
La destruction organisée d’un peuple
Elles partagent la même combativité, mais aussi les mêmes souvenirs douloureux auprès de celui qui fera partie de leurs nombreux « propriétaires ». Sabri Essid, proche de Mohamed Merah et parti de Toulouse en 2014 pour mener le djihad en Syrie sous le nom de Abou Doujanah, est accusé de les avoir réduites en esclavage, violées et maltraitées. Comme une vingtaine d’autres combattants de l’EI, il les avait achetées pour quelques milliers de dollars.
Ces femmes font partie des innombrables Yézidis d’Irak et de Syrie qui ont subi les exactions organisées des soldats de Daesh. Depuis l’attaque, le 3 août 2014, de la région du Sinjar, en Irak – où vivent alors entre 500.000 et 600.000 Yézidis, soit la plupart de cette minorité religieuse du pays – la violence s’est abattue de manière systématique sur cette population que l’État islamique considère comme sataniste.
Bahzad Farhan est activiste de l’association « Kinyat » qui identifie et vient en aide aux victimes yézidies. Ce mardi, il s’est avancé à la barre pour retracer ce qu’il a vu et recueilli des méthodes employées par l’organisation terroriste pour anéantir cette population.
La revente d’esclaves sur Telegram
Le trafic d’êtres humains est ce qui a certainement le plus caractérisé le sort des Yézidis capturés par l’État islamique, pour ceux qui ne sont pas morts dans leur fuite ou sous les balles et les lames des djihadistes. Considérés comme des objets de marchandise, les Yézidis sont donc traités comme tels.
Une partie de ce commerce passe par la messagerie cryptée Telegram, où les annonces précèdent les transactions. Les noms des groupes en disent long sur la façon dont ces captifs sont considérés : « marché des soldats du califat », « centre commercial de l’État islamique » ou encore « marché de l’État islamique ».
Sur ces réseaux infiltrés par l’association Kinyat, les captifs sont triés selon trois principaux critères : la religion, le sexe et l’âge. Considérés comme des « mécréants originels » et des adorateurs du diable, les Yézidis ne bénéficient d’aucune tolérance particulière, et aussitôt contraints de prononcer la profession de foi musulmane pour se « laver de la mécréance », ils n’en restent pas moins esclaves.
Tandis que les hommes qui n’ont pas été exécutés sont employés comme esclaves pour diverses tâches, les garçons de 6 à 11 ou 12 ans sont évalués selon leur maîtrise de l’arabe, leur connaissance du Coran et leur docilité, puis vendus entre 1.500 et 3.000 dollars. Les acheteurs les utilisent pour accompagner leurs épouses à l’extérieur. Passé 12 ans, ils n’ont plus de valeur marchande et sont envoyés vers la formation religieuse, puis l’entraînement militaire.
Les femmes adultes sont vendues comme esclaves sexuelles ou domestiques selon la beauté, les langues parlées ou la docilité sexuelle. Les prix varient de 3.000 à près de 10.000 dollars, notamment selon certaines caractéristiques physiques comme la clarté des yeux ou la blancheur de la peau.
Les petites filles sont celles qui atteignent les prix les plus élevés – entre 9.000 et 14.000 dollars – en raison de leur capacité future à procréer. Dès les premiers signes de puberté, parfois autour de 9 ans, elles sont considérées comme « utilisables » sexuellement par leurs acheteurs.
À partir de 2015, selon Bahzad Farhan, il n’y a plus de captifs disponibles à la vente car tous ont déjà été « distribués » aux combattants de Daesh.
Un Français responsable de génocide
Un asservissement systématique et organisé à grande échelle auquel Sabri Essid s’est « entièrement associé », « la mettant en œuvre personnellement », selon les juges d’instruction.
F., l’une des trois victimes constituée partie civile, l’a identifié sur une vidéo tournée en zone irako-syrienne, où il apparaît lors d’une exécution d’un prisonnier par un enfant d’une douzaine d’années. Malgré son absence aujourd’hui devant la Justice française, elle et ses compagnes d’infortune entendent bien le faire reconnaître coupable de l’enfer qu’il a participé à leur faire vivre.
Laisser un commentaire