La gauche française manifeste une intolérance croissante envers les médias qui échappent à son contrôle idéologique, et CNews incarne aujourd’hui l’un de ses principaux ennemis. Propriété de Vincent Bolloré, cette chaîne d’information en continu offre une pluralité de voix souvent critiques envers le politiquement correct, le wokisme et les dérives de La France insoumise (LFI). Cette liberté d’expression agace profondément la gauche, qui, au lieu de répondre sur le fond des idées, recourt systématiquement à la stratégie de la censure : accusations de racisme, saisines de l’Arcom, plaintes judiciaires et appels à la fermeture pure et simple de la chaîne. L’affaire récente impliquant Michel Onfray et le nouveau maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, illustre parfaitement cette volonté de museler toute dissidence.
Le déclencheur : une déclaration sidérante du maire LFI de Saint-Denis
Tout commence par les propos tenus par Bally Bagayoko, élu maire de Saint-Denis sous l’étiquette LFI. Lors de sa prise de fonctions, il évoque le sort des fonctionnaires territoriaux : ceux qui « ne sont pas en phase avec le projet politique » de la nouvelle municipalité pourraient « naturellement » choisir de partir via une mobilité professionnelle. Il parle d’ « allégeance » et ajoute que « les fonctionnaires sont avant tout des gens qui répondent en fait à une commande politique ». Le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, réagit rapidement par courrier, rappelant fermement le principe républicain : aucune autorité municipale ne peut laisser entendre que le maintien en poste d’agents dépende de leur adhésion aux orientations politiques de l’exécutif. Ces déclarations sonnent comme une pression sur les agents publics, voire une remise en cause de la neutralité de la fonction publique.
C’est dans ce contexte que Michel Onfray, invité de l’émission « Face à Michel Onfray » animée par Laurence Ferrari sur CNews, réagit avec sa franchise habituelle. Interrogé sur l’emploi du mot « allégeance » par le maire, le philosophe exprime sa sidération face à une vision qu’il qualifie de rétrograde et clanique : « Il y a quelque chose de clair dans cette profession de foi, c’est que ces gens-là n’ont pas le sens de l’intérêt général et du bien public. C’est la bande. La bande a gagné, donc la bande va imposer sa loi. […] On fait l’allégeance au mâle dominant. Mais on n’est pas dans une tribu primitive. »
Onfray développe une analyse philosophique et anthropologique : la notion d’allégeance renvoie à des logiques grégaires, tribales ou féodales, antérieures au contrat social républicain issu de la Révolution française. Il invoque Darwin et l’éthologie (l’étude scientifique du comportement animal, incluant l’humain) pour souligner que l’homme reste un animal territorial, mais que la modernité politique impose de dépasser ces dynamiques primitives au profit de la Nation et de l’intérêt général. Il précise explicitement que Bagayoko, en tant qu’élu, doit représenter l’ensemble de la cité, y compris ceux qui n’ont pas voté pour lui, et non agir comme un « chef de bande » ou un « mâle dominant ».
La stratégie de la meute : décontextualisation et accusations de racisme
Ces propos, sortis de leur contexte dans un extrait de seulement 15 secondes largement relayé sur les réseaux sociaux, déclenchent une tempête. La gauche, LFI en tête, crie au racisme « crasse et décomplexé ». Mathilde Panot (LFI), Ian Brossat (PCF), Olivier Faure (PS) et Jean-Luc Mélenchon dénoncent une attaque raciste contre un maire noir. Des militants et journalistes (Jean-Michel Aphatie, Sylvain Chazot de Libération) amplifient la charge, assimilant les références à une « tribu primitive » ou à un « mâle dominant » à une animalisation raciste du maire en raison de sa couleur de peau.
Pourtant, rien dans les propos d’Onfray ne fait allusion à la race ou à la couleur de peau. Le philosophe critique une logique de pouvoir clanique, indépendamment de l’origine de l’élu. Il s’explique d’ailleurs rapidement dans une vidéo sur X : sa référence à Darwin et à l’éthologie vise à rappeler que l’humain partage des comportements animaux (différence de degrés, non de nature), sans animaliser quiconque. L’éthologie, science respectée (y compris par l’institut Jane Goodall), étudie les mœurs animales et humaines sans connotation raciste. Onfray rappelle son œuvre abondante, qui célèbre souvent le divers culturel : éloge de l’animisme africain dans Cosmos, des Inuits, des Touaregs, des nomades ou de la tradition japonaise. Accuser de racisme un penseur qui condamne l’ethnocentrisme relève de la mauvaise foi ou de la stratégie politique.
