Les communes et le roi

par François Marcilhac

Dans Ouest France du 24 février 2026, en vue du premier tour des élections municipales, le comte de Paris rendait hommage aux élus municipaux en rappelant que « ces artisans du bien commun incarnent à la fois l’âme de notre pacte social et l’expression de notre diversité ». Et d’appeler à élargir leurs compétences. Malheureusement, le pays légal républicain est indifférent à cette dimension essentielle de cette « démocratie de proximité », la seule qui pourrait véritablement refléter le souci politique en dehors de toute autre considération. Parce que le régime des partis politise tout, au mauvais sens du terme, parce qu’il fait de chaque enjeu électoral un enjeu de pouvoir oligarchique, parce qu’il est incapable de s’affranchir de ses propres démons politiciens, il abîme ces élections et le rapport entre le maire et ses « administrés » en y insufflant des préoccupations étrangères aux affaires municipales. C’est ainsi que la seule question que se sont posés politistes, journalistes et politiciens était de savoir si les municipales de 2026 préfigureraient les luttes à venir pour la présidentielle de 2027, alors que, comme le comte de Paris l’écrivait également, « si les Français plébiscitent les communes, cest parce quelles sont naturellement lespace des avancées concrètes et de la solidarité réelle ». 

La République contre les communes

Ce n’est pas la première fois que le comte de Paris alertait ainsi sur la spécificité des communes dont les libertés, anciennes et bien plus étendues avant 1789, ont été voulues et élaborées par nos rois au Moyen Âge. Durant la covid-19, en juillet 2020, il avait déjà publié une tribune sur « nos communes, expression de la France vivante » où il militait pour un renforcement de ces libertés : « Défendre nos communes, cest dabord veiller à leur libre administration. […] Défendre nos communes, cest respecter leur autonomie financière et veiller à ce quelles disposent des justes moyens pour agir. Défendre nos communes, cest veiller à ce quelles conservent une place centrale dans notre organisation territoriale ». Or, qu’a fait le pays légal depuis plusieurs décennies, sinon le contraire, en noyant les compétences des communes au sein de machins intercommunaux inefficaces et, le plus souvent, au seul profit de la commune la plus puissante, tout en les étouffant financièrement, sans oublier une métropolisation qui coupe la France en deux. Chacun a observé la hausse de l’abstention aux dernières municipales, et nos politistes d’en conclure que le désintérêt des Français pour les élections affectait désormais jusqu’à leurs élus préférés. C’est ne pas voir que cette hausse est trompeuse et qu’elle a été largement provoquée, s’agissant surtout des petites communes. Ainsi, au nom d’une conception rigide de la parité, le pays légal, totalement déconnecté du pays réel, a-t-ilsupprimé le panachage dans les communes de moins de 1 000 habitants : jusqu’en 2013, ce droit concernait celles de moins de 3 500 habitants et il a été totalement supprimé en 2025. Or — double conséquence délétère —, le fait que la parité soit devenue obligatoire pour ces communes limite déjà la constitution de listes : souvent une seule peut être constituée. Dans ces conditions, pourquoi aller voter ? 

