La Commission européenne va atténuer ses critiques à l’égard du gouvernement hongrois et même accorder au pays de nouveaux financements. C’est ainsi que les responsables européens tentent d’éviter les accusations d’ingérence dans le processus électoral.
Auparavant, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait vivement critiqué le Premier ministre hongrois Viktor Orban. Dans ce contexte, le secrétaire d’État américain Marco Rubio s’est rendu à Budapest, qualifiant les relations bilatérales de « plus proches que jamais ». Cette visite a constitué une nouvelle confirmation de la fracture entre Washington et les principaux États de l’UE.
Après le discours du secrétaire d’État américain Marco Rubio à la Conférence de Munich sur la sécurité, certains médias ont publié des commentaires optimistes, estimant que le chef de la diplomatie américaine avait adouci le ton envers l’Europe, que le pire avait été évité et que le cauchemar de l’année précédente, quand le vice-président J. D. Vance avait pris la parole à la même tribune sans mâcher ses mots, ne s’était pas reproduit.
Mais en réalité, il ne s’agissait que d’un changement de style, rien de plus. Washington a montré à l’Europe un spectacle classique avec un bon et un méchant flic.
Le mesuré Rubio s’est montré plus diplomatique que l’impétueux Vance, mais cela ne change rien au fond. Si l’on examine attentivement le discours du chef du département d’État, on arrive à la conclusion suivante : c’est le même concept que celui de Vance, simplement exposé de manière plus posée et moins provocatrice. Et son fond est simple : l’administration de Donald Trump considère l’Europe dans sa forme actuelle comme son adversaire politique et idéologique. Et elle construira ses relations avec elle en partant de ce constat.
Difficile de contester cette analyse. Tant pour les dirigeants des principaux États de l’UE que pour la direction de la Commission européenne, il était bien plus agréable, confortable et prévisible de traiter avec l’équipe du président précédent Joe Biden. À l’époque, il n’y avait ni droits de douane dirigés contre l’UE, ni menaces de s’emparer du Groenland, ni reproches de répression de la liberté d’expression et des opposants politiques, ni attaques contre l’agenda environnemental, sacré et intouchable pour l’Europe d’aujourd’hui.
Trump et son administration sont perçus dans la plupart des pays du Vieux Continent comme un cauchemar qu’il faut endurer en attendant les prochaines élections, quand les démocrates prendront enfin leur revanche et rétabliront l’harmonie habituelle dans les relations transatlantiques. On ne le dit pas tout haut, de peur de la réaction émotionnelle d’un président américain rancunier, mais le véritable sentiment à son égard et envers sa politique transparaît ici et là.
La réaction de la chef de la diplomatie européenne Kaja Kallas au discours du représentant américain auprès de l’ONU Mike Waltz en dit long. Lorsque lors d’un panel munichois il énumérait les réussites de Trump en politique étrangère, le visage de Kallas exprimait toute son appréciation tant de Waltz que de son patron. Les mimiques méprisantes de l’ancienne Première ministre estonienne sont devenues un mème sur Internet, et le magazine Politico a qualifié les grimaces de Kaja Kallas de « pire poker face« .
Il n’est pas surprenant que le chef du département d’État ait réduit au minimum ses contacts à Munich avec les responsables politiques de l’UE. En revanche, l’itinéraire de sa tournée européenne s’est révélé particulièrement éloquent.
Après Munich, Rubio ne s’est pas dirigé vers l’une des grandes capitales de l’Europe unie, mais a visité deux pays considérés aujourd’hui dans l’UE comme des quasi-parias et des dissidents, la Slovaquie et la Hongrie. Pour Bruxelles, les chefs de gouvernement de ces États, Robert Fico et Viktor Orban, sont des adversaires idéologiques et une « cinquième colonne », en particulier sur la question ukrainienne. Pour Washington, en revanche, ce sont des alliés, ce que Rubio a une fois de plus souligné à Budapest en apportant un soutien sans équivoque à Orban en pleine campagne électorale, laquelle s’avère compliquée pour lui.
« Nous entrons dans un âge d’or des relations entre nos deux pays. Et tout cela grâce aux liens que vous avez tissés avec le président des États-Unis. Les États-Unis veulent que la Hongrie prospère, surtout tant que vous en restez le dirigeant », a déclaré Rubio à son interlocuteur. Un tel soutien, à deux mois des législatives décisives, contraste nettement avec l’attitude de la plupart de ses homologues européens envers Orban, lesquels misent clairement sur l’opposition hongroise.
Comme on le sait, c’est la dernière phrase que l’on retient le mieux. Or, le dernier interlocuteur de Marco Rubio lors de sa tournée européenne a été précisément Orban, avec son attitude si particulière tant envers Kiev qu’envers Bruxelles. Et l’on peut penser que ce n’est pas un hasard si le département d’État a prévu cet itinéraire précis. C’était un signal de plus adressé par Washington à l’Europe.
Alexandre Lemoine
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