[MUNICIPALES] PACA : le RN et ses alliés donnés vainqueurs dans au moins dix villes

Hervé de Lépineau, député RN du Vaucluse et candidat à Carpentras.
Capture d'écran LCP.
Hervé de Lépineau, député RN du Vaucluse et candidat à Carpentras. Capture d’écran LCP.
La région Provence-Alpes-Côte d’Azur est une place forte du Rassemblement national. Comme le montre la carte interactive de BV, dès le premier tour, de nombreuses communes ont placé un candidat du RN ou d’union autour du parti de Jordan Bardella en tête. La victoire n’est pas acquise pour autant, mais dans certaines villes, elle est bien engagée.

Dans les Alpes-Maritimes, c’est le cas à Nice (348.085 habitants), où Éric Ciotti (43,43 %) devrait détrôner Christian Estrosi (30,92 %) et offrir la cinquième ville de France à l’union RN-UDR, démontrant ainsi que le pari fait par l’ancien chef des Républicains, au soir des législatives anticipées de 2024, était gagnant. À Peymeinade (8.072 habitants), c’est également l’union qui fait la force, avec Brigitte Vidal. La candidate du Rassemblement national, soutenue par l’UDR et le RPR, est largement devant (47,64 %) et devrait l’emporter dans une triangulaire qui l’oppose à Mathieu Panciatici (23,25 % – divers) et Patrice Anacario (20,24 % – divers centre).

Un gros coup dans les Alpes-Maritimes

Direction le Var et Draguignan (39.173 habitants), où le combat s’annonce serré. Ce dimanche 22 mars, le député Philippe Schreck (44,07 % – RN) et Richard Strambio, le maire sortant divers droite (40,03 %), n’avaient que 700 voix d’écart, à l’issue du premier tour. Le candidat RN bénéficie néanmoins, désormais, du soutien de François Gibaud (6,87 % – DVD), avec qui il a fusionné à l’entre-deux-tours pour faire barrage au sortant. Ses quelque mille voix récoltées au premier tour pourraient faire toute la différence. Un peu plus à l’ouest, à La Valette-du-Var (23.357 habitants), Julien Argento (38,28 %) est également en position favorable, puisqu’il est arrivé en tête du premier tour et que toutes les listes sont qualifiées pour le second. Le résultat final devrait, à peu de choses près, être identique à celui du 15 mars.

Même chose, ou presque, à La Seyne-sur-Mer (62.888 habitants). Dorian Munoz est arrivé largement en tête, dimanche dernier (35,30 %), et il n’y a pas eu de fusion de la part des autres listes. Les électeurs sont appelés à départager quatre candidats, mais les trois listes autres que celle du RN, celles de Joseph Minniti (15,91 % – LR), Cheikh Mansour (13,25 % – DVD) et Stéphane Sacco (11,93 % – DVG), semblent partir de trop loin pour inverser la tendance. Dans la commune voisine de Six-Fours-les-Plages (35.449 habitants), c’est aussi le RN qui est en ballottage favorable. Le député Frédéric Boccaletti est en pole position (45,23 %) devant Jean-Sébastien Vialatte (44,86 % – LR), mais le duel s’annonce extrêmement serré, puisque les deux hommes n’avaient que 60 voix d’écart au premier tour. Au Beausset (10.336 habitants), en revanche, malgré sa première place, Muriel Fiol (26,35 %) devrait faire les frais du désistement du maire sortant, Édouard Friedler (17,61 % – divers), au profit de Claude Alimi (23,92 % – divers). Enfin, avec Laure Lavalette à Toulon (176.198 habitants), cela fait cinq villes du Var dans lesquelles le Rassemblement national pourrait prendre le pouvoir.

