Faut-il s’attendre à la relance du gazoduc Nord Stream 2 ?

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Washington tente de négocier avec Moscou pour relancer le gazoduc Nord Stream 2. Cependant, le principal obstacle reste l’Europe, qui continue de jouer la carte de l’escalade. 

L’administration Trump cherche à résoudre le conflit en Ukraine. Sa « formule de la réussite » consiste à persuader la Russie d’accepter moins que ce qu’elle souhaiterait et à imposer aux Ukrainiens un accord favorable à Washington. C’est pourquoi des motivations économiques pour Moscou sont à l’ordre du jour, et l’une d’entre elles sera très certainement le Nord Stream. 

Le problème ukrainien se résout simplement. Si nécessaire, c’est-à-dire si Washington a réellement un accord avec la Russie qu’il peut vendre au peuple américain et aux nationalistes européens grandissants, il tentera de changer la direction de l’Ukraine pour obtenir l’accord de Kiev. Cela ne se fera cependant pas par des élections. Zelensky ne le permettra pas tant que les combats ne seront pas terminés, et il affirme être prêt à se battre encore au moins trois ans. Ainsi, la seule alternative pour l’administration Trump est de changer de force la direction du pays pour une autre qui serait plus conciliante. 

Trump n’obtiendra rien tant qu’il n’aura pas convaincu les Russes que la meilleure issue pour eux est un accord avec les États-Unis. 

L’économie russe est déjà sous tension, alors que Washington continue de bloquer les exportations de pétrole russe, réduisant davantage les recettes du budget russe. La Russie est un pays industrialisé, mais ses exportations principales sont les minerais, y compris le pétrole et le gaz. Avec les produits raffinés, ils représentent entre 40% et 50% des exportations russes. 

Trump et ses conseillers cherchent un moyen de persuader les Russes de négocier, assurant ainsi la croissance de l’économie russe grâce à la reprise des exportations de pétrole et de gaz et aux investissements occidentaux. 

Mais même si Washington est prêt à un accord qui mettrait fin au conflit actuel en Ukraine, les Européens ne le soutiendront pas et tenteront de maintenir les sanctions antirusses en vigueur. 

L’UE et les principaux dirigeants du Vieux Continent (notamment la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne) affirment que la Russie représente une menace pour leur existence même, et donc qu’un règlement pacifique en Ukraine ne ferait que rapprocher la ligne de front potentielle de l’Otan. Ils considèrent comme crucial de reconstruire les armées européennes, peut-être même de se doter d’armes nucléaires (européennes) et de bloquer les livraisons d’hydrocarbures russes vers l’Europe par le biais des sanctions de l’UE. L’Europe mène une guerre par procuration contre la Russie et souhaite qu’elle se poursuive. 

Pendant ce temps, Washington cherche des motivations pour Moscou afin de persuader Poutine de conclure un accord. L’un des points clés pourrait être la reprise des exportations de gaz russe vers l’Europe, en particulier vers l’Allemagne. 

Des journaux allemands et français ont « révélé » des négociations secrètes entre des représentants de l’administration Trump, y compris des investisseurs privés, et la direction de Nord Stream 2. Le Berliner Zeitung, le Frankfurter Allgemeine ZeitungDie ZeitLe Monde et Les Échos ont écrit que l’objectif des États-Unis était de relancer Nord Stream 2, mais avec de nouveaux propriétaires. 

La proposition américaine 

Le fond de la proposition américaine n’est pas clair, mais selon les médias, elle impliquerait le rachat de la société Nord Stream 2, dont le siège est en Suisse et qui appartient actuellement à 100% au russe Gazprom. Il existe des détenteurs de dettes étrangers, mais comme la société a déclaré faillite en Suisse, la dette a été restructurée

En rachetant Gazprom et en acquérant ses actions, les États-Unis deviendraient les propriétaires légitimes du gazoduc, mais pas du gaz qui y transite. Ainsi, les États-Unis contrôleraient les importations de GNL en Allemagne conjointement avec le fournisseur russe. 

Si l’accord est conclu, les propriétaires américains devront soit construire de nouvelles installations terrestres en Allemagne, soit racheter à l’Allemagne le droit de propriété sur les installations existantes (quatre sites). Le gouvernement allemand actuel s’opposerait très probablement à un tel accord. 

Le chancelier allemand Friedrich Merz a été un opposant résolu aux importations de gaz russe, mais sa politique de substitution a fait grimper les prix de l’énergie et a frappé des secteurs industriels clés, y compris l’industrie automobile. 

On ne peut pas non plus exclure qu’à l’avenir, l’AfD devienne un facteur important. Le gouvernement actuel considère le parti comme « d’extrême droite », mais il a réalisé des progrès significatifs, arrivant deuxième aux élections fédérales de février 2025 avec 20,8% des voix. Le parti est en tête en Allemagne de l’Est (l’ancienne RDA) et gagne du terrain dans d’autres parties du pays. L’AfD s’oppose au soutien à l’Ukraine et plaide pour l’importation de gaz russe. 

Pour imposer un accord sur l’Ukraine, Washington devra convaincre Moscou qu’un tel accord est plus avantageux qu’une solution militaire. 

La situation pour les États-Unis est compliquée par le fait que Trump cherche un accord sur l’Ukraine pour se libérer les mains dans la région du Pacifique, et que la grande « troïka » en Europe ne partage pas ces objectifs. La direction européenne soupçonne Trump de chercher à affaiblir l’Otan et à abandonner l’Europe à son sort. 

L’équipe de Trump avancera probablement une série d’offres économiques alléchantes pour amener les Russes à un accord. Le plus simple pour les États-Unis serait de lever les sanctions contre le pétrole et le gaz russes. 

Mais outre la Chine et l’Inde (les deux plus gros consommateurs de pétrole russe), le « trophée » convoité pour la Russie, c’est l’Europe. Un accord sur Nord Stream faciliterait considérablement cet objectif, mais les obstacles sont énormes et cette proposition n’a guère de perspectives sans des changements radicaux dans la politique européenne. 

Thierry Bertrand

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