
À Paris, les réquisitions de gymnases pour l’hébergement d’urgence se multiplient. Officiellement, il s’agit de répondre à une saturation des dispositifs existants. Mais pour Knafo, cette logique revient à déplacer le problème plutôt qu’à le résoudre. « On ne règle pas un problème migratoire en confisquant les gymnases des enfants », martèle-t-elle.
Dans une ville où les infrastructures sportives sont déjà saturées, l’impact est massif, la fermeture répétée d’équipements municipaux provoque l’exaspération des clubs sportifs et des élus d’arrondissement.
Une méthode dénoncée
Dans un entretien accordé à Boulevard Voltaire, Gérard Gachet, adjoint au Maire LR du XVIe arrondissement, décrit une organisation qu’il juge brutale. Les mairies d’arrondissement sont « informées du jour pour le lendemain ». Pour les clubs, l’effet est immédiat, « ils n’ont pas forcément de solution de rechange », constate-t-il.
Les scolaires parviennent parfois à s’adapter tant bien que mal, mais les associations, elles, doivent annuler des entraînements ou disperser leurs équipes. L’élu résume la situation en une formule parlante : « Du jour au lendemain, tel équipement est réquisitionné et devient inaccessible pour une durée d’au moins un mois ».
Or ces interruptions ne sont pas marginales. Selon les chiffres rapportés par Le Figaro, certains gymnases parisiens ont été réquisitionnés à répétition ces dernières années. Dans le XVIIe arrondissement, cinq équipements auraient été occupés 286 jours en 2025. Plusieurs clubs estiment avoir perdu jusqu’à 30 % de leurs créneaux habituels.
Dans une ville où chaque heure d’entraînement est comptée, l’impact est loin d’être symbolique. Contactée par Boulevard Voltaire, la Mairie de Paris n’a pas répondu à notre demande d’interview.
Des solutions alternatives ignorées ?
Gérard Gachet affirme avoir proposé, avec d’autres élus, d’anticiper ces situations en « fléchant à l’avance un certain nombre de locaux disponibles ». Des écoles désaffectées ou des bâtiments en attente de travaux auraient pu être mobilisés. L’idée aurait été saluée par la Mairie de Paris… puis laissée sans suite nous confirme Gérard Gachet.
Les mairies d’arrondissement appellent à la concertation. Elles découvrent le fait accompli, scellé sans débat.
Pendant ce temps, les clubs tentent de limiter les dégâts. L’Eiffel Basket Club a lancé une pétition pour « préserver l’accès au sport à Paris face aux réquisitions répétées », mobilisant parents et éducateurs inquiets d’une saison hachée.
Un signal d’alarme national
La crispation dépasse désormais le cadre local. Le président de la Fédération française de basketball, Jean-Pierre Hunckler, alerte dans un courrier adressé à la mairie de Paris. Il évoque des dirigeants bénévoles « qui s’investissent au quotidien pour le bon fonctionnement des clubs » et qui « arrivent à un point de rupture face à la multiplication des obstacles pour faire fonctionner les structures ». Faute de solutions alternatives, certains envisageraient « un potentiel retrait auprès des instances de la FFBB ».
L’avertissement est sérieux. Le basket compte près de 680 000 licenciés en France. À Paris, comme ailleurs, ce sont des réseaux de bénévoles, d’éducateurs et de familles qui font vivre ces clubs de proximité.
Une jeunesse déjà fragile face au sport
Le paradoxe est d’autant plus frappant que la pratique sportive des jeunes connaît déjà des fragilités. Les données de l’Institut national de la Jeunesse et de l’Éducation populaire (INJEP) montrent qu’un jeune de 13 à 14 ans sur deux est inscrit dans un club sportif et qu’à peine 40 % participent à des compétitions officielles. L’engagement diminue ensuite à l’adolescence, particulièrement chez les jeunes filles.
Autrement dit, la fidélisation sportive des adolescents est un équilibre délicat. Le moindre obstacle peut accélérer le décrochage. Dans ce contexte, fermer des gymnases revient à fragiliser davantage un engagement déjà en recul. On multiplie les discours sur la lutte contre la sédentarité. On invoque l’héritage des Jeux olympiques. On promet davantage d’activité physique à l’école. Et, simultanément, on réduit l’accès aux équipements de quartier.
Hébergement d’urgence ou urgence sportive ?
La saturation des dispositifs d’hébergement d’urgence et de migrants est un problème réel. Elle appelle des réponses pragmatiques et concertées. Mais la question demeure : le sport scolaire et associatif doit-il devenir la variable d’ajustement permanente ?
Un gymnase n’est pas qu’un bâtiment chauffé. C’est un lieu d’apprentissage, de cohésion, de discipline. C’est parfois un refuge social autant qu’un terrain de jeu.
À force de déplacer les réquisitions d’un équipement à l’autre, la municipalité donne le sentiment d’une gestion par rotation, sans vision d’ensemble. Dans une capitale qui célèbre le sport à grand renfort de cérémonies, le contraste est saisissant. On entretient la flamme des grands événements. On éteint la lumière des gymnases de quartier. Et les jeunes Parisiens, eux, attendent que le coup d’envoi soit enfin donné.
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