Parmi les vertus que l’on serait en droit d’exiger de ceux qui aspirent à gouverner les hommes, la fiabilité se dresse, droite et lumineuse, comme une exigence première. Elle devrait être, plus que toute autre, la boussole intime de l’électeur au moment de confier son destin à un candidat, car que vaut une parole publique si elle n’est point tenue ? Promettre engage, et gouverner oblige ; entre ces deux pôles devrait s’établir une continuité naturelle, presque sacrée. Pourtant, l’histoire politique récente de la France semble s’être complu à trahir cette évidence.
Depuis plus d’un demi-siècle, la scène électorale française ressemble à un théâtre où se succèdent, au rythme des campagnes, des acteurs habiles à déclamer des promesses séduisantes, mais trop souvent promptes à se dissoudre une fois le rideau levé sur l’exercice du pouvoir. Les mots y abondent, brillants et rassurants, mais les actes, eux, peinent à suivre, comme si la réalité se chargeait inlassablement de démentir les engagements d’hier.
Ainsi, en 1974, Valéry Giscard d’Estaing appelait de ses vœux « le changement dans la continuité ». La formule, élégante et équilibrée, promettait une transition douce, presque harmonieuse. Mais les Français, au terme de ce septennat, eurent le sentiment amer de n’avoir connu ni véritable changement, ni réelle continuité. Et si un souvenir devait s’imposer, ce serait peut-être celui, moins glorieux, d’un État entrant pour la première fois dans l’ère des déficits budgétaires.
Quelques années plus tard, en 1981, François Mitterrand déployait avec emphase l’arsenal de ses « 110 propositions », fresque ambitieuse d’un avenir réinventé. L’élan était vaste, presque lyrique ; il fut pourtant rapidement contrarié par ce que l’on nomma pudiquement le « tournant de la rigueur ». Les promesses, si nombreuses qu’elles semblaient inépuisables, s’évanouirent alors dans les contraintes du réel à l’exception de l’abolition de la peine de mort qui rendit la vie plus belle aux assassins.
En 1995, Jacques Chirac, animé d’une volonté affichée de justice sociale, s’engageait à réduire « la fracture sociale ». L’expression frappa les esprits, tant elle semblait nommer une blessure profonde du corps national. Mais cette fracture, loin de se résorber, s’est creusée au fil des années, nourrissant des tensions dont les échos résonnent aujourd’hui avec une inquiétante intensité.
Puis vint Nicolas Sarkozy qui, dès son accession au pouvoir, affirma sa détermination à débarrasser le pays de ce qu’il appelait les « racailles ». Le ton était ferme, presque martial. Pourtant, le simple regard porté sur la réalité contemporaine suffit à constater que l’objectif proclamé n’a pas été atteint, laissant derrière lui un sentiment d’inachèvement.
François Hollande, en 2012, avait quant à lui choisi la simplicité d’une formule directe : « Le changement, c’est maintenant ». Mais ce changement, jamais clairement défini, laissa les Français dans une expectative déçue. Peut-être, en effet, qu’une plus grande précision aurait infléchi le choix des urnes.
Enfin, Emmanuel Macron, qui demeure sans doute l’incarnation la plus emblématique de ces promesses aux contours mouvants, érigea le « en même temps » en principe cardinal de son action. Cette ambition de concilier les contraires, séduisante en apparence, s’est souvent traduite, dans les faits, par une impression de confusion, voire de contradiction, donnant le sentiment d’un cap incertain.
De cette succession d’engagements énoncés puis oubliés naît une conclusion simple, presque implacable : la France n’a pas tant besoin d’hommes politiques habiles à dire ce qu’ils feront que d’hommes capables de faire ce qu’ils ont dit. La parole publique ne retrouve sa noblesse que lorsqu’elle s’incarne dans l’action.
À cet égard, certains exemples locaux viennent nourrir une réflexion différente. À Nice, en portant Éric Ciotti à la magistrature municipale, les électeurs ont fait le choix d’un édile ayant placé au cœur de son programme la baisse des impôts locaux. Dès les premiers temps de son mandat, cette promesse s’est traduite par une réduction significative de la taxe foncière, accompagnée d’un allègement de la fiscalité sur les résidences secondaires. Ce type d’action présente au moins le mérite de la cohérence entre l’annonce et sa mise en œuvre.
Ce modèle, revendiqué par plusieurs maires, dont la totalité des maires RN ayant obtenu la confiance renouvelée de leurs administrés, repose sur une idée simple : dire ce que l’on fera, et faire ce que l’on a dit. Il esquisse, en creux, une attente profonde des citoyens, lassés des promesses évanescentes sur la sécurité, sur l’identité, sur la prospérité retrouvée et sur la souveraineté.
À l’approche des prochaines échéances nationales, cette exigence de fiabilité pourrait bien redevenir centrale. Car au-delà des discours et des postures, les Français aspirent à une forme de sécurité — non seulement dans leur quotidien, mais aussi dans la parole de ceux qui les gouvernent. Une parole qui ne se dérobe pas, qui ne se contredit pas, mais qui engage, durablement, celui qui la prononce.
Jean-Jacques Fifre
https://ripostelaique.com/eric-ciotti-un-homme-de-confiance/
Laisser un commentaire