Cette décontextualisation systématique n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans une « meute numérique » où offusqués professionnels, militants LFI et médias alignés s’unissent pour disqualifier l’adversaire plutôt que de débattre. Le titre du livre La Meute sur LFI, paru en 2025, trouve ici une illustration ironique.
CNews dans le viseur de la gauche – mais aussi de la macronie
L’affaire dépasse rapidement Onfray pour viser la chaîne elle-même. Des députés LFI appellent ouvertement à la fermeture de CNews, « rien que ça ». Mathilde Panot saisit l’Arcom. Bally Bagayoko annonce une plainte contre la chaîne et organise un « rassemblement populaire citoyen contre le racisme et contre le fascisme » le 4 avril 2026. Jean-Luc Mélenchon fustige les médias qui « alimentent un racisme à vomir ». Cette séquence tombe à pic pour LFI : elle permet d’occulter les polémiques internes (sorties de Mélenchon sur les « blancs moches », affaires comme celle de Raphaël Arnault, scènes houleuses lors de passations de pouvoir dans des mairies LFI, où des maires sortants partent parfois sous escorte policière).
La gauche instrumentalise ainsi l’antiracisme comme arme de censure. CNews, numéro 1 des chaînes info, dérange parce qu’elle donne la parole à des voix non alignées : critiques de l’immigration incontrôlée, du multiculturalisme communautariste, des dérives islamistes ou des excès woke. Vincent Bolloré, actionnaire, est régulièrement traîné devant des commissions parlementaires ou accusé de tous les maux. La chaîne a déjà subi des sanctions et des campagnes pour la faire taire, comme ce fut le cas pour C8 (également du groupe Bolloré), dont la gauche a obtenu la fermeture.
La gauche accepte la pluralité tant qu’elle domine le paysage médiatique (service public, grands quotidiens, radios). Dès qu’un média offre un contre-pouvoir, il devient « haineux », « raciste » ou « fasciste ». L’Arcom, censée garantir la liberté de communication, est saisie à tour de bras pour intimider. Les plaintes se multiplient, créant un climat de peur judiciaire. Or, la vraie menace pour la République n’est pas une émission où un philosophe analyse le pouvoir en termes anthropologiques, mais une conception du politique qui exige l’« allégeance » des agents publics et transforme une mairie en fief partisan.
Une logique plus large de censure et de politiquement correct
Ce cas s’inscrit dans une tendance plus vaste. La gauche, particulièrement son aile radicale, violente, racialiste, antisémite, recourt au politiquement correct pour imposer un récit unique : tout critique d’un élu « issu de la diversité » devient raciste ; toute remise en cause du multiculturalisme est islamophobe ou xénophobe ; toute défense de la laïcité républicaine est « d’extrême droite ». Les exemples abondent : campagnes contre Zemmour, sanctions contre des humoristes ou chroniqueurs, pression sur les réseaux sociaux pour déplatformer, boycotts publicitaires.
Dans l’affaire Onfray-Bagayoko, le fond est escamoté : le républicanisme d’Onfray, qui défend la Nation contre les logiques claniques, et son appel – que nous jugeons pour notre part très utopique – à un islam compatible avec la France (préférant un musulman voulant « refaire la France » à un agnostique indifférent). Seule compte la disqualification morale pour justifier la censure.
CNews résiste grâce à son audience et à son positionnement éditorial pluraliste (dans un PAF monocorde à gauche). Mais la pression est constante : saisines, plaintes, campagnes de dénigrement. La fermeture de C8 sert de précédent menaçant. Derrière ces attaques se cache une intolérance profonde : la gauche ne supporte plus le pluralisme réel. Elle préfère un espace public aseptisé, où seules ses idées circulent librement.
L’affaire Onfray révèle moins un « racisme décomplexé » qu’une gauche prête à tout – décontextualisation, accusations infondées, mobilisation judiciaire et médiatique – pour faire taire CNews. Cette chaîne incarne la résistance à l’hégémonie idéologique. La défendre, c’est défendre la liberté d’expression contre une censure déguisée en vertu antiraciste. Dans une démocratie mature, on répond aux idées par des arguments, pas par des appels à la fermeture des antennes. La gauche renoue avec ses vieux démons totalitaires. Mais les a-t-elle vraiment jamais exorcisés ?
Henri Dubost
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