Du prix des carburants

par Jean-Philippe Chauvin

L’actuelle guerre au Moyen-Orient entraîne une forte hausse du prix des carburants, au risque de gripper l’économie et la production françaises, et de fragiliser un peu plus la (trop) timide réindustrialisation de notre pays, nécessaire pour garantir notre souveraineté politique et nos possibilités sociales. Mais cette crise, qui semble désormais s’inscrire dans le temps long de cette « montée vers la guerre » commencée en 2022 avec la guerre en Ukraine, peut aussi être l’occasion d’ouvrir de nouvelles pistes et champs d’application techniques aussi bien que comportementales, et permettre à la France de retrouver la place qui doit être la sienne, non pas forcément la première mais celle de la grandeur et de l’indépendance face aux empires et aux impérialismes.

Ainsi, n’est-ce pas l’occasion de repenser la question énergétique et de développer des alternatives crédibles aux énergies fossiles, en voie d’épuisement et trop polluantes pour un monde qui a de plus en plus de mal à respirer ? « Il y a dans cette crise une opportunité : provoquer un choc qui conduise à l’augmentation des ventes de véhicules électriques. La France est en excès de production d’électricité, elle est en mesure d’absorber une montée en charge de la part des voitures électriques », affirme l’économiste Christian Saint-Étienne (dans Le Journal du Dimanche du 29 mars 2026) avec quelques bons arguments liés à la production des centrales nucléaires et à celle, ascendante, des énergies dites renouvelables. Le député des Républicains Antoine Vermorel-Marques enfonce le clou dans la même édition du JDD, ce qui laisse supposer une convergence entre les milieux économistes et la Droite modérée sur ce thème énergétique, au moment où les automobilistes, pris au piège de l’élévation rapide des tarifs pétroliers, sont sans doute désormais plus sensibles aux messages proposant une alternative aux carburants fossiles devenus « hors de prix » : il faut bien admettre que la crise actuelle issue de la guerre au Moyen-Orient est plus efficace sur ce point que toutes les campagnes de propagande sur les avantages de la locomotion électrique, qu’elles soient écologistes ou économiques… C’est la contrainte qui entraîne la mesure, diront certains : ce n’est pas totalement faux, même si l’on peut s’en attrister.

« Après le premier choc pétrolier de 1973, la France avait décidé de réinventer totalement son modèle pour disposer d’une énergie propre et souveraine à long terme, le nucléaire, avec le plan Messmer de 1974. Pour sortir du diesel à 2,30 euros, il faut lancer le plan Messmer du véhicule électrique. Un tel plan serait quatre fois gagnant. Il protégerait l’automobiliste, puisque le prix de la recharge est quatre fois moins élevé que le plein de gazole. Il renforcerait la souveraineté énergétique de la France, qui jouit déjà d’une électricité abondante, décarbonée et locale. Il contribuerait à la poursuite de nos objectifs climatiques, alors que les véhicules individuels représentent 18% de nos émissions de CO2. Il participerait surtout à la réindustrialisation en soutenant notre industrie automobile, entrée en crise profonde » (Antoine Vermorel-Marques, député de la Loire et vice-président des Républicains dans Le Journal du Dimanche du 29 mars 2026).Ces quatre raisons conviennent effectivement aux enjeux contemporains, même si elles peuvent être discutées et même dépassées par une analyse plus précise et plus critique du système qui a mené aux impasses contemporaines, ce capitalisme carbonifère s’incarnant dans une société consommatoire et gaspillarde, matrice des désordres de notre monde et destructrice des équilibres anciens par une hubrismal maîtrisée par ceux qui l’ont hier valorisée… Il sera encore bien temps, ces quelques lignes écrites, d’y consacrer ensuite quelques articles et quelques efforts d’analyse et de dénonciation.

La principale urgence du moment, fut-elle tardive et parfois imprécise, n’est pas seulement de chercher à amortir les chocs tarifaires des énergies fossiles mais bien de préparer l’alternative crédible et massive à ces dernières, pour sortir, en un temps qu’il s’agit de raccourcir au maximum, du piège énergétique. Mais cela doit se faire sans tomber dans une nouvelle dépendance, celle aux terres rares nécessaires à la production des batteries et des matériels électriques : il s’agit, là encore et dans une vision à long terme, de ne pas tomber de Charybde en Scylla, mais bien plutôt de préparer « l’avenir du pays que tout esprit bien né souhaite à sa nation », ainsi que le dit Charles Maurras, dans L’Action française du 1erfévrier 1908. Un nouveau plan Messmer ? Oui, sans doute et le plus tôt et le plus sérieusement possible ! Mais la République, prise déjà dans sa course folle à la prochaine présidentielle, peut-elle fonder véritablement et pour le long terme cette politique nécessaire et réfléchie qui doit projeter la France en position de force (libre et souveraine) dans la seconde moitié du XXIe siècle ? Il est raisonnablement permis d’en douter, et possible de s’en lamenter. Mais il importe aussi de travailler à fonder les institutions à la fois nouvelles et anciennes qui peuvent autoriser et faire advenir l’espérance…

https://www.actionfrancaise.net/2026/04/06/du-prix-des-carburants/

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