
Après la mort du jeune Quentin Duranque, si LFI pratique l’inversion accusatoire, le bloc central aurait plutôt tendance à renvoyer les « extrêmes » dos à dos. Lesquels se « rejoignent » immanquablement, tels que le prétendent les ânes.
Un tel parallèle est proprement idiot, même si ces deux galaxies partagent toutes deux une certaine forme de radicalité. Mais, dans les mouvances trotskistes, – tout comme son ancien épigone maoïste – on suit un programme précis : la prise du pouvoir par la force et la rue, imaginant réitérer le coup d’État d’octobre 1917, tel que réussi par Léon Trotski.
Rien de tout cela en face. À l’origine, chez ces cinquante nuances de tricolore, royalistes (Action française), nationalistes-révolutionnaires, (Troisième voie), corporatistes (Œuvre française), plus ou moins droitières (Occident, Ordre nouveau et GUD), on trouve un seul point commun : l’anticommunisme. Là, le danger était bien réel. En pleine Guerre froide, l’URSS était une potentielle menace militaire, le PCF se trouvait à son apogée, que ce soit dans les urnes ou les cerveaux. Rien à voir donc, avec le soi-disant « péril fasciste ou néo-nazi », deux régimes morts sans laisser de descendance que l’extrême gauche désignait alors comme ennemi. En mai 68, les CRS étaient les nouveaux SS et le général de Gaulle un Adolf Hitler en puissance. De Gaulle nazi ? Il fallait l’oser. Tout comme plus tard « facho Chirac », tel que surnommait Le Canard enchaîné, ses caricaturistes l’affublant d’un baudrier et d’une chemise noire.
Nous voilà au cœur du tropisme trotskiste : cette faculté à finir par croire à ses propres délires. Car ces gens ne rigolent pas. Ils sont en résistance permanente et d’autant plus confortés en leurs divagations qu’ils sont de longue date soutenus par une bonne partie du microcosme médiatique, de Libération à France Inter, de la république des lettres à une frange non négligeable du showbiz.
Pour Michel Audiard, à gauche le sérieux et à droite la déconne…
De l’autre côté de la barrière, c’est une toute autre affaire. Il y a du romantisme, l’amour des causes perdues, un certain panache. Mais aussi beaucoup d’autodérision. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un coup d’œil à Alternative, journal du GUD, qui dura de décembre 1973 à novembre 1975. Jack Marchal, figure emblématique de ce syndicat étudiant né à la faculté parisienne d’Assas et par ailleurs dessinateur, y illustre en BD l’histoire des gudards, qu’il surnomme lui-même les Rats noirs. Avec un humour ravageur et sans jamais se prendre au sérieux. Car il sait à quel point ces trublions sont minoritaires et qu’ils se battent le plus souvent à un contre vingt. La droite radicale a certes une certaine appétence pour la baston ; mais pratique plus le jeu défensif qu’offensif. Cela vaudra aussi pour ses concurrents, tel qu’en témoigne le Mai 68 vu d’en face de Bernard Lugan, militant d’Action française, publié par La Nouvelle librairie. Michel Audiard affirmait jadis préférer fréquenter des gens de droite plutôt que de gauche : « À droite, ils ont le sens de la déconne. Dans les dîners, je ne les ai jamais entendus dire qu’il fallait couper la tête de tel ou tel. Les autres, en revanche, c’est du sérieux. Ils adorent faire des listes… » Voilà qui vaut encore aujourd’hui, sachant qu’on est plus sûr de se fendre la pipe en passant une soirée avec Frédéric Chatillon et Axel Lousteau, qu’avec Louis Boyard et Mathilde Panot.
