cadre géopolitique — mais pas dans l’idéologie progressiste que Bruxelles exporte parfois avec autant d’insistance qu’elle reprochait à Orbán ses propres diktats.
Ce que Macron a salué sans le lire
Quand Emmanuel Macron a félicité Magyar pour sa victoire « pour la Hongrie en Europe », quand Ursula von der Leyen a déclaré que « la Hongrie a choisi l’Europe », ils ont célébré la fin d’Orbán. Ce faisant, ils ont validé un programme qui maintient la clôture anti-migrants, qui interdit les travailleurs non-européens, qui double les aides aux familles, qui consacre la souveraineté nationale comme valeur intangible, et qui refuse d’envoyer des armes en Ukraine.
C’est leur droit. Mais il serait honnête d’admettre que la Hongrie n’a pas choisi la gauche européenne. Elle a choisi un changement de gouvernance, pas un changement de valeurs.
Le programme de Magyar s’appelle « Les fondements d’une Hongrie qui fonctionne et qui est humaine ». Fonctionnelle et humaine — voilà les deux adjectifs. Pas gauchiste. Pas woke. Pas multiculturelle.
La Hongrie reste la Hongrie. Elle a simplement changé de capitaine.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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