
« Elle a fait allégeance »
La députée LFI Clémence Guetté a vu de ses yeux la capture du monstre du Loch Ness. Marine Le Pen « n’est pas venue discuter, explique-t-elle, sur X. Elle a fait allégeance. Le pacte est scellé entre les fascistes et les grands patrons. Nous sommes l’alternative. Sinon, les Français paieront l’addition. » Et chez Drouant, l’addition monte vite. La porte-parole de Lutte ouvrière Nathalie Arthaud n’est pas en reste pour vitupérer « le dîner de cons version Le Pen et Arnault. Tous les convives du dîner se sont mis d’accord pour faire payer l’addition aux travailleurs », prévient-elle. Une grande alliance, un complot, un vrai ! Le mouvement Attac est vent debout : « L’extrême droite est aux portes du pouvoir en France. Et que font les grands patrons pour lutter contre cette menace ? Ils dînent avec Marine Le Pen pour s’assurer que le RN agirait en faveur du patronat. » Anass Kazib, qui se présente comme un militant marxiste de Révolution permanente, rapproche même le dîner de l’aventure sentimentale officialisée par Jordan Bardella : « S’il y avait encore un doute sur le fait que le RN est un parti bourgeois, au moins, vous avez un rappel. Jordan Bardella avec une princesse, Marine Le Pen à dîner avec Bernard Arnault, Bolloré, etc. Quand ils auront fini d’attaquer les Arabes et les Noirs, ils s’en prendront à l’ensemble des travailleurs pour servir les intérêts de la bourgeoisie. » On est prévenus !
Décidément, les dîners de Marine Le Pen mettent la gauche sens dessus dessous ! Déjà, en juillet 2024, un dîner avec Édouard Philippe avait défrayé la chronique. « Je dîne avec toute une série de gens, c’est encore une fois tout à fait normal », avait dû préciser Marine Le Pen, au micro de BFM TV. Édouard Philippe avait expliqué bonnement : « On a constaté lors d’un dîner cordial que nous avions des désaccords très profonds sur de très nombreux sujets. »
Marine Le Pen privée de dîner
De fait, Édouard Philippe reste le principal adversaire du RN dans la course présidentielle. Un peu plus tôt, en mars 2024, la même Marine Le Pen avait partagé un dîner, secret encore, avec le futur Premier ministre Sébastien Lecornu. Ça n’avait pas empêché Gérard Larcher, en grand chancelier du cordon sanitaire, de professer la rigueur qui le caractérise : « Je n’aurais pas été dîner avec Madame Le Pen », avait-il confié à BFM, en juillet 2024. Bayrou avait estimé que c’était « un mauvais signal ». Marine Le Pen est privée de dîner.
Ce diner n’est rien d’autre qu’une manifestation supplémentaire de l’enterrement en grande pompe du sinistre cordon sanitaire. Et le signe que le RN se prépare à une campagne présidentielle en gommant ses points faibles. Les échanges avec les patrons s’intensifient logiquement, avec les chances de victoires du RN à la présidentielle. C’est pour accélérer ces contacts que Marine Le Pen s’est entourée de François Durvye, ancien directeur général d’Otium Capital (la société du milliardaire de droite Pierre-Édouard Stérin), devenu officiellement, début avril, conseiller économique du parti. Il a pour rôle d’accélérer les rencontres avec les patrons : c’est lui qui était à la manœuvre. Présent lors du dîner, il évoque simplement, auprès de BV, « un dîner très professionnel et cordial ».
Marine Le Pen a l’expérience des campagnes présidentielles. Elle sait qu’opposants et médias s’acharneront sur un des points faibles du parti jusqu’ici : sa crédibilité économique. Le dialogue ne fera pas tout. L’enjeu, c’est d’abord le volet économique du programme présidentiel, en cours de réflexion au RN. La rencontre montre que le patronat, qui avait beaucoup fait pour l’accession au pouvoir d’un certain Emmanuel Macron, prend ses marques avec la candidate de l’alternance avant l’échéance électorale. Contrairement aux politiques, les patrons d’entreprise font profession de réalisme. Tant pis pour les cris d’orfraie de l’ultra-gauche.
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