
Vous entendez les hurlements à la mort de la délégation LFI ? Les cris d’orfraie des anticléricaux de tout poil ? Le scandale des affidés aux loges ? L’étouffement de la gauche façon « Libre Pensée » ? Il suffit, pourtant, de remplacer le mot « croix » par le mot « voile » et le « christianisme » par l’« islam » et l’évêque par le responsable de la mosquée pour obtenir précisément les propos tenus par le ministre de l’Intérieur, le 12 mars dernier, à la grande mosquée de Paris.
Un État bien moins coulant avec l’école privée catholique qu’avec le voile…
La saillie du ministre pose a minima quelques questions. D’abord, on évoque le voilement de fillettes, en France, au pays de la laïcité, du féminisme, de la liberté et de l’émancipation individuelle, dans le silence de la gauche et des féministes de gauche, alors que Gabriel Attal proposait, en mai dernier, l’interdiction du voile dans l’espace public pour les moins de 15 ans. Il faudrait savoir… Par ailleurs, la religion historique en France, celle qui a fait sa culture, sa civilisation, celle qui a tissé la quasi-totalité de son dépôt artistique à travers les âges en architecture, en musique, en peinture, en sculpture, est ici ravalée au rang d’une sous-secte secondaire. Car la République macroniste, qui accueille si généreusement des fillettes voilées aux balcons de l’Assemblée, n’a pas ménagé la Manif pour tous, où les catholiques étaient nombreux, ni les Veilleurs. Surtout, l’actuelle campagne d’intimidation très violente contre les écoles privées sous contrat et hors contrat (lire la grande enquête de Sabine de Villeroché), catholiques pour la plupart, emprunte un ton nettement moins bienveillant…. Au point que le ministre de l’Éducation nationale a dû recadrer ses propres fonctionnaires.
Troisième point : quand l’État français s’est-il employé à « mieux faire connaître le christianisme » ? Ou le judaïsme ? Quand a-t-il tutoyé les ministres du culte catholique ? Enfin, quand un ministre a-t-il avoué qu’il pousserait toute initiative apte à « mieux faire connaître le christianisme » ? Quand a-t-il assuré que le président de la République était attaché à cette meilleure connaissance d’une religion ?
Ces propos en disent long sur l’interprétation de la laïcité par les tenants de la mondialisation sans frein, façon Emmanuel Macron. Laurent Nuñez et son commanditaire pratiquent une double laïcité : hostile vis-à-vis de la religion issue de leur histoire et de leur terre, très accueillante vis-à-vis de l’islam. Accessoirement, Emmanuel Macron, qui n’est pas chef du gouvernement, demande à ses ministres qu’ils développent et fassent « mieux connaître » l’islam, dont la version radicale a occasionné plusieurs centaines de morts en France.
Oublié, le rapport sur « l’islamisme en France » ?
Laurent Nuñez est pourtant très informé : l’État a commandé et publié le très inquiétant rapport « Frères musulmans et islamisme en France », le 21 mai 2025. « Pour expliquer ce qu’est l’islamisme politique et sensibiliser l’opinion à sa réalité, comme l’ont déjà fait plusieurs pays dans le monde », écrit le ministère lui-même, en introduction.
Laurent Nuñez et Emmanuel Macron ont-ils lu ce rapport financé par le contribuable ? En ont-ils tiré des conclusions ? Bien sûr, on les entend : il faut favoriser un « islam républicain », mieux accueillir l’islam, tisser des liens… L’irénisme habituel de la gauche et de l’extrême gauche, l’aveuglement particulièrement épais des partisans de la mondialisation destructrice des nations et de leurs cultures. « Les propos du ministre de l’Intérieur sont pour le moins inquiétants, écrit, sur X, Marine Le Pen. En s’alignant sur les positions communautaristes de l’extrême gauche sur le voilement des mineures, alors même que le recteur de la grande mosquée de Paris rappelait que le voile ne devrait pas exister en France pour les enfants, Laurent Nuñez fragilise le pacte républicain en s’attaquant à un de ses piliers fondamentaux, la laïcité. » Elle y voit « un nouveau recul sur nos valeurs de civilisation ». C’est bien, en effet, de civilisation qu’il s’agit.
Marc Baudriller
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