
Les années de plomb italiennes
Entre 1970 et 1990, l’Italie fut le théâtre d’une crise profonde connue sous le nom des « anni di piombo » (les années de plomb), marquée par une radicalisation simultanée de l’extrême gauche et de l’extrême droite. Durant cette sombre période, près de 400 morts et plusieurs milliers de blessés furent à déplorer, suite à de nombreux attentats et assassinats ciblés.
Parmi les groupes d’extrême gauche les plus actifs et les plus violents se distinguent très largement les Brigades rouges, qui s’imposèrent rapidement comme l’organisation la plus redoutée du pays. Inspirées du marxisme-léninisme et se réclamant d’une révolution prolétarienne, elles entendaient frapper le cœur de l’État italien et le capitalisme. Nées au début des années 1970, les Brigades rouges regroupaient ainsi des militants déterminés à s’attaquer aux forces de l’ordre, aux magistrats, aux responsables politiques et aux chefs d’entreprise. Parmi leurs fondateurs figurait, notamment, un certain Alberto Franceschini, arrêté dès 1974 et condamné à 18 ans de prison pour activités terroristes. Entre 1974 et 1978, l’organisation revendiquera à elle seule plus de mille actions violentes, allant de l’enlèvement aux assassinats ciblés en passant par les célèbres « jambisations » destinées à mutiler des adversaires sans les tuer pour mieux les intimider et les soumettre.
Des actes qui ont traumatisé l’Italie
Les Brigades rouges se rendirent aussi particulièrement et tristement célèbres pour une série de crimes sanguinaires. Le plus emblématique, et le plus tragique, demeure l’enlèvement puis l’assassinat d’Aldo Moro, l’ancien président du Conseil et figure importante du mouvement centre la Démocratie chrétienne. Ainsi, le 16 mars 1978 à Rome, un commando des Brigades rouges attaque le cortège de l’homme politique et l’enlève alors qu’il se rend au Parlement.
Durant 55 jours, Aldo Moro est maintenu en captivité. Ses geôliers exigent, en échange de sa vie, la libération de plusieurs de leurs compagnons emprisonnés. Autorisé à écrire, Moro adresse de nombreuses lettres aux responsables politiques et les supplie de céder aux exigences de ses ravisseurs afin de sauver sa vie. L’État italien refuse cependant toute négociation avec une organisation terroriste au nom du principe de fermeté face à la violence. Le pape Paul VI, ami personnel d’Aldo Moro, tente d’intervenir de son côté pour obtenir sa libération, mais en vain. Conscient du sort funeste qui l’attend, Moro écrit, dans l’une de ses dernières lettres : « Mon sang retombera sur vous. »
Le 9 mai 1978, son corps, criblé d’une douzaine de balles, est retrouvé recroquevillé dans le coffre d’une voiture. Ce crime brutal traumatise durablement la société italienne et incarne encore, aujourd’hui, la dérive meurtrière dont est capable l’extrême gauche.
La France, refuge parfait pour les Brigades rouges
L’État italien, confronté à cette escalade meurtrière, intensifia alors les arrestations et les poursuites judiciaires à partir de la fin des années 1970. Des milliers de militants furent interpellés, jugés et condamnés dans le cadre d’une politique de répression massive. Face à cette réponse judiciaire, un certain nombre de brigadistes décidèrent de fuir en France où celui qui allait devenir leur bienheureux protecteur, François Mitterrand, mit en place une politique de protection devenue célèbre sous le nom de « doctrine Mitterrand ». Cette dernière permettait l’accueil sur le territoire français d’anciens activistes italiens à la simple condition qu’ils déclarent renoncer à la lutte armée et qu’ils ne transforment pas la France en base arrière. Dans les faits, cette politique permit à de nombreux terroristes condamnés en Italie, y compris pour des faits extrêmement graves, de s’installer durablement en France et d’échapper à l’exécution de leurs peines. Le nombre total de victimes attribuées aux seules Brigades rouges est aujourd’hui estimé à environ 80 morts.
Malgré cette situation, l’Italie ne renonça jamais à obtenir justice. En 2019, Rome relança officiellement des demandes d’extradition visant dix ressortissants condamnés pour terrorisme et installés en France depuis parfois plus de trente ans. En 2022, la Justice française refusa définitivement l’extradition de ces dix personnes, invoquant notamment leur âge ou encore le respect de leurs familles désormais implantées en France. En avait-elle seulement eu pour celle de leur victime ?
Ainsi, en rappelant le rôle de la France dans l’accueil et la protection d’anciens membres des Brigades rouges, Giorgia Meloni ne cherche pas à raviver une vieille polémique diplomatique, elle veut continuer à lutter pour la mémoire et pour la justice à l’encontre d’hommes et de femmes ayant fui les conséquences de leurs actes. Elle met aussi en lumière un problème plus large : l’existence d’une extrême gauche violente et impunie en France.
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