Avant Marine, Jean-Marie en avait déjà soupé, de l’extrême droite…
Dans Le Figaro magazine, de ce 20 février, Alexandre Devecchio fait cette salutaire mise au point, titrée « Pour en finir avec les fausses équivalences ». En effet, La France insoumise et le Rassemblement national se distinguent sur un point majeur. La première entretient des liens officiels et organiques avec ses marges les plus énervées, dont la Jeune garde. Le second a depuis longtemps coupé les ponts avec les siennes. Et cela remonte bien avant la « dédiabolisation » entreprise par Marine Le Pen, avec le soutien de son père, détail trop souvent oublié. D’ailleurs, ce dernier assurait déjà à l’auteur de ces lignes, dans un entretien accordé au Choc du mois, en juin 2006 : « Je dois admettre que j’ai traîné l’extrême droite comme un véritable boulet. Moi, je préparais l’avenir. Eux, ils étaient là pour tenter de justifier leur passé, imaginant, sans doute, que s’ils parvenaient à réhabiliter leurs erreurs de jeunesse, la droite nationale, de facto, se retrouverait aux portes du pouvoir. Un raisonnement parfaitement idiot. »
Et Alexandre Devecchio d’ajouter : « Pour la gauche, cette inversion accusatoire a pour objectif d’entretenir un théâtre antifasciste qui lui a permis de diviser la droite et de se présenter comme le camp du bien. Mais cette rhétorique est aussi entretenue de manière plus subtile par le centre de l’échiquier politique. Après avoir fait élire des députés insoumis pour faire barrage au RN aux dernières législatives, les macronistes se démarquent de LFI, mais sans pour autant renoncer à la diabolisation d’une partie de la droite. »
Les « crimes de l’extrême droite », ou la chasse au Dahu…
Ce qui explique les chiffres fantasmatiques circulant sur ces « douze morts » dont l’extrême droite serait responsable depuis 2022. Ce 19 février, Libération fait le point. On est entre la liste des courses et l’inventaire à la Prévert. Un crime d’ivrogne, celui du rugbyman argentin, Federico Martin Aramburu, par un ancien du GUD. Eric Casado-Lopez, d’origine hispanico-marocaine, tué par un « complotiste d’extrême droite ». Le « caractère raciste du crime n’a pas été retenu ». Mahamadou Cissé, abattu par son voisin Hocine A., un harki. Quel rapport avec la choucroute ; ou le couscous, en l’occurrence ? Trois Kurdes tués par un homme revendiquant son « racisme pathologique ». Un simple fait divers. Angela Rostas, une rom abattue, semble-t-il par erreur, par deux chasseurs. Djamel Bendjaballah, meurt dans un accident de voiture. Au volant de celle qui l’a percuté, l’ancien compagnon de celle qui l’avait quitté pour le Djamel en question. « La circonstance raciste de son crime n’a pas été retenue ». La suite est à l’avenant. Des drames personnels dont la dimension politique ne saute pas aux yeux. Ou alors, il faudrait en conclure que « l’islam tue » chaque fois qu’un musulman commet un meurtre. Ou que le « sionisme nous vole » à chaque arnaque à la taxe carbone, nombre des escrocs l’ayant mise en place s’étant depuis réfugié en Israël.
Une droite qui s’acharne à ne rien comprendre…
Mais il n’en faut pas plus pour effrayer une certaine droite, toujours prête à succomber à la dialectique trotskiste consistant à désigner un ennemi imaginaire pour ensuite mieux appeler à faire barrage contre lui. C’était déjà celle de SOS Racisme, association créée en 1984 par un autre trotskiste, Julien Dray. Il s’agissait alors de diviser cette même droite, dont une frange était tentée par des alliances électorales avec le Front national. Et ces gogos sont tombés à pieds joints dans le piège. Tout comme ils y retombent aujourd’hui, sûrement de peur d’être à leur tour taxés de « fascisme ».
Au fait, il était ici évoqué le manque d’humour de la gauche extrême. Tout bien réfléchi, c’est un peu injuste. La preuve, nous en est, une fois de plus, administrée par Sandrine Rousseau, reine du stand-up, catégorie humour involontaire, qui assure, après la mort de Quentin Duranque, avoir été menacée de mort… par l’OAS.
Sandrine Rousseau sauve l’humour de gauche…
Même France Inter en a fait son beurre. D’où ce billet datant du 17 février : « À propos de déconstruction, hier Sandrine Rousseau était sur France Info, ça faisait longtemps que je ne l’avais pas vue, par curiosité, j’ai regardé, comme on regarde quelqu’un qui nous a fait passer des bons moments de divertissement, Roland Magdane quand C Star repasse des sketchs, je reste aussi, et elle ne m’a pas déçu. Elle a parlé de la violence en politique, c’est le sujet du moment, et a dit qu’elle-même avait été menacée par le GUD, une association étudiante très très très à droite, plus à droite vous vous faites un torticolis, pour vous dire, leur emblème, c’était la croix celtique, pas dans le sens Nolwenn Leroy du terme, et, ajoute-t-elle, j’ai été menacée par l’OAS, Ce qui est fort, parce que l’OAS ça date de la guerre d’Algérie et que Mme Rousseau est née en 1972. Donc, soit cette dame est la réincarnation de quelqu’un de plus ancien, Nefertiti, Zebulon, Guy Lux, soit ces salauds de l’OAS menaçaient Sandrine Rousseau dix ans avant sa naissance, ce qui serait une forme d’acharnement. »
Notons notre humoriste est vice-présidente de l’université de Lille. Une chance qu’elle y enseigne l’économie et non point l’histoire de France.
https://www.revue-elements.com/extreme-et-droite-et-extreme-gauche-le-faux-parallele/
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