
« Une communauté subsiste tant que parmi ses membres les causes d’amitié et d’union restent supérieures aux causes d’inimitié et de division. Les tribunaux sont établis pour châtier, réprimer et, s’il le faut, exclure ceux de chaque communauté qui montrent envers leurs confrères ce visage de loup qu’ils doivent réserver à l’ennemi commun. De même les honneurs anthumes ou posthumes ont servi de tout temps à récompenser ceux des membres de la communauté qui se sont montrés les plus “loups” envers l’ennemi ou, s’il est permis d’ainsi dire, les plus “dieux” envers leurs amis et compatriotes. Beaucoup de héros ont été déifiés ainsi, à titre militaire ou civil. » (Charles Maurras, Mes idées politiques).
Tous nos compatriotes se lamentent sur la déliquescence de notre nation, sur son archipélisation pour reprendre les mots de Jérôme Fourquet. Il n’y a plus de socle civilisationnel commun, les religions sont nombreuses, les opinions politiques diverses, chaque petit détail de la vie quotidienne renvoyant au gouffre qui ne cesse de se creuser entre les citoyens ; essayez seulement d’organiser des repas dans une cantine scolaire – végétariens, halal, et j’en passe ! A contrario, encore trop peu de Français s’aperçoivent que cette atomisation n’est pas due à un concours de circonstances, ni à de simples mauvaises politiques, mais bien à une matrice politique initiale excessivement délétère qui se nomme République française.
A ce propos, un petit livret vient d’être réédité par les éditions d’Action française : Les idées royalistes (https://www.livresenfamille.fr/actualite-etudes-essais/30330-les-idees-royalistes.html) de Charles Maurras.
« D’abord écartons l’utopie » (Charles Maurras). Toute la sève de ce livret est contenue dans cette formule si simple ! L’utopie, emprunté du latin Utopia, qui signifie proprement « Lieu qui n’existe pas » et qui fut créé par Thomas More à l’aide du grec ou « non, ne pas » et topos « Lieu, endroit » avait pour but de désigner une île imaginaire dotée d’une organisation parfaite. Et quelle île imaginaire gangrène notre pays depuis plus de deux siècles ! Aucune autre que cette nation-contrat des jacobins qui identifie société et Etat en les fondant sur le principe de la volonté générale ! Cette République une et indivisible, c’est-à-dire totale pour ne pas dire totalitaire, qui ne reconnaît aucun intermédiaire entre la nation et les individus isolés les uns des autres. Cette nation qui n’a jamais existé et qui n’existera jamais, mais qui entretiendra l’utopie jusqu’à l’abîme.
A contrario, la conception de la nation chez Charles Maurras est une reconnaissance d’un topos, c’est-à-dire d’une réalité concrète, d’une construction historique donnée et unique. Chez le maître de Martigues la nation ne peut exister sans les corps qui la composent, sans les familles, sans les provinces ou sans les villes ; les hommes y sont liés par des corps intermédiaires, des cercles concentriques nécessaires. Que d’aucuns voient encore en Charles Maurras un nationaliste jacobin est proprement risible ! Précisément, celui-ci revient dans ce texte sur la nécessité d’une conception fédéraliste et décentralisatrice de la nation : « Qui voudra réorganiser notre nation en devra recréer les premiers éléments communaux et provinciaux. Qui veut réaliser le programme nationaliste doit commencer par une ébauche de fédération » (Charles Maurras, L’idée de la décentralisation). Car la nature ayant horreur du vide, si vous supprimez les corps intermédiaires naturels d’autres viendront prendre leur place : partis politiques, coteries, et autres, rarement au service de la nation.
Parce que les corps intermédiaires de solidarités furent détruits et que l’individu isolé a émergé, le terrain fut préparé pour que chaque nouvel élément de division puisse s’affirmer. Religions, idéologies, folies wokistes, etc ; chaque individu se sépare de ses semblables au nom d’un principe et reconstruit un cercle de solidarité au nom de ce même principe parce qu’il ne peut en être autrement – l’homme étant un animal social. Aucune solution viable ne pourra être trouvée à l’archipélisation de notre nation tant que son principe politique pervers demeure. “Ces institutions « meurtrières », comme les a précisément nommées M. Paul Bourget, travaillent depuis cent ans à affaiblir, faute de pouvoir les détruire complètement, la famille, l’association, la commune, la province et, en bref, tout ce qui seconde et fortifie l’individu, tout ce qui n’enferme pas le citoyen dans son maigre statut personnel. Chacune des faiblesses de la France moderne coule de ces institutions comme de sa source première.” (Charles Maurras, Enquête sur la monarchie).
Ce sera la mort de l’utopie ou la nôtre.
Disponible chez Livres en famille : https://www.livresenfamille.fr/ au prix de 5 euros.
Pour d’autres ouvrages du maître de Martigues : https://www.livresenfamille.fr/3861_charles-maurras
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