
L’entrée du sud-coréen Q Energy dans le capital de Pennavel relance les interrogations sur la souveraineté industrielle et les choix de l’État français en matière d’éolien offshore.
Le 17 mars 2026, un communiqué de Pennavel annonçait l’arrivée d’un troisième investisseur dans le projet d’éolien offshore flottant de Bretagne Sud : Q Energy, filiale du conglomérat sud-coréen Hanwha. Le capital de Pennavel, lauréat de l’appel d’offres AO5 en mai 2024, est désormais composé de l’Allemand BayWa, du Belge Elicio et du Sud-Coréen Hanwha/Q Energy.
BayWa en grande difficulté financière
Pour les Gardiens du Large, association opposée au projet, cette modification d’actionnariat constitue « l’aveu d’une erreur gouvernementale de choix du lauréat ». L’association documente depuis deux ans les difficultés financières majeures du groupe agricole allemand BayWa, dont la société est cotée en bourse.
Depuis le début 2026, le cours de l’action BayWa est descendu en dessous de 3 euros, contre 20 euros au moment de l’appel d’offres. La dette reste difficilement soutenable et BayWa est contraint de réviser à nouveau son plan de restructuration, sa filiale Énergies Renouvelables BayWa r.e., actionnaire de Pennavel, étant la principale cause de cette situation.
Le Conseil d’État, saisi par les Gardiens du Large et cinq autres associations, a refusé d’examiner cette réalité et a débouté les demandeurs pour absence d’intérêt à agir.
Q Energy : un acteur récent sans expérience offshore
L’entrée d’un troisième investisseur étranger marque la nécessité de se préparer aux futures injections de capital, notamment l’obligation de verser à l’État une garantie de 100 millions d’euros lors de la prochaine demande d’autorisation environnementale.
Mais qui est Q Energy ? D’après les informations publiques, il s’agit d’un développeur-investisseur récent, de taille encore intermédiaire, mais bien implanté dans les énergies renouvelables terrestres en Europe (solaire 1,1 GW principalement en Espagne et Portugal, éolien terrestre 1 GW principalement en France).
Q Energy est apparu en 2022, quand le conglomérat industriel sud-coréen Hanwha Group (60 milliards d’euros de chiffre d’affaires, actif dans l’énergie, la chimie, la finance, la construction navale et la défense) décida de se doter d’une branche renouvelables pour profiter des avantages accordés par certains États au nom de la transition énergétique.
En 2021, Hanwha acquit la filiale française du groupe britannique RES, implantée depuis des décennies en France avec plusieurs centaines de MW d’éolien terrestre en exploitation. En 2022, la fusion de RES France et de l’activité développement de Qcells en Europe donna naissance à Q Energy, centrée sur la France pour l’éolien terrestre.
Quasi-absence de références en éolien marin
Le point crucial soulevé par les Gardiens du Large : l’éolien offshore est quasi inexistant dans le portefeuille mondial de projets de Q Energy et du groupe Hanwha. Dans la documentation, sont uniquement mentionnés deux projets en phase de développement : un projet en Corée (Shinan Ui de 390 MW) et le projet Pennavel en France.
La participation au projet éolien de Saint-Brieuc, valorisée dans le marketing de Q Energy, s’applique en réalité à RES avant son rachat par Hanwha. Ce fut une participation minoritaire à la société de projet « Ailes Marines » durant la phase de développement, Iberdrola ayant racheté 100% des actions avant la phase d’investissement et de construction.
Q Energy fut partenaire du candidat évincé Equinor lors de la préparation de l’appel d’offres Bretagne Sud (AO5). Il est maintenant candidat aux côtés d’Elicio et Valorem pour l’extension de l’AO5 (AO9).
Un « ballon d’essai » aux frais du contribuable français ?
Les Gardiens du Large concluent : « Le troisième actionnaire de Pennavel ne présente donc pas les caractéristiques d’un major du renouvelable offshore, tels Equinor, Total, Iberdrola, Shell, RWE… C’est une société sans expérience de l’éolien offshore, adossée cependant au conglomérat industriel et financier sud-coréen Hanwha, ce qui peut lui donner l’espoir de le devenir. Le projet Pennavel pourrait alors en être le ballon d’essai. »
L’association pose une question de fond : « Celle de l’utilisation de financements publics français pour soutenir des montages industriels dont les principaux bénéficiaires pourraient, à terme, être des acteurs étrangers, inexpérimentés dans l’éolien offshore, particulièrement le flottant. »
Pour les Gardiens du Large, « le projet Bretagne-Sud apparaît moins comme le levier de souveraineté énergétique dont rêvent certains politiciens bretons, que comme un pari industriel risqué, dont les coûts économiques, environnementaux et territoriaux sont, eux, bien réels et durables. »
L’association conclut : « Le littoral Morbihannais ne doit pas devenir le terrain d’une telle aventure. »
Cette évolution intervient alors que le débat sur la souveraineté énergétique et industrielle de la France s’intensifie, notamment concernant l’utilisation de fonds publics pour développer des projets dont les bénéfices finals pourraient profiter à des groupes étrangers.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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