Une administration étouffante des Français

La République ne cesse ainsi de s’attaquer aux libertés fondamentales des Français. En supprimant leur droit de pouvoir choisir réellement ceux qui administreront leur cité, elle montre avec, de plus, une arrogance idéologique qui frôlerait le ridicule si elle ne traduisait surtout une volonté totalitaire de rationalisation politicienne, que son seul objectif est de vider de son sens le premier échelon, l’échelon communal, là où devrait s’exercer cette « démocratie » réelle permettant aux citoyens de s’organiser comme ils l’entendent. Nous en arrivons au stade ultime de cette dépossession au profit d’une administration toujours plus étouffante. La limitation du nombre des communes, qui s’est accélérée depuis vingt ans, participe de la même démarche de déracinement et privation de nos libertés fondamentales. S’appuyant bien souvent sur des exemples étrangers (Allemagne, Royaume-Uni), faisant fi de notre histoire à la fois locale et nationale parfois bimillénaire, avec une vision strictement quantitative de la politique locale, qui vaut aussi pour la politique de la santé — ainsi de la fermeture des maternités dans les « territoires », mot affreux de hauts fonctionnaires hors sol visant à neutraliser le rapport du citoyen à sa petite patrie —, la République des administrateurs et des oligarques espèrent mettre définitivement la main sur des citoyens dont il faut brider toute initiative et toute velléité d’autonomie. La République, au fond, reste toujours la même : les prétendues lois de décentralisation n’ont fait, depuis 1982, que rendre les Français toujours plus dépendants de l’État et des structures qu’il a inventées — jusqu’à des régions totalement artificielles sous Hollande — pour leur donner l’illusion qu’ils vivaient dans un pays décentralisé (article 1er de la Constitution) tout en les privant de toute initiative, le carcan européen venant renforcer le carcan jacobin. Oui, le Français n’est plus qu’un matricule, ce que Maurras dénonçait déjà avant la Première Guerre mondiale : aucune initiative ne lui est plus laissée dans aucun cadre et les communes ne font pas exception. Elles n’ont quasiment plus aucune marge de manœuvre, non seulement financière mais également juridique. Alors, il est vrai, pourquoi aller voter ? 

Un tableau toutefois contrasté

Toutefois, il serait faux d’en conclure que le Français ne se sent plus concerné par ce que l’on pourrait appeler sa citoyenneté de proximité, celle précisément dont dépend sa vie quotidienne. Si, dans les métropoles à la sociologie mondialisée, l’enjeu est surtout idéologique — on le voit aux résultats de Paris, Marseille, Lyon ou Nantes, qui ne sont décevants que pour ceux qui ont cru à une véritable possibilité d’alternance, quand la différence des listes reposait surtout sur des enjeux de pouvoirs oligarchiques ou d’ambition personnelle —, en revanche, s’agissant de villes petites ou moyennes, on vote encore beaucoup. La participation augmente même lorsque les citoyens veulent confirmer des personnalités qui ont déjà fait leurs preuves ou espèrent un véritable changement. Assurément, cela peut donner le pire comme le meilleur. Là encore, la sociologie a son importance, même s’il ne faut à aucun prix tomber dans un déterminisme paresseux. Mais il n’est pas étonnant que LFI ait, à la fois, perdu en raison de sa gestion calamiteuse, au profit de la droite, les deux seules mairies de plus de 5 000 habitants (une dans le Nord, l’autre dans l’Hérault) qu’elle avait remportées en 2020, et, en revanche, gagné aujourd’hui, en raison de l’évolution de son discours, des villes gangrénées par l’islamo-gauchisme et le narcotrafic. Inversement, le pays réel plébiscite des maires, souvent jeunes, qui refusent le politiquement correct et dont l’action et le discours se répondent : ainsi le maire de Salbris (Loir-et-Cher), Alexandre Avril, vice-président de l’UDR, qui avait pourtant fait l’objet dans les médias de grand chemin de tentatives de déstabilisation, a été reconduit haut la main dès le premier tour. Quant à une volonté de changement, un jeune candidat de vingt-cinq ans, passé des LR aux RN, Romain Lemoigne, a réussi à faire sortir de sa torpeur centriste, plus ou moins teintée de rose selon les saisons, la ville de La Flèche, dans le sud de la Sarthe.

Qu’est-ce à dire, sinon que les Français espèrent encore dans leur petite patrie et souhaiteraient pouvoir renouer avec une véritable vie communale, la municipalité étant le lieu d’une citoyenneté directe et efficace. Seul, là encore, un régime indépendant de partis et des oligarchies pourrait la leur rendre.
Le comte de Paris ne cesse de les y inviter.

https://www.actionfrancaise.net/2026/04/01/les-communes-et-le-roi/

Laisser un commentaire