L’union des droites… comme en Italie ?

L’union des droites est-elle possible ? À première vue, si l’on s’en tient à la définition classique des partis qui se revendiquent “de droite”, la réponse semble négative. Pour une raison simple : ceux qui prétendent en être le pivot ne s’y situent plus réellement. Les électeurs croient voter pour une famille politique identifiable, mais ils se retrouvent face à des formations qui ont conservé les étiquettes sans en porter les principes.

La droite française n’est pas un bloc : c’est un conglomérat de courants aux priorités divergentes. Que peuvent réellement partager : des conservateurs sociaux, des libéraux économiques, des gaullistes sociaux, des souverainistes, des centristes, le RN et Reconquête ?

Ils n’ont pas le même rapport à l’État, ni la même vision de l’Europe ou de la souveraineté. Comment unir ce qui ne repose plus sur un socle commun ? S’arroger le privilège de la seule appartenance à cette famille politique est stérile. Il ne sert à rien, comme les LR cet été, de clamer qu’ils sont de droite, pour dans les faits abandonner la ligne qui détermine ce courant et les actions qui le définissent. C’est bien ce que n’ont cessé de faire les LR, notamment au moment du budget, ou encore en soutenant la future loi énergétique qui ne fera qu’augmenter notre ruine. Rejeter systématiquement toute proposition venue du RN, refuser par principe de s’associer à une position simplement parce qu’elle n’a pas été formulée par soi‑même, c’est renier l’essence même d’une famille politique. Une famille politique ne se définit pas par la propriété exclusive d’une idée, mais par la capacité à reconnaître ce qui relève d’un socle commun.

Faire de l’origine d’une mesure un critère de rejet automatique, c’est substituer la logique du camp à celle de la conviction. C’est transformer la politique en réflexe pavlovien : si cela vient d’eux, c’est forcément mauvais, et l’idée n’a de facto de valeur que si elle est estampillée par le “bon” parti, et non parce qu’elle répond à un besoin réel du pays.

En refusant de reconnaître ce qui est partagé, on détruit précisément ce qui pourrait constituer une famille politique : un ensemble de principes, pas une compétition d’ego pour savoir qui a pensé quoi en premier.

Une alliance ne se construit pas seulement sur un programme : elle exigeune vision partagéeune confiance minimaleune stratégie commune. Or quarante années de rivalités, de stigmatisations réciproques et de fractures symboliques ont laissé des traces profondes. Elles empêchent les dirigeants de s’asseoir à la même table, même lorsque leurs électeurs, eux, seraient prêts à le faire et dans certains cas le réclament.

D’où la question : faudra-t-il que l’union vienne des bases, puisque les têtes refusent de s’entendre ? Les électeurs raisonnent en fonction de priorités concrètes, de bon sens ; les appareils raisonnent en termes de stratégie, de survie, de positionnement. Là où il faudrait un projet, ils voient un rapport de force. Là où il faudrait un compromis, ils cherchent une domination. Dans ces conditions, aucun espace de confiance ne peut émerger.

Avant de parler d’union, il faut comprendre pourquoi elle est, pour l’instant, structurellement impossible. La droite française, contrairement à d’autres pays européens, est une mosaïque de traditions politiques qui n’ont jamais été harmonisées. À cela s’ajoute un système électoral qui encourage chaque formation àmaximiser son score au premier tour, puis à jouer la stratégie de l’élimination au second. Le mode de scrutin pousse à la division, pas à la coopération. Les égos font le reste. Personne n’a encore posé sur la table ce qui est non négociable, et pourquoi ça l’est, en fixant clairement et objectivement les reproches que l’on peut faire, non sur des sortes de traditions mais bien sur des faits réels. Trop facile de blâmer sur des on-dit, quand les faits ne corroborent pas ces affirmations que l’on maintient parce que c’est ainsi qu’on procède depuis des lustres. Déterminer ce qui est secondaire et enfin lister ce qui est compatible.

Sans cette cartographie, aucune coalition n’est possible.

L’exemple italien est instructif : la coalition de droite (Fratelli d’Italia, Lega, Forza Italia) a mis vingt ans à se construire. Comment ? Par des dialogues réguliers, des pactes électoraux progressifs, une répartition des territoires, une reconnaissance mutuelle, une acceptation des différences. Ils ont commencé par coaliser, avant de parler d’alliance.

En France, les rares endroits où les deux premières étapes ont été respectées — dialogue et coopération locale — ont produit des résultats. Là où les querelles internes ont pris le dessus, la gauche a gagné.

La vraie question est donc la suivante : une coalition est-elle seulement dans l’esprit des dirigeants actuels, ou faudra-t-il que les électeurs l’imposent ?

Dans un scénario idéal, les forces de droite commenceraient par se rencontrer, dialoguer, identifier un futur commun. Elles accepteraient de se partager les territoires, de soutenir le mieux placé, de renoncer à des candidatures vouées à l’échec pour éviter de livrer des villes entières à leurs adversaires. Ce serait une attitude responsable, stratégique, tournée vers la victoire collective.

Mais nous en sommes loin. Les attaques internes, les règlements de comptes, les postures morales et les rivalités personnelles continuent de fracturer un camp qui, faute de s’organiser, laisse mécaniquement la victoire à ses opposants. La sortie de Bardella contre Sarah Knafo en est la triste illustration. Là où l’une se retire consciente de l’inutilité de son maintien, l’autre persiste et la gauche rafle la mise.

Tant que ce type de discours dominera, que les rancœurs primeront sur la construction d’un socle commun, la division restera la règleet la défaite, sa conséquence logique. Ce ne sont certainement pas les projections du premier tour de la présidentielle qui donnent une très large avance à Bardella, qui contribueront à l’humilité de ce parti ni à sa prise de conscience de ce que sera la réalité du second tour sans alliance.

https://rassemblementdupeuplefrancaiscom.wordpress.com/2026/03/25/lunion-des-droites-comme-en-italie/

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