
Un trentième-et-unième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui, un extrait De la réforme et de l’organisation normale du suffrage universel d’Henri Lasserre.
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Qu’est-ce qui pourrait les arrêter ? Rien.
Seraient-ce les considérations intellectuelles du passé, les leçons de l’histoire ? – Nequaquam, comme disaient les Latins. Pas le moins du monde. Ces gouvernants seraient ou des ignorants ou des dévoyés des classes supérieures tombés assez bas pour accepter le mandat impératif des incapables et pour se faire les flatteurs de la populace et les laquais de la plèbe.
Serait-ce de la conscience ? – Nous admettons volontiers et sans hésiter, nous admettons qu’il y aura là très évidemment des hommes sincères, des gens de bien, parfaitement intentionnés ; mais sur toutes les questions politiques et sociales, la conscience populaire n’a-t-elle pas été faussée par les sophismes que les publicistes colportent dans toutes les intelligences, voilà déjà plus d’un siècle ?
On a dit : « La loi n’est autre chose que l’expression de la volonté du plus grand nombre » ; et il y a là quelque chose de vrai, mêlé à quelque chose de faux. On a dit : « La loi doit être faite dans l’intérêt du plus grand nombre » ; et il y a là encore quelque chose de vrai mêlé à quelque chose de faux.
Mais le vulgaire, devenu tout puissant, ne distinguera pas les nuances. Il dira : « Je suis le Grand Nombre. Donc, ma volonté, c’est la Loi. Tout ce que je veux est légitime, par cela seul que je le veux et que je suis le Grand Nombre. Je fais la loi dans mon intérêt, et j’ai raison de la faire ainsi, puisque je suis le Grand Nombre. Je réalise par là l’idéal des plus purs philosophes. Mon égoïsme, qui serait un crime si j’étais le petit nombre, devient la suprême sagesse puisque je suis le Grand Nombre. Sacrifier le Grand Nombre au plus petit, ce fut le forfait de mes prédécesseurs au gouvernement ; mais sacrifier le plus petit au plus grand, c’est la justice parfaite. Ils étaient la majorité factice : je suis la majorité réelle, incontestable comme l’Océan ; je suis l’innumérable multitude ».
À ces ondes humaines, qui résistera ?
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L’ignorance et la déraison, excitée par la fièvre révolutionnaire – et aussi par la misère, toujours croissante en pareil temps – auront en main l’autorité régulière. Ce qui est légitime sera légal. Ce qui est antisocial sera à la tête de la société. Les ennemis de l’ordre public commanderont la force publique. Les brigands occuperont le ministère de la Justice et nommeront la Magistrature. Les voleurs auront à leurs ordres la Gendarmerie. Hier, une poignée d’hommes, agissant en petit et illégalement, s’appelait « la Commune », et donnait un échantillon de ce que l’on fera, en grand et légalement, en s’appelant « la Nation ».
Qu’ils forment une Convention ou qu’ils s’incarnent dans quelque dictateur, ainsi raisonneront, ainsi agiront les barbares qui sont maintenant à nos portes, et qui occuperont demain, si l’on n’avise aujourd’hui, tous les postes de la cité.
https://www.actionfrancaise.net/2026/03/07/les-barbares-de-la-democratie/
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