
La régionalisation à la sauce hollandaise
Le 3 juin 2014, deux ans après son élection, le Président ordinaire François Hollande publiait une tribune dessinant les contours de sa grande réforme. Avec l’objectif avancé de faire plus efficace et moins coûteux, il s’agissait de procéder au redécoupage des régions et de planifier la suppression des conseils généraux à l’horizon 2020. Les régions « sont à l’étroit dans des espaces qui sont hérités de découpages administratifs remontant au milieu des années 1960 », écrivait-il alors, et son nouveau découpage allait, c’est sûr, leur offrir « une taille européenne et [les rendre] capables de bâtir des stratégies territoriales ». La nouvelle « décentralisation » entérinée par la loi NOTRe (Nouvelle organisation territoriale de la République) de 2015 a fixé à treize le nombre des régions de la France métropolitaine, dont la Corse, et à cinq le nombre de régions d’outre-mer dont trois (Mayotte, la Guyane et la Martinique) sont également devenues des collectivités territoriales uniques.
De « trop à l’étroit », les régions allaient passer au large, sauf certaines d’entre elles, afin de ne pas froisser les barons socialistes à leur tête. Naquirent ainsi la Nouvelle-Aquitaine, qui court des Pyrénées jusqu’aux confins du Maine-et-Loire, la non moins gigantesque Auvergne-Rhône-Alpes, qui s’étend de la Creuse à la frontière suisse, ou encore l’Occitanie, qui va des portes de Marseille jusqu’à Tarbes.
C’est ainsi que l’Alsace, région administrative composée des deux départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin jusqu’en 2015, s’est retrouvée à fusionner avec les régions de Champagne-Ardenne et de Lorraine au sein de la nouvelle région Grand Est. Une région qui s’étend de la grande banlieue parisienne jusqu’à Strasbourg.
Dix présidents de région dénoncent « une faute institutionnelle »
Le texte portant la demande de l’Alsace a été déposé par le groupe macroniste Ensemble pour la République, déclenchant l’indignation de dix présidents de région qui ont signé une tribune, ce dimanche. Parmi eux Franck Leroy, président de la région Grand Est, Valérie Pécresse, pour l’Île-de-France, ou encore Carole Delga, présidente de la région Occitanie, et Xavier Bertrand, pour les Hauts-de-France. Dénonçant dans cette démarche « une faute institutionnelle, politique et historique », ils estiment que le texte proposé correspond « parfaitement, pour ne pas dire au mot près, aux exigences de l’extrême droite qui a fait du démantèlement des régions l’un de ses chevaux de bataille ».
À la tête de régions qui ne sont souvent que des entités administratives dans lesquelles bien des citoyens peinent à se reconnaître, les signataires craignent avant tout la contagion. « Ce texte servira, s’il acquiert force de loi, à chaque lobby local à revendiquer autonomie et indépendance », écrivent-ils. Si l’on peut souscrire au propos ci-après : « À une époque où le vivre ensemble national se délite et se trouve même en danger, il faut recoudre plutôt que déchirer, rassembler plutôt que dépecer, fédérer plutôt que diviser », on ne voit pas en quoi rendre à l’Alsace son autonomie viendrait déchirer le tissu national. Hélas, celui-ci est depuis longtemps usé jusqu’à la corde, élimé par des décennies d’immigration incontrôlée, d’insécurité, de laxisme judiciaire et de destruction du patrimoine culturel. Un patrimoine auquel les Alsaciens, si souvent chahutés par l’Histoire, sont attachés plus que quiconque.
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