Iran : quatre leçons d’une trêve fragile

La trêve entre les États-Unis et l’Iran ne tiendra très probablement pas longtemps : les contradictions accumulées ne sont pas résolues, surtout si l’on tient compte de la position d’Israël. Mais il vaut la peine de tirer dès maintenant quelques conclusions préliminaires qui pourraient se révéler utiles dans le temps des guerres qui s’annonce. 

Premièrement, et c’est le plus évident : à la guerre, la quantité prime toujours sur la qualité. Même une très forte concentration des meilleurs moyens américains de défense antiaérienne n’a pas pu protéger le raffinage pétrolier du golfe Persique des attaques successives de drones bon marché et peu sophistiqués : les systèmes de DCA eux-mêmes, dont les radars étaient mis hors service, ainsi que l’industrie qu’ils couvraient ont été frappés. 

Dans une telle confrontation, l’écart entre les budgets militaires devient moins déterminant. 

Un Shahed coûte moins cher à l’économie iranienne qu’un missile du système antiaérien Patriot à l’économie américaine, et on peut les accumuler à un rythme bien plus élevé. 

Sans être une panacée, une autre réponse dans ces conditions consisterait à reculer de quelques crans sur l’échelle technologique de la DCA, en reprenant la production et en déployant massivement des canons antiaériens automatiques de 20 à 76 mm ainsi que des mitrailleuses antiaériennes. D’autant que les progrès en matière de robotisation peuvent accroître sensiblement l’efficacité de ces armes, y compris de nuit et par mauvais temps, et ce, avec bien moins d’hommes que l’artillerie antiaérienne n’en exigeait à l’apogée de son développement, dans les années 1940 et au début des années 1950. Quelque part à l’horizon, les lasers continuent de poindre, mais compte tenu des limites de cette technologie, encore peu éprouvée pour les missions de défense antiaérienne, l’artillerie peut être déployée beaucoup plus rapidement. 

Deuxièmement, aucune alliance, aussi solide et ancienne soit-elle, ne garantit la participation des partenaires aux guerres du chef de l’alliance s’ils ne ressentent pas cette guerre comme la leur. Or, en matière de capacité à convaincre leurs alliés du bien-fondé d’une telle participation, les États-Unis sont aujourd’hui bien moins performants qu’il y a 25 ans. C’est un sérieux problème, étant donné que la stratégie de coalition est depuis longtemps devenue le fondement de la planification militaire américaine. Aujourd’hui, elle est remise en cause. 

Aucun des alliés des États-Unis, à l’exception d’Israël, ne participe à la guerre, et les moyens de les y contraindre ne sont pas nombreux. 

Dans le même temps, ils souhaitent continuer à s’appuyer sur les États-Unis pour faire face aux menaces qui les concernent directement. Donald Trump en est-il conscient ? Très probablement oui, sinon il n’évoquerait sans doute pas la sortie de l’Otan. 

Troisièmement, planifier des guerres en s’appuyant sur l’intelligence artificielle (IA) est une grossière erreur. L’IA peut calculer le volet matériel de la question, mais là où on lui demande de prévoir les réactions humaines, elle ne peut le faire de manière fiable. 

Résultat : une opération qui aurait dû se solder par un changement de régime aussitôt après la mort du guide suprême s’est transformée en une guerre prolongée à l’issue encore indéterminée. 

Et puisqu’il n’est pas possible d’interdire par décret le recours à l’IA dans la planification des opérations, il y aura de plus en plus de guerres dans lesquelles les États se lanceront en sous-estimant à la fois leurs propres capacités et celles de leurs adversaires potentiels. 

Quatrièmement, disposer des moyens de fabriquer l’arme nucléaire sans jamais la fabriquer est le pire comportement possible. Aujourd’hui, la question se pose manifestement dans de nombreux pays du seuil : que faire de cet atout ? D’autant plus que le comportement des États-Unis devient de moins en moins prévisible. 

Ilia Kramnik, chercheur à l’Institut de l’économie mondiale et des relations internationales de l’Académie russe des sciences (IMEMO RAS)

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