
En 2024, lors des élections législatives provoquées par la dissolution d’Emmanuel Macron, le Rassemblement national remporte dans le Vaucluse quatre des cinq sièges de députés que compte le département. Seule manque à l’appel la 1ère circonscription, celle d’Avignon. Et pour cause, la cité des Papes envoie à l’Assemblée nationale le candidat de La France Insoumise, Raphaël Arnault. Un score sans appel : 54,98 % au second tour face au candidat du Rassemblement national. Une victoire d’autant plus retentissante pour le disciple de Jean-Luc Mélenchon qu’il arrache la circonscription au RN qui l’avait emporté en 2022 (en duel face au candidat LFI de la NUPES, Joris Hébrard réalisait 51% des voix).
Co-fondateur du mouvement antifa La Jeune Garde, Raphaël Arnault est parachuté dans la capitale vauclusienne. « La France Insoumise l’a choisi, ils y trouvaient un intérêt électoral et politique », analyse auprès de Boulevard Voltaire le député RN Hervé de Lépinau. Dans un terreau fertile, le jeune Lyonnais de 30 ans mène une campagne éclair avec l’aide de ses amis de la Jeune Garde qui lui apportent en renfort une logistique humaine qui va s’avérer décisive. « Les antifas sont venus de la France entière et notamment de Lyon soutenir leur chef, raconte à BV Thierry d’Aigremont, délégué départemental RN du Vaucluse, ce fut une campagne éprouvante. » « Ils ont envahi Avignon témoigne quant à elle Catherine Jaouen, qui portait les couleurs du RN dans cette élection, la garde rapprochée de Raphaël Arnault était partout, ce fut une intimidation par le nombre ». Avocate au barreau d’Avignon, Catherine Jaouen est alors députée sortante à la suite de l’élection de Joris Hébrard à la mairie du Pontet. Contactée par BV, elle évoque un « raz-de marée », « une violence endémique qu’on sentait dans l’air ».
La candidate RN contrainte de déménager
Dans ce climat de très vives tensions, les opposants de la candidate patriote découvrent son adresse et se rendent à plusieurs reprises à son domicile. « Je les avais sur mon pallier, ils se faisaient passer pour des livreurs, ils tambourinaient à la porte, c’était de l’intimidation » raconte Catherine Jaouen qui, face à une telle hostilité, a été contrainte de déménager à la campagne. « J’avais peur, je suis partie. Maintenant, à part ma famille et mes très proches, personne ne sait où j’habite ».
L’extrême gauche se surmobilise et connaît son réservoir de voix. Les quartiers et leur vote communautariste, voilà la cible prioritaire. Farid Faryssy, le candidat LFI de 2022, à qui la direction nationale a préféré le militant de la Jeune Garde, introduit Raphaël Arnault et ses amis dans les quartiers. Dans les rangs du RN local, on évoque sans fard des « liens avec les imams radicalisés et le narcotrafic », les « consignes de vote des grands frères ». « Il y a eu des deals entre l’extrême-gauche et les meneurs dans les quartiers » assure un militant patriote auprès de BV. Rima Hassan, la toute nouvelle eurodéputée, vient soutenir le candidat LFI la veille du premier tour en livrant son discours pro-palestinien de manière à séduire la population immigrée des périphéries avignonnaises. « La parole raciste islamophobe et antisémite s’est totalement diffusée dans la société, il faut sauver les idéaux qui nous font espérer car le racisme tue, affirme ce jour-là l’élue mélenchoniste qui met en garde contre l’arrivée au pouvoir du RN qui « mènerait tout droit à la guerre civile ». Les militants d’extrême-gauche sont partout dans les quartiers de banlieue, bourrent les boîtes aux lettres et multiplient le porte-à-porte.
Des scores staliniens dans les cités
Une stratégie payante qui va faire basculer l’élection. Au second tour, les bureaux de vote des cités offrent des scores staliniens au candidat insoumis : 86,49 % et 83,27 % dans le quartier de Saint-Chamand, 83,45 % dans la cité Louis Gros, et même 90,50 % dans le bureau de l’école des Grands Cyprès. Des résultats « lunaires » qui font dire à Catherine Jaouen qu’« il y a eu de la triche de partout ». Sur les 73 bureaux de vote de la ville, le RN ne put assurer une présence que dans une cinquantaine. « Ils ont su mobiliser un électorat qui est généralement plutôt dans l’abstention, c’est flagrant » analyse la députée de Vaucluse Catherine Rimbert que nous avons contactée.
Même s’il se déplace à Avignon pour afficher ses différents avec le candidat insoumis, Gabriel Attal, alors Premier ministre, appelle à faire « barrage » contre le RN quel que soit le bulletin de vote à utiliser. « Le premier enjeu de ce second tour c’est de tout faire pour que le RN ne dispose pas d’une majorité absolue. » dit-il dans l’entre-deux tours sur France Inter. La maire socialiste de la ville Cécile Helle qui appelle à voter au second tour pour Raphaël Arnault met le festival d’Avignon au service du combat politique. Dans la nuit du 4 au 5 juillet, une « Nuit contre l’extrême-droite » se déroule dans l’enceinte du Palais des Papes. « Siamo tutti antifascisti ! » scandent en chœur les deux mille spectateurs-militants.
« Vous ne bougez pas de chez vous à partir de 18 heures »
Dans ce climat quasi insurrectionnel qu’alimente La Jeune Garde, la candidate RN ne se déplace plus sans garde du corps. Les pouvoirs publics ne sont pas sans connaître la violence dont est capable l’extrême-gauche. Au point que le jour du second tour, le cabinet du préfet appelle Catherine Jaouen qui, nous raconte-t-elle, lui dit expressément : « Vous ne bougez pas de chez vous à partir de 18 heures ». La députée sortante reste alors enfermée toute la soirée avec sa famille. Ce sera son beau-frère et un ami qui se rendront à l’Hôtel de Ville pour obtenir les résultats définitifs. « On ne peut pas dire que l’État n’était pas au courant », constate Catherine Jaouen.
Depuis la victoire de Raphaël Arnault, ce soir du 7 juillet 2024, Farid Faryssy, a claqué la porte de La France Insoumise. « Les comportements autoritaires, les pratiques d’intimidation et les violences verbales qui se sont installés dans le groupe LFI d’Avignon ont rendu impossible tout travail collectif sincère et apaisé », explique-t-il en novembre 2025. Il estime que « Raphaël Arnault est devenu le principal vecteur de ces violences et de cette division ».
Quelques mois plus tard, les violences de l’extrême-gauche coûtent la vie au jeune militant conservateur Quentin Deranque à Lyon. Catherine Jaouen avertit, et elle sait de quoi elle parle : « Ils continueront, c’est leur ADN ».
Yves-Marie Sévillia
https://www.bvoltaire.fr/exclusif-avignon-les-dessous-de-lelection-de-raphael-arnault/
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