Colonisations oubliées : les génocides par les empires musulmans

Alors que l’Occident est soumis à une entreprise systématique de repentance et d’auto-flagellation concernant son passé colonial, un silence assourdissant entoure d’autres entreprises impériales, tout aussi vastes et autrement plus durables. Les conquêtes arabes, ottomanes et mogholes ont modelé le visage de trois continents pendant plus d’un millénaire, laissant derrière elles des traces de violence, de destruction culturelle et d’oppression dont les effets se font encore sentir aujourd’hui. Cette histoire méconnue mérite d’être racontée pour restituer à la colonisation européenne sa juste place : celle d’un épisode parmi d’autres dans la longue et tragique histoire des dominations humaines.

L’empire arabe (VIIe-XVe siècles) – La conquête au nom d’Allah

Une machine de guerre implacable

L’expansion arabe débuta au milieu des années 630 et frappa avec une violence foudroyante deux empires alors affaiblis. En quelques années, les armées arabes s’emparèrent de la Palestine, de la Syrie, de la Mésopotamie et de l’Égypte. L’Empire perse sassanide, l’une des plus brillantes civilisations de l’Antiquité tardive, s’effondra complètement en 651. Ces conquêtes furent menées avec une brutalité extrême.

La guerre de conquête était constitutive du message islamique. Comme le rappellent les historiens, l’exhortation coranique « Combattez dans le chemin d’Allah ! » justifiait l’entreprise guerrière : le succès assurait aux combattants « la richesse en ce monde, le paradis dans l’autre ». Une motivation double – matérielle et spirituelle – qui explique la détermination des conquérants.

Le système de la dhimmitude : une ségrégation institutionnalisée

Sur les territoires conquis, les populations non musulmanes (chrétiens, juifs, zoroastriens) obtenaient le statut de « dhimmis » (protégés). En apparence tolérant, ce système imposait en réalité des restrictions humiliantes et une discrimination légale. Les dhimmis devaient s’acquitter d’un impôt spécifique, la jizya, en échange d’une « protection » qui les plaçait dans une position d’infériorité.

Sous le calife abbasside Al-Mutawakkil, au IXe siècle, de nombreuses restrictions renforcèrent le statut de citoyens de seconde zone des dhimmis : obligation de se distinguer par leur costume, interdiction de construire de nouveaux lieux de culte ou d’en réparer sans autorisation musulmane. C’était une forme de ségrégation institutionnalisée pendant des siècles.

L’arabisation forcée : un génocide

Sous les Omeyyades puis les Abbassides, l’unification des territoires conquis passa par une politique délibérée d’arabisation et d’islamisation. Des écoles furent instituées pour répandre le Coran, les juges formés au droit musulman. Des cultures millénaires furent progressivement laminées, leur langue reléguée, leur héritage historique effacé.

La traite arabe

La traite des Noirs d’Afrique et des Slaves de la mer Noire par le monde arabo-musulman a duré plus de onze siècles et aurait fait environ 17 millions de victimes, selon l’historien Tidiane N’Diaye, et la mortalité y était effroyable, impossible à chiffrer. Il reste des descendants d’esclaves noirs aux Amériques, pas dans le monde arabo-musulman. Cette traite, contrairement à la traite occidentale vers l’Amérique, a été largement minimisée. La seule façon d’échapper à l’esclavage était souvent la conversion à l’islam. À ces chiffres il faut ajouter les environ un million de victimes des Barbaresques en Méditerranée occidentale.

L’empire ottoman (XIVe-XXe siècles) – Domination et violences

La conquête des Balkans

À partir de 1362 et la prise d’Andrinople, les Ottomans entamèrent la conquête méthodique des Balkans. Les Serbes tombèrent après la bataille de Kosovo en 1389, les Bulgares en 1396, Constantinople en 1453, la Bosnie en 1463.

Le devchirmé : l’enlèvement des enfants chrétiens

Parmi les pratiques les plus odieuses de l’Empire ottoman figure le « devchirmé » (ou « devşirme »), littéralement « le ramassage » ou « la récolte ». Établi dans la deuxième moitié du XIVe siècle, ce système consistait à réquisitionner des garçons âgés de 8 à 18 ans parmi les populations chrétiennes des Balkans et d’Anatolie.

Ces enfants étaient envoyés à Constantinople, convertis de force à l’islam, éduqués et formés à exercer des fonctions civiles ou militaires, en particulier au sein du corps des janissaires. Entre les XIVe et XVIIe siècles, on estime que 300 000 à 500 000 enfants chrétiens (serbes, grecs, bulgares, albanais) furent pris dans ce système.

Ce système était surnommé « impôt sur le sang » ou « tribut du sang » par les populations concernées.

Les grandes vagues de massacres

Pour l’époque récente, on répertorie quelques-unes des vagues suivantes de massacres :

1. Massacres hamidiens (1894-1897) : Sous Abdülhamid II, entre 80 000 et 300 000 Arméniens sont massacrés et 25 000 Assyriens tués. Ces violences, planifiées par l’État, constituent un « prélude expérimental » au génocide.

