Second tour des élections municipales : RN en embuscade et retour de la gauche à l’ancienne

Second tour des élections municipales : RN en embuscade et retour de la gauche à l’ancienne

Au lendemain du second tour des élections municipales, on y voit déjà un peu plus clair. Les grandes tendances politiques se dessinent ou se confirment. Ceux qui gagnent, ceux qui perdent. Et ceux qui ont joué à qui perd gagne. Panorama.

Ce qu’écrit sur ce site la semaine dernière se vérifie. Une abstention massive : de plus en plus de Français se détournent de la chose publique. Chaque parti en présence affirme avoir plus ou moins gagné : c’est la règle du genre. L’archipellisation de la France n’est plus un simple concept, mais une réalité encore plus tangible que jamais : les métropoles sont le territoire des nowhere, les campagnes celle des somewhere, tandis que la France de l’entre-deux, celle des villes moyennes, demeure l’enclave des notables, de droite comme de gauche. On peut encore ajouter la France de certaines cités, là où les néo-Français, à la fois nowhere (ils viennent d’ailleurs), deviennent paradoxalement des somewhere (ils sont chez nous chez eux). Mais revenons-en plutôt, il le faut bien, à des considérations plus politiciennes ; d’où cet état des lieux.

Quid des Écologistes ? C’est Libération qui résume le mieux l’affaire : « Jusqu’au bout, la direction des verts a espéré faire mentir les sondages, qui leur promettaient de multiples déboires dans les métropoles gagnées à surprise générale en 2020. » Mais cette « surprise » n’en était pas une. En plein confinement, les jeunes des villes concernées ont été voter en masse, tandis que les vieux préféraient souvent rester chez eux, histoire de ne pas se faire plomber par le coronavirus. Six ans après, leur gestion municipale erratique et le rétablissement de la situation sanitaire ont fait le reste. Libération, toujours : « Les maires écologistes ont souvent peiné à convaincre leurs administrés du bien-fondé des politiques de transition menées dans leurs villes, où elles ont parfois été perçues par les habitants comme des perturbations dans leur vie quotidienne. » Voilà qui relève de l’euphémisme délicat. Résultat ? Aux exceptions de Lyon, où le maire sortant Grégory Doucet s’en sort de justesse face au macroniste Jean-Michel Aulas, et de Grenoble, c’est la déroute. Ainsi, le mouvement dirigé par la sémillante Marine Tondelier vient-elle de perdre la plupart de ses mairies : Poitiers, Bordeaux, Besançon et Strasbourg. Carton plein, comme diraient leurs amis les chasseurs.

Il est vrai que dans ces villes « inclusives et bienveillantes », à force de chasser les automobilistes et de faire la vie douce aux délinquants, s’il y avait manifestement moins de bagnoles, il devait y avoir un peu plus de torgnoles. Dont les premières victimes étaient souvent les petits Blancs bobos, en chignon, et trottinettes électriques. Soit la proie rêvée, à la fois pour les racailles, pour leur fric, et les maires écologistes pour leur éthique. À ce titre, il n’est pas impossible que le principe de réalité ait pu rattraper tout ce joli petit monde.

La stratégie révolutionnaire de LFI dans l’impasse ?

Et La France insoumise ? Hormis leurs succès de Saint-Denis, Roubaix, Vénissieux et Creil, les mélenchonistes atteignent à leur tour ce fameux plafond de verre. Qu’ils se maintiennent (vote révolutionnaire) ou s’associent (manœuvres tactiques) avec d’autres listes de gauche, même au prix des désormais toutes aussi fameuses « fusions techniques », leur stratégie a échoué. Là où ils sont, ils perdent ou font perdre. Certes, le Parti socialiste était contre toute forme d’accords nationaux, mais tolérait ceux conclus à l’échelle locale, tel celui prôné par le premier d’entre eux, François Hollande par exemple, dans sa ville de Tulle. Mauvaise pioche : Bernard Combes, son protégé, pourtant soutenu par LFI, les Écologistes et le PCF, est sèchement remercié, devant laisser la place à Laurent Melin, candidat divers droite.

