
Il faut dire que LFI avait l’immense avantage de partir, non pas de loin, mais de quasiment nulle part. En 2020, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon avait fait le choix d’enjamber les élections municipales, ne présentant que 75 listes. Ce qui fait qu’en 2026, LFI ne peut que progresser et, donc, pourra crier victoire le soir du 22 mars.
Le mouvement fortement mobilisé
Mais au-delà de son point de départ, La France insoumise a jeté toutes ses forces dans la bataille des municipales. Le mouvement a présenté des candidatures dans près de 500 communes. Ses têtes d’affiche, Jean-Luc Mélenchon en tête (sans être candidat !), ont mouillé la chemise et animé des réunions publiques aux quatre coins de la France. Ses parlementaires, souvent des personnalités de premier plan du mouvement, ont été nombreux à se présenter : David Guiraux à Roubaix, Sophia Chikirou à Paris, Sébastien Delogu à Marseille, mais aussi François Piquemal à Toulouse ou encore Ugo Bernalicis à Villeneuve-d’Ascq.
On notera que Louis Boyard, lui, a préféré passer son tour après avoir perdu une élection imperdable lors de la municipale partielle de Villeneuve-Saint-Georges de l’an dernier.
Les enjeux pour LFI
Pour LFI, l’enjeu de ces municipales est multiple : s’enraciner durablement dans les communes, devenir une force politique plus uniquement nationale mais aussi locale, former de nouveaux cadres dans les municipalités, partir sur des bases solides pour 2027 ou encore donner au mouvement l’épaisseur qui lui permettra de survivre à Jean-Luc Mélenchon. À 74 ans, l’ancien sénateur socialiste va sans doute sur sa dernière campagne présidentielle et La France insoumise doit encore montrer qu’elle peut passer outre la retraite de son leader charismatique.
Mais alors ce résultat, quel est-il ? Au soir du 15 mars, alors que les résultats définitifs des grandes villes ne sont pas encore connus, Clémence Guetté annonce LFI en mesure de l’emporter « dans des dizaines de communes » et annonce carrément qu’un « nouveau soleil est en train de se lever » sur la France. Rien que ça ! Ce qui est quand même aller un peu vite.
Contre-performances à Paris et Marseille
Déjà, il faut noter les performances assez moyennes de Sophia Chikirou à Paris (14 %) et Sébastien Delogu à Marseille (12 %). Sébastien Delogu, surtout, jouissait d’une très forte notoriété acquise sur les réseaux sociaux et en brandissant le drapeau de la Palestine dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Son score est conforme à ce que lui annonçaient les sondages, mais bien en deçà des ambitions de LFI en début de campagne.
Mais oui, La France insoumise gagnera très probablement des villes : on pense à Roubaix, où David Guiraux devrait probablement l’emporter, après ses 46 % au premier tour. Et à Saint-Denis, remportée dès le premier tour par Bally Bagayoko.
LFI face au reste de la gauche
Mais si les candidats mélenchonistes ont fait de très bons scores à Lille (où Lahouaria Addouche serait au coude-à-coude avec le maire sortant, à 27,5 %) et Toulouse (27 %), on peine à imaginer comment ils pourraient gagner sans faire alliance avec d’autres forces de gauche.
Et c’est là qu’on touche aux limites de la stratégie mélenchoniste : après des mois, voire des années, à se faire traiter de tous les noms par LFI, le PS va-t-il accepter d’enterrer provisoirement la hache de guerre ?
Bien sûr, cela s’est déjà vu de nombreuses fois, dans le passé – la dernière en 2024, avec la constitution du Nouveau Front populaire. Mais les tensions se sont encore accrues depuis, la violence verbale est montée d’un cran et LFI s’est retrouvée mêlée, à son corps défendant, dans l’affaire du lynchage du jeune Quentin Deranque – rappelons que Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault, est en détention provisoire (présumé innocent, certes).
Bref, si elle est seule, La France insoumise risque de se heurter à un plafond de verre.
Alors, les stratèges de LFI, bien conscients de cette situation, sortent les gros sabots éculés de la gauche et appellent à un « front antifasciste ». Vieilles recettes auxquelles plus personne ne croit, mais qui pourraient servir d’excuse au reste de la gauche pour faire une alliance de second tour afin de se partager les places. Nous saurons assez vite si le théâtre antifasciste fonctionnera encore une fois.
Gabriel Bendayan
https://www.bvoltaire.fr/municipales-lfi-face-au-risque-du-plafond-de-verre/
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