La chanson cochonne, un art immémorial bien gaulois, est une injure permanente aux oreilles des pieux mahométans. De façon sournoise, elle réunit tous les ingrédient du racisme et des agressions, provocations et discriminations infligées aux nouveaux Francarabiens par une vieille France moisie qui doit être rééduquée.
En outre, les assonances vicieuses de cette ritournelle provoquent des distorsions auditives fâcheuses avec le nom de Son Excellence Bally Bagayoko, nouveau maire rouge de Saint-Denis, désigné par le Grand Conseil des Ulémas comme le futur raïs de la jamahariya islamiya du Frankistan.
Les vieux pas encore gâteux se souviennent des commentaires de texte au lycée d’avant l’ère des lumières pas à tous les étages, commençant en 1968.
D’abord, le contexte. Une musiquette provinciale entraînante bien française qui donne plus envie de danser la bourrée auvergnate que l‘ingoma des Zoulous. Tout ce qu’on abhorre en matière d’ethnocentrisme européen et d’impérialisme colonialiste leucoderme.
Ensuite un ignoble plagiat copiant « Cadet Rousselle » à la gloire de l’ancêtre du chef communiste bien connu. Un air pour les troisièmes mi-temps de rugby qui, si l’en en croit Patrick Sébastien, provoqueraient des éruptions cutanées chez sa copine la Fifine Gnognotte.
Enfin une envolée lyrique très différente du rap banlieusard devant lequel tout bien-pensant doit se pâmer. Un texte dont la structure itérative s’aligne sur des hémistiches composant des strophes courtes quadrisyllabiques fusionnées en vers octosyllabiques escamotant les voyelles superflues, et disposés en rimes plates. Je rappelle pour selzéceux qui dormaient ou rêvassaient pendant les cours qu’il s’agit de l’alternance de deux vers à rime masculine et de deux vers à rime féminine.
Une parité consubstantielle à l’ancienne culture coloniale qui donne le tournis aux griots. Dont les longs monologues monotones et monocordes rehaussés du son aigrelet de la kora et scandés au tam-tam de Tanzanie ont porté au pinacle de l’humanité le génie de la culture africaine.
Une bonne chanson doit raconter d’abord une histoire (copyright Serge Gainsbourg RIP)
Ce principe se retrouve dans des strophes s’enchaînant en un ordre plus ou moins chronologique de la vie supposée du personnage Bali Balo. Le premier vers commence toujours par le nom de Bali Balo (et pas Bally Ballot, ne vous trompez pas si vous voulez éviter la case prison !) suivi du lieu dans lequel celui-ci se trouve.
Le deuxième comporte souvent un résumé de l’histoire, en commençant typiquement par une grivoiserie annonçant au dernier mot une grossièreté rimant avec le lieu.
Le troisième et le quatrième structurent la narration de l’histoire. Le refrain varie selon les versions. Il est formé de 2 ou 4 vers octosyllabiques insistant lourdement sur le comportement de débauché de Bali Balo en le brocardant méchamment. La populace de l’ancienne France est comme ça. Grossière et inéduquée. Comme on n’a pas réussi à la faire changer, il a fallu la remplacer. C’est chose faite. Ça valait mieux pour tout le monde. Le tiers et le quart, premiers servis.
On peut aussi improviser d’autres strophes
On y est même encouragé. À condition de respecter le schéma rythmique et le système sophistiqué des rimes. Par ce biais poétique, on établit une passerelle intemporelle entre les épopées des aèdes grecs d’antan, les envolées des bardes gaulois, les balades à grelots des troubadours occitans, les chansons de gestes qui ont imprimé la France de la chanson de Roland jusqu’à Victor Hugo, et les jam-sessions du meilleur swing de Louisiane.
Jerry Roll Morton, l’inventeur de l’improvisation musicale dite jazz, s’appelait Ferdinand Joseph Lamothe, un nom bien français. Et son épouse était une demoiselle Mouton. Des Créoles comme ça, on en redemande !
Pour en revenir à Bali Balo, la chanson peut être modernisée, transformée ou transposée dans un autre univers que celui de la rengaine anticléricale d’origine. À condition de respecter la personnalité du héros, paillard, érotomane et pas très futé, qui rebondit toujours comme Bibi Fricotin et son alter ego africain Razibus Zouzou. Témoignage d’un vivre-ensemble des années 1920 jusqu’en 1998 quand le sympathique Razibus fut effacé pour obéir aux injonctions des cuistres imprécateurs qui y flairaient une connotation raciste.
Pour rester dans l’esprit raffiné de cette œuvre lyrique, on brode autour de thèmes récurrents tels que les dimensions peu ordinaires du pénis du personnage et ses mœurs sexuelles débridées. La chanson paillarde bien française, de même que la farce théâtrale grivoise qui ont dominé la scène théâtrale jusqu’à Molière, ont toujours mis en scène des gaillards bien membrés et des paillardes qui n’avaient pas froid aux yeux. Ni ailleurs.
Préférez l’original aux copies Même si l’adaptation des Guignols de l’info « Bayrou-Borloo » était un délice pour fins gourmets.
Les philistins, les merluchons et les troudufions confondent fréquemment Bali Balo avec le père Dupanloup. Le vrai, pas celui saisi d’épectase mystique dans un bordel parisien. Il y a des ressemblances, certes. Mais ce serait une hérésie de trahir Bali Balo personnage clé de la poésie populaire en le remplaçant par un ecclésiastique vicelard aux gonades fragiles.
Mais trêve d’intellectualisme ! Il existe plusieurs centaines de strophes et si vous sentez l’inspiration naître en vous, n’hésitez pas à ajouter votre propre mouture. Profitez-en tant que c’est encore permis, ça risque de ne pas durer. Mieux, grattez-vous la gorge, glaviotez quelques gros mollards verdâtres comme la Tondelière en raffole, et chantez en chœur :
Bali Balo dans son berceau
Bandait déjà comme un taureau
« Fils de putain ! » lui dit sa mère
« Tu bandes déjà plus que ton père »
Ah ah ha oui vraiment,
Bali Balo est un salaud !
Bali Balo chez les bonnes sœurs
Se tapa la mère supérieure
La vieille lui dit jamais le seigneur
Ne m’a donné tant de bonheur
Ah ah ah oui vraiment,
Bali Balo est un salaud !
Bali Balo dans son avion
Avec sa femme et son cochon
Quand sa femme tourna la tête
Il encula la pauvre bête
Ah ah ha oui vraiment,
Bali Balo est un salaud !
Bali Balo dans son cercueil
Bandait encore comme un chevreuil
Avec sa bite en arc-de-cercle
Il parvint à soulever le couvercle
Ah ah ha oui vraiment,
Bali Balo est un salaud !
Christian Navis
https://ripostelaique.com/le-conseil-detat-saisi-en-urgence-pour-interdire-la-chanson-bali-balo/

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