Suicide assisté au Canada : la massification d’une machine à tuer ?

Suicide assisté au Canada : la massification d’une machine à tuer ?

Alors que le débat sur la question du « droit à mourir » est actuellement au cœur d’un processus législatif houleux et controversé en France, le Canada vient d’élargir son champ d’application pour accepter les demandes de patients ne se trouvant pas en phase terminale. Un jusqu’au boutisme dans la course à la mort qui fait polémique, après qu’une femme âgée a été euthanasiée alors que cette dernière était revenue sur sa demande la veille de sa mise à mort.

Outre-Atlantique, le programme d’aide médicale à mourir (AMM), initialement approuvé en 2016, a élargi son champ d’application pour accepter les demandes de patients ne se trouvant pas en phase terminale. Il s’étendra bientôt aux personnes souffrant de troubles mentaux. En 2023, plus de 200 personnes en Ontario ont choisi de subir l’intervention dans les 24 heures suivant l’obtention de l’autorisation, selon un rapport de 2024 publié par l’Ontario, comme le rapporte The Free Press. Des chiffres exponentiels et pour le moins inquiétants, comme le suggère l’histoire qui suit.

Tout au long de l’année 2024, le programme AMM a concerné 16 500 Canadiens, dont une femme connue uniquement sous le nom de Mme B. Selon le rapport de l’Ontario, Mme B. souffrait de multiples complications à la suite d’un pontage coronarien, ce qui a nécessité d’autres interventions chirurgicales. Cela l’a amenée à choisir les soins palliatifs comme stratégie de traitement. Âgée de plus de 80 ans, cette dame a par la suite fait part à sa famille de son souhait de bénéficier d’un suicide assisté. En son nom, son conjoint a demandé l’aide médicale à mourir, et le lendemain, un praticien spécialisé dans l’aide médicale à mourir a évalué son admissibilité. Après réflexion, celle-ci a indiqué au praticien qu’elle souhaitait retirer sa demande, invoquant des raisons religieuses et personnelles, et qu’elle souhaitait poursuivre les soins et la sédation palliative.

Avant d’être renvoyée chez elle, les médecins ont constaté que son conjoint souffrait d’« épuisement des aidants ». Une demande a été faite en son nom pour qu’elle bénéficie de soins palliatifs en milieu hospitalier afin d’aider ce dernier. Demande rejetée. Le même jour, son conjoint a de nouveau contacté le programme AMM pour une évaluation urgente. Un autre praticien a alors déterminé que la femme âgée était admissible au programme, bien qu’elle ait retiré sa demande la veille. Le praticien n’a toutefois pas approuvé le suicide assisté le jour même en raison du « changement radical de perspective » et du risque de coercition. Bien que l’évaluateur initial ait souhaité s’entretenir à nouveau avec Mme B., cela a été refusé en raison de l’urgence de la demande. Une troisième personne a été envoyée au domicile de Mme B, où la demande a une nouvelle fois été approuvée.

Quelques heures plus tard, le suicide assisté a eu lieu et Mme B. a été tuée.

Certes cette histoire macabre peut être considérée par certains comme un simple « grippage » de la machine. Elle révèle pourtant toute l’incurie du système médicale morbide vers lequel nous conduit l’idée même de légalisation de l’euthanasie.

Des cas similaires

Le programme canadien d’aide médicale à mourir a suscité une vive controverse, car, vous l’aurez compris, le cas de Mme B. n’est pas isolé…

Toujours au Canada, un homme, identifié uniquement sous le nom de M. C, a présenté une demande d’aide médicale à mourir cinq jours après son admission à l’hôpital pour un cancer. Son état s’est rapidement détérioré et il a commencé à délirer. Malgré son état mental, un professionnel de santé « s’est employé à le secouer vigoureusement » afin qu’il puisse articuler un « oui » lorsqu’on lui a posé la question concernant sa demande, selon le rapport ontarien. Il a ensuite été mis à mort.

En 2021, le pays à la feuille d’érable a supprimé le délai de réflexion de 10 jours, laissant aux patients éligibles la seule obligation de prouver que leur état est « intolérable ». Le programme AMM est dès lors l’objet de vives critiques, notamment de la part de la famille de Kiano Vafaeian, jeune homme de 26 ans et partiellement aveugle, qui a choisi de mourir par aide au suicide pour échapper à sa dépression. La famille de ce dernier a déclaré que sa maladie mentale s’aggravait souvent en hiver et qu’elle avait réussi à faire rejeter ses demandes à plusieurs reprises. Finalement, sa demande a été approuvée par le Dr Ellen Wiebe, que la famille a accusée d’avoir conseillé le jeune homme sur la manière de remplir les conditions requises :

« Nous pensons qu’elle lui a donné des conseils sur la manière de détériorer son état physique, sur les motifs pour lesquels elle pourrait éventuellement approuver sa demande et sur ce qu’elle pourrait approuver sans encourir de poursuites », déclarait Marsilla Vafaeian à Fox News Digital. « Nous ne voulons pas voir d’autres membres de la famille souffrir, ni aucun pays adopter une législation qui tue ses personnes handicapées ou vulnérables sans plans de traitement appropriés et adéquats susceptibles de leur sauver la vie. » Le médecin de Vafaeian, Ellen Wiebe, fait partie des plus de 2 000 médecins et infirmières praticiennes au Canada qui pratiquent le suicide assisté.

Selon les modalités du programme d’aide à mourir, les personnes dont la demande a été approuvée, mais dont « la mort naturelle n’est pas raisonnablement prévisible », doivent respecter un délai d’attente de 90 jours et obtenir la signature de deux médecins pour valider leur demande. Or il a été constaté que de nombreux décès avaient eu lieu avant l’expiration de ce délai de 90 jours. Et pourquoi me direz-vous ? Car une exception est prévue pour les personnes susceptibles de « perdre leur capacité de consentir » au cours de ces 90 jours, ce qui permet de faire avancer la procédure. C’est pas beau ça ?

La situation en France

En France, la fin de vie reste aujourd’hui encadrée par la loi Claeys-Leonetti, autorisant notamment la sédation profonde jusqu’au décès, mais interdit toujours l’euthanasie et le suicide assisté ; toutefois, le projet de loi en cours d’examen vise à instaurer un « droit à l’aide à mourir », permettant, sous conditions prétendument « strictes » (maladie grave et incurable, souffrances jugées insupportables, volonté libre et éclairée), l’accès à une substance létale que le patient pourrait s’administrer lui-même, avec une intervention médicale possible à titre exceptionnel.

Déjà adopté à deux reprises par l’Assemblée nationale mais contesté au Sénat, le texte n’est pas encore définitivement voté et fait l’objet d’un débat particulièrement intense : ses partisans invoquent l’autonomie individuelle et la dignité face à la souffrance, tandis que ses opposants dénoncent un basculement éthique majeur, redoutant une transformation du rôle du médecin et une remise en cause des interdits fondamentaux entourant le fait de donner la mort. Comme de nombreuses idées nocives et mortifères, ce culte de la mort désormais courant outre-Atlantique, va-t-il s’imposer en France ?

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