2. Massacre d’Adana (1909) : 20 000 à 30 000 Arméniens supplémentaires périssent en Cilicie.

3. Génocides ottomans tardifs (1913-1924) : Sous les Jeunes-Turcs, l’extermination devient systématique :

  • Génocide arménien (1915-1917) : 600 000 à 1,5 million de morts (les deux tiers de la population arménienne), par déportations, marches de la mort, massacres et conversions forcées.
  • Génocide grec pontique (1913-1922) : 300 000 à 900 000 Grecs orthodoxes exterminés.
  • Génocide assyrien (1914-1924) : 250 000 à 300 000 Assyro-Chaldéens tués.

Total pour les seules populations chrétiennes (1894-1924) : entre 1,25 million et 3,03 millions de victimes, selon les estimations.

La négation persistante

Aujourd’hui encore, la Turquie refuse de reconnaître les génocides qu’elle a orchestrés. Cette négation d’État perpétue une violence symbolique contre les peuples victimes.

L’empire moghol (XVIe-XIXe siècles) Massacres dans l’Inde

L’Empire moghol fut fondé en 1526 par Babur, descendant de Tamerlan et de Gengis Khan. Les Moghols furent avant tout des conquérants, imposant par les armes leur domination sur le sous-continent indien.

L’intolérance religieuse sous Aurangzeb

Si les premiers Moghols, notamment Akbar (1556-1605), pratiquèrent une politique de relative tolérance, ce fut surtout sous le règne d’Aurangzeb (1658-1707) que l’intolérance atteignit son paroxysme. Aurangzeb réimposa la jizya (impôt sur les non-musulmans), détruisit de nombreux temples hindous (notamment le célèbre temple de Vishwanath à Bénarès), persécuta les sikhs et fit exécuter leur neuvième gourou, Tegh Bahadur, en 1675.

Ces politiques créèrent un ressentiment généralisé et des rébellions qui fragmentèrent l’empire.

Les massacres

Les sikhs subirent des persécutions particulièrement sévères. Le cinquième gourou, Arjan Dev, fut torturé à mort en 1606 sur ordre de l’empereur Jahangir. Le neuvième gourou, Tegh Bahadur, fut décapité publiquement à Delhi en 1675 par Aurangzeb pour avoir refusé de se convertir à l’islam.

L‘estimation du nombre des victimes des Moghol est l’objet de polémiques entre les historiens.

L’historien Will Durant écrivait en 1935 que « la conquête mahométane de l’Inde est probablement l’histoire la plus sanglante de l’histoire ». Des auteurs comme Koenraad Elst et François Gautier ont avancé, sur cette base, des estimations de plusieurs dizaines de millions de morts sur les huit siècles de présence musulmane en Inde.

Les historiens nationalistes hindous avancent aussi des chiffres considérables : K.S. Lal estime à 80 millions la diminution de la population hindoue entre 1000 et 1525, tandis que Koenraad Elst affirme que le bilan dépasse celui de la Shoah.

Éléments communs et comparaisons

Une violence systémique

Ce qui frappe dans l’étude des empires arabes, ottomans et moghols, c’est la récurrence de certaines pratiques violentes :

  • La conquête militaire comme fondement de l’État
  • La discrimination légale des populations non musulmanes, institutionnalisée sur des siècles
  • La pression fiscale confiscatoire
  • Le travail forcé et l’esclavage à grande échelle
  • La destruction délibérée des lieux de culte
  • Les déplacements forcés de populations

L’absence de repentance

Contrairement à l’Europe, qui a entrepris un examen critique de son passé colonial, les héritiers des empires arabes et ottomans n’ont jamais véritablement fait face à leur histoire. La Turquie continue de nier le génocide arménien. Le monde arabe n’a jamais entrepris d’examen critique de l’expansion islamique et de ses conséquences sur les populations non musulmanes.

La durée de la domination arabo-musulmane (plus d’un millénaire), son étendue (de l’Espagne à l’Indonésie), et l’ampleur des transformations culturelles imposées (arabisation, islamisation) sont sans commune mesure avec la brève parenthèse coloniale européenne (à peine deux siècles dans la plupart des cas).

Conclusion

Les classes dirigeantes d’Occident traverse une crise de la mémoire. Pris dans une spirale de repentance, elles semblent avoir perdu la capacité de regarder l’histoire de leurs pays avec sérénité. Pourtant, les faits sont têtus. Les empires arabes, ottomans et moghols ont exercé une domination autrement plus longue, autrement plus étendue, et autrement plus brutale que la colonisation européenne.

La colonisation européenne a apporté des bienfaits et a respecté les cultures locales qui existent toujours. Les conquêtes musulmanes procèdent d’un véritable génocide : ces empires ont éradiqué les langues, les religions et les cultures des pays conquis. Et ils continent en persécutant les Kurdes, les chrétiens, les juifs et les autres cultures minoritaires. En Occident seuls deux génocides ressemblent aux crimes commis en Orient : celui des Amérindiens par les Anglo-Saxons et la Shoah.

Jean Lamolie

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