Dans le seul département de la région sans frontière maritime, le Vaucluse, la montée en puissance du RN et de ses alliés est également confirmée. À Cavaillon (26.264 habitants), la députée Bénédicte Auzanot est arrivée en tête au premier tour (43,91 %) devant le maire sortant divers droite Gérard Daudet (38,16 % – LR). L’affaire semblait pliée, mais la situation se corse, puisque le Parti socialiste vient d’appeler, avec La France insoumise, le PCF et Génération.s, à voter pour le candidat Les Républicains au second tour. Dans cette commune, Patrick Blanes (17,93 % – DVG), qui s’est maintenu malgré les pressions, devrait jouer les arbitres. C’est en tout cas ce que souhaitent les sénateurs Lucien Stanzione (PS) et Jean-Baptiste Blanc (LR), comme l’indique un message privé envoyé par Patrick Blanes à son camp, que BV a pu consulter. Il y est écrit : « Réunion ce matin dans le bureau du maire [Gérard Daudet, NDLR], à la demande des sénateurs Stanzione et Blanc. Demande d’un vote de votre part pour une décision à 14 h. » Il est ensuite précisé que le maire sortant DVD refuse de se retirer et de fusionner en 1 pour 1, c’est-à-dire de partager équitablement les sièges. Trois options ont donc été soumises au vote : maintien de la liste, retrait de la liste, fusion de liste technique 1 sur 3. Celle du maintien a été retenue, mais ce sondage interne met en lumière les arrangements contre-nature auxquels sont prêts les Républicains et les socialistes pour faire barrage au Rassemblement national.

De nombreux coups dans le Var et le Vaucluse

À Carpentras (29.760 habitants), en revanche, tous les feux sont au vert pour le député Hervé de Lépinau (26,71 %), qui a fusionné sa liste avec les deux autres candidats de droite, Bertrand de la Chesnais (14,33 %) et Christian Richaud Simoni (9,51 %), tandis que la gauche est désunie, avec deux listes portées par Serge Andrieu (25,17 %) d’un côté et Francis Adolphe (24,29 %) de l’autre. Hervé de Lépinau a, de plus, reçu le soutien de Jean-Claude Andrieu, ancien maire UMP de Carpentras de 1987 à 2008.

À Monteux (12.716 habitants), Patrice de Camaret (47,42 %) devrait aussi prendre la mairie. La défection de Carine Blanc (16,21 % – divers centre) ne devrait pas avoir une grande incidence, tant ce candidat soutenu par le RN a dominé le premier tour. Ce sera plus compliqué à Bédarrides (5.402 habitants) et à Aubignan (5.971 habitants). Là, Guillaume Taddio (38,17 %) et Marie Thomas de Maleville (39,09 %) sont arrivés en tête mais se retrouveront en duel, après divers désistements. Orange (29.465 habitants), en revanche, devrait normalement élire un maire du camp national : soit Jacques Bompard (32,87 % – Ligue du Sud), soit Jean-Dominique Artaud (28,15 % – RN). Cependant, la candidate divers centre (ancienne macroniste) Carole Normani, arrivée en troisième position au premier tour (17,89 %), pourrait bénéficier d’une partie des reports de voix des candidats divers gauche et divers centre non présents à ce second tour.

Dans les Bouches-du-Rhône, la ville de Tarascon (15.200 habitants) devrait sans surprise aller aux mains du Rassemblement national. Alexandre Ducouret (45,56 %) devrait bénéficier du report de voix des électeurs de Valérie Laupies (9,78 % – Les Patriotes) pour l’emporter face au candidat divers droite, Fabien Bouillard (44,66 %), premier adjoint du maire sortant. Cela sera plus serré, en revanche, à Rognac (12.256 habitants), même si le maire sortant RN, Christophe Gonzalez (depuis 2024), était tout proche d’être élu au premier tour (49,28 %). Au second , il fait face à Sébastien Garrel (DVD), arrivé troisième avec 21,97 %. Willy Nicollet (DVD), deuxième avec 28,75 % des voix, s’est retiré pour lui faire barrage.

En tout et pour tout, le camp national peut, en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, a minima, l’emporter dans dix villes, avec en perspective la possibilité d’emporter certaines communautés de communes, fin mars. Cela pourrait être plus, d’autant que, dans des communes comme Aubagne (47.208 habitants), dans les Bouches-du-Rhône, ou Salernes (3.946 habitants), dans le Var, rien ne dit que les arrangements passés çà et là pour faire barrage au RN, arrivé premier, séduiront les électeurs. Dès la fin des années 1980, Jean-Marie Le Pen avait pressenti que la Provence était une terre fertile pour son camp. Les résultats de ces élections municipales devraient lui donner raison.

Sarah-Louise Guille

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