
La presse, la radio et les chaînes de télévision en ont fait la une et puis tout le petit monde politique, administratif et médiatique est tranquillement retourné à ses petites affaires et ses manœuvres pitoyables, comme la nomination de Mme de Montchalin à la présidence de la Cour des comptes ou la promulgation par décret du programme pluriannuel de l’énergie.
78% des Français ne font pas confiance au système politique !
En fait le système oligarchique se contrefout du fait que 78 % des Français ne lui fassent plus confiance, que 51 % d’entre eux ne soient « pas fier[s] du système démocratique » et que 43 % estiment qu’« en démocratie rien n’avance ». Sous la IIIe République, Charles Maurras avait écrit « le système gouverne mal mais se défend bien ». Cette phrase ancienne est d’une étonnante actualité.
Pourquoi nous en sommes arrivés là ? Les causes sont multiples et profondes. Elles sont le signe de la décadence et de l’impuissance d’un système politico-administratif si sclérosé qu’il devient impossible à réformer et que seule une forte commotion politique permettrait d’engager l’œuvre de redressement nécessaire. L’étude du CEVIPOF nous révèle que 36 % des Français estiment que seul « un homme qui n’a pas à se préoccuper du Parlement et des élections » nous permettrait de nous sortir de l’impasse. En science politique ça s’appelle un roi, dans une vision sereine de la recherche du bien commun ; un dictateur dans une situation de chaos politique et social dans lequel seul le recours à la force permet de rétablir un fonctionnement normal de l’État. Notre personnel politique peut-être devrait s’en inquiéter. Quelles ont donc les causes de cette perte totale de confiance ?
Un système oligarchique et endogamique
La première réside dans le fait que nos hommes politiques ont fait de l’élection la fin ultime de la politique, alors qu’elle n’en est que le moyen. Nécessaire certes, car pour pouvoir agir il faut être élu, mais en faire le seul objectif de l’action politique, c’est tout simplement inverser les valeurs. Phénomène aggravé par le fait que bien des élus ne savent rien faire en dehors d’être élus. Ils n’ont dès lors qu’une obsession : se maintenir en poste et pour cela sont prêts à tous les abandons.
La deuxième se trouve dans l’endogamie du système politico-administratif qui nous gouverne. L’ascenseur social s’est arrêté entre deux étages. Notre classe politique est principalement composée de gens issus de la haute et moyenne administration ou des apparatchiks des partis politiques qui n’ont qu’une idée très lointaine de ce qu’est la vie réelle. Ces personnages tournent ainsi en rond et ignorent de fait l’ouverture sur un autre monde que le leur. Ainsi, le ministre qui sort de l’ENA a pour interlocuteur privilégié son directeur de cabinet, qui sort de la même école et qui travaille avec le directeur des services qui lui aussi en provient. Comment espérer sortir de cet entre-soi stérile qui fait la preuve depuis des décennies de son incapacité à résoudre les difficultés qui épuisent les Français et à réduire le poids de la sphère publique qui les étouffe.
La troisième cause est que la caste oligarchique se sert de l’État plus qu’elle ne le sert. Le grand marché du « recasage » des copains en est une permanente illustration. Système qui permet aussi de verrouiller le système même si l’on est désavoué par les électeurs.
Le quatrième réside dans la lâcheté insigne de bien des élus. L’idée de soulever éventuellement la protestation de certains groupes de pression paralyse bien des irresponsables politiques qui vivent dans la crainte d’un soulèvement des banlieues, d’un éditorial d’un grand quotidien du soir que personne ne lit plus, ou de l’activisme d’ONG noyautées par les trotskistes.
La cinquième se trouve dans l’incroyable inculture du personnel politique qui l’empêche de développer une pensée forte qui prépare l’action. S’agitent devant nous des commentateurs des événements, non des acteurs de ceux-ci, qui prennent les stéréotypes politiquement corrects pour de la pensée.
La sixième cause est dans l’impuissance des élus nationaux qui ont abandonné leurs pouvoirs souverains entre les mains de l’Union européenne, ou se sont liés par des conventions internationales qui les brident.
La septième raison est que tout ce petit monde a créé, au fils des temps, une monstruosité administrative, un amas de règles, de normes, de contrôles qu’ils ne maîtrisent plus et qui obéissent à des règles organiques incontrôlées.
Le résultat de cette sclérose généralisée est le découragement et la résignation des Français. Quand ces sentiments se transformeront en colère puis en exaspération, le système sera balayé. Mais prenons garde à ce que notre peuple ne bascule dans un déchaînement de violence dont ils nous ont donné l’exemple au cours de notre longue histoire. Comme disait la chanson : « les rois ont fait la France, elle se défait sans roi ». Mais qui sera ce roi ?
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