La gauche à l’ancienne donne encore la voix…

Jean-Luc Mélenchon entendait « plumer la volaille socialiste », pour reprendre l’expression consacrée par les trotskistes et leurs frères ennemis staliniens. Soit se maintenir pour mieux la faire chuter, ou s’allier pour encore plus la dominer. Seulement voilà, il existe encore une gauche à l’ancienne en France. Celle des notables et des instituteurs laïcs, des francs-maçons et du Rotary Club, qui ne goûte que de loin ses sorties communautaristes visant à mettre à mal « l’universalisme républicain », pour reprendre la vulgate en vogue au siècle dernier. Cette gauche, même si pesant moins que naguère, est pourtant toujours là. Et n’hésite pas à le montrer, quitte à voter pour les candidats du bloc central partout où nécessaire. Ou à se passer de la main tendue par LFI, à Marseille ou à Paris ou elle gagne. Alors qu’elle perd généralement dans ces villes (Clermont-Ferrand ou Brest), là où cette main a été acceptée. Il est vrai qu’à en croire les enquêtes d’opinion, une large majorité des traditionnels électeurs socialistes se prononçait contre de tels arrangements.

Lionel Jospin et le « théâtre antifasciste »…

Paradoxalement, ce serait plutôt le contraire à droite, là où une autre majorité, favorable à des accords avec le RN, se dessine, alors que ces accords demeurent officiellement prohibés par ses états-majors. Si des alliances avaient été conclues, fusse de manière ponctuelle, voilà qui aurait peut-être permis à Nîmes d’échapper à un maire communiste. Mais les politiciens de droite, traumatisés à la seule idée que leurs homologues de gauche puissent les taxer de « fascisme », se mettent les fers aux pieds, tous seuls comme des grands. D’ailleurs, cette accusation de « fascisme » a même été reprise à son compte par certains membres du Rassemblement national pour mieux stigmatiser La France insoumise ; ce qui n’avait rien de l’idée du siècle, sachant que si le « fascisme » en question est désormais partout, cela signifie avant tout qu’il n’est plus nulle part. Surtout que, rappelons-le tout de même aux nigauds des deux bords, la doctrine théorisée par le défunt Benito Mussolini, a définitivement été radiée de la carte politique en 1945. Ce vocable n’est donc plus un qualificatif. Seulement une insulte, si ce n’est un moulin à prières. Mais toujours bougrement efficace à en voir le retournement sémantique ayant suivi le meurtre de Quentin Deranque : la victime ayant été décrétée déjà moins victime par les médias de gauche, puisque définie comme « fasciste ». À ce jeu, c’est toujours la gauche qui gagne et le zéro qui sort.

Par un curieux hasard du calendrier, Lionel Jospin nous a quittés ce lundi matin, lui qui dénonçait justement ce « théâtre antifasciste ».

En attendant, si les éternellement présumés « fascistes », trébuchent dans les grandes villes (Toulon et Marseille), ils font néanmoins tomber plusieurs autres municipalités de moindre envergure : Nice, bien sûr, pour Éric Ciotti, son allié de l’UDR, mais aussi Carcassonne, Liévin, Agde, Menton, Montargis, La Flèche et autres villes. Ce faisant, le RN parvient à combler ce qui était jadis sa faiblesse, l’enracinement local. De là à ce que tout cela puisse préfigurer la configuration de la prochaine élection présidentielle, il est un pas qu’il serait imprudent de franchir, même si Édouard Philippe semble s’être refait la cerise dans sa ville du Havre, battant au final un communiste pour lequel il avait appelé à voter pour faire barrage au Rassemblement national, au nom de la lutte contre le « fascisme ». Décidément, on n’en sort pas.

https://www.revue-elements.com/second-tour-des-elections-municipales-rn-en-embuscade-et-retour-de-la-gauche-a-lancienne/

Laisser un commentaire