
Les municipales sont terminées. Ceux qui triomphaient au premier tour déchantent au second, et ceux qu’on croyait enterrés réapparaissent soudain. Voilà le miracle, ou l’illusion, d’un scrutin à deux tours. La réalité politique du pays se lit au premier tour et le second ne reflète que le jeu des alliances. Et c’est là que se trouve l’enseignement essentiel : il révèle autant les forces et les faiblesses des partis que les limites du système électoral lui‑même. Certains l’ont compris depuis longtemps, d’autres attendent encore, presque naïvement, que le rapport de force s’inverse de lui‑même.
On nage en pleine illusion, à gauche comme à droite. Sans jouer les prophètes, on peut affirmer que, dans ces conditions, la prochaine Assemblée ne sera pas plus gouvernable que l’actuelle. Le blocage politique et institutionnel n’est pas un accident : il est le produit direct de notre mode de scrutin. Ceux qui vantent la proportionnelle en ont ici un avant‑goût : elle ne résout rien, ne garantit rien.
Aujourd’hui, ce système profite surtout à une gauche, qui sait se rassembler sans états d’âme, tandis que la droite s’épuise en déclarations morales de présumé coupable d’être à droite, pour tenter d’exister, après dix années de compromissions avec des gouvernements qu’elle prétendait combattre. Le premier tour dessine trois blocs qui, seuls, ne peuvent plus obtenir une majorité. Le RN semble dominer, puis s’effondre au second tour, ne sauvant que quelques victoires qui entretiennent l’illusion d’un avenir radieux.
Et que dire de Renaissance : laminé au premier tour, mais fanfaronnant au second grâce à près de deux cents élus obtenus par des alliances de circonstance. Les voilà qui se présentent comme l’avenir, comme la solution, oubliant de préciser que leurs succès reposent sur des accords contre nature. Peu importe : le résultat suffit à masquer la réalité. C’est une imposture, mais une imposture validée par les urnes.
À gauche, le spectacle n’est guère plus glorieux : un PS qui s’allie sans hésiter avec LFI, quitte à se retrouver demain pieds et poings liés, sans même réagir aux attaques dont il a été la cible. L’orgueil a disparu.
Et la droite, dans tout cela ? Toujours incapable de marcher seule, obsédée par le regard de la gauche, transformant de modestes succès en victoires éclatantes. Quant au RN, son attitude n’est pas moins désespérante : il attend que les électeurs viennent à lui ou que les autres formations frappent à sa porte. Il chante au premier tour, pleure au second, et préfère mettre en avant quelques exceptions plutôt que d’analyser lucidement un échec structurel.
Sans stratégie de rapprochement avec d’autres forces de droite, il restera sans majorité pendant encore des décennies. L’étiquette qui lui a été collée il y a quarante ans continue de produire ses effets et il ne fait presque rien pour s’en défaire. En réalité, depuis 40 ans, la presse programme les auditeurs pour qu’ils croient qu’avec le RN ce sera l’enfer, alors que les villes gérées par le RN se portent justement très bien.
Quand le RN a‑t‑il tendu la main ? Quand s’est‑il retiré pour laisser gagner un candidat de son propre camp ? Jamais. Il reste dans une logique de revanche, compréhensible peut‑être, mais stérile politiquement. Il serait temps de tourner la page et de construire une stratégie de victoire. Ciotti est bien le cas éclatant de la possible victoire de l’alliance des droites.
Au RPF, nous défendons l’instauration d’un scrutin uninominal majoritaire à un tour. Quand ce projet sera‑t‑il enfin porté ? Ce n’est pas la première fois que la question est posée, et personne ne s’en saisit. Face à la débâcle du second tour, il serait temps d’adopter des positions claires et courageuses : rassembler les personnalités de droite capables de devenir des alliés, bâtir un mouvement qui ne se contente plus de peser au premier tour, mais qui puisse gagner au second.
Reste à savoir si le RN veut réellement s’engager dans cette voie, ou simplement continuer à donner l’illusion qu’il le souhaite.
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