Plateau State, Nigeria, février 2025. L’aube est encore grise quand les cris déchirent le silence du village de Zurak. Des hommes armés, visages masqués, surgissent des collines sur des motos. Ils tirent en rafales, incendient les huttes de chaume, forcent les portes de l’église en parpaings. Les fidèles qui tentaient de se cacher sous les bancs sont traînés dehors. Une jeune mère serre son bébé contre elle ; un coup de machette tranche net. Le pasteur, un homme d’une quarantaine d’années connu pour ses sermons pacifistes, est abattu d’une balle dans la nuque devant l’autel encore orné de guirlandes de Noël fanées. En quelques heures, 42 morts, 17 enlèvés, dont plusieurs adolescentes promises à la conversion forcée ou à l’esclavage sexuel. Les assaillants repartent avec du bétail et des téléphones, laissant derrière eux des corps et une église noircie par les flammes. Ce n’est pas un fait divers isolé. C’est la routine pour les chrétiens dans le centre et le nord du Nigeria.
3 490 chrétiens assassinés pour leur foi : le chiffre que la gauche refuse de voir
Selon le rapport annuel 2026 de Portes Ouvertes (Index Mondial de Persécution des Chrétiens), 4 849 chrétiens ont été assassinés pour leur foi dans le monde entre octobre 2024 et septembre 2025. Parmi eux, 3 490 – soit plus de 70 % – ont été tués au Nigeria. Le pays occupe la 7e place mondiale des nations les plus dangereuses pour les chrétiens, devant la Corée du Nord ou l’Iran. À cela s’ajoutent 2 293 enlèvements de chrétiens (sur 3 302 mondiaux), 3 632 attaques contre des églises ou bâtiments chrétiens et des centaines de conversions forcées ou de mariages forcés.

Les responsables sont connus : Boko Haram et sa branche dissidente ISWAP dans le nord-est, des groupes peuls radicaux (Fulani herdsmen) dans le Middle Belt. Les méthodes sont systématiques : attaques nocturnes sur des villages isolés, massacres à la machette pour économiser les munitions, enlèvements massifs dans les écoles ou les églises (comme les 276 lycéennes de Chibok en 2014, ou les 177 fidèles enlevés à Kaduna en janvier 2026). Depuis 2009, les ONG locales comme InterSociety estiment à plus de 50 000 le nombre de chrétiens tués, 18 000 à 19 000 églises détruites ou fermées. Le but affiché par les djihadistes : instaurer un califat, chasser ou convertir les « infidèles ».
Conflit ethnique ou jihad discret ? La gauche choisit le mensonge confortable
Les médias occidentaux parlent souvent de « conflits ethniques » ou « agricoles » entre éleveurs peuls et agriculteurs sédentaires. C’est vrai en partie : la désertification et la pression démographique exacerbent les tensions sur les terres. Mais les rapports les plus détaillés (Portes Ouvertes, Aid to the Church in Need, USCIRF) montrent que la dimension religieuse est centrale. Les assaillants crient « Allahu Akbar », ciblent prioritairement les églises, les prêtres ou les pasteurs, exigent la conversion à l’islam sous peine de mort, brûlent les croix et les Bibles. Les victimes sont presque exclusivement chrétiennes dans les zones attaquées, alors que les musulmans modérés sont aussi touchés par les mêmes groupes quand ils refusent de collaborer.

Qualifier ces massacres de « persécution religieuse » obligerait à nommer l’islamisme radical comme acteur principal. Ce qui heurte une sensibilité dominante à gauche, où l’on craint l’amalgame et l’islamophobie, cette notion fourre-tout qui jette en pâture quiconque émet la moindre critique de la religion musulmane.. Résultat : les chiffres passent sous silence ou sont dilués dans des analyses « complexes » sur le changement climatique et les conflits de ressources.
« Un nouveau mot avait été inventé pour permettre aux aveugles de rester aveugles : l’islamophobie. Critiquer la violence militante de cette religion dans son incarnation contemporaine était considéré comme du fanatisme […] Depuis quand la raison était-elle redéfinie comme la déraison ? ».
Salman Rushdie
La gauche hurle pour Gaza, mais ferme les yeux sur les 3 500 martyrs nigérians
En France, où l’on organise des marches blanches pour d’autres causes internationales, où l’on manifeste massivement pour Gaza ou l’Ukraine, le Nigeria chrétien reste quasi absent des radars. L’ONU évoque « l’une des crises humanitaires les plus vastes et les plus négligées d’Afrique« . Peu de tribunes dans Libé ou Mediapart, rares communiqués de LFI, du PS ou d’EELV. Les ONG chrétiennes comme Portes Ouvertes ou l’AED (L’Aide à l’Église en détresse) sont parfois écoutées, mais leurs rapports ne font pas la une. Quand Mélenchon ou ses proches évoquent l’Afrique, c’est souvent pour dénoncer le néocolonialisme français ou soutenir des luttes « anti-impérialistes ». Les massacres de chrétiens ? Trop gênants, trop « religieux », pas assez « progressistes ».

Le contraste est saisissant avec d’autres drames : dès qu’une minorité musulmane est visée (Ouïghours, Rohingyas), la mobilisation est immédiate et bruyante. Ici, les victimes sont chrétiennes, dans un pays musulman au sud du Sahara, et l’agresseur est islamiste. Cela ne cadre pas avec le narratif dominant. D’où le silence ou les euphémismes : « conflits intercommunautaires », « banditisme rural ». Jamais « persécution religieuse » ou « génocide rampant ».

Un écho troublant du Biafra : les « mauvaises victimes » d’hier et d’aujourd’hui
Le parallèle avec la guerre du Biafra (1967-1970) saute aux yeux. À l’époque, la population igbo du sud-est, très majoritairement chrétienne, a subi des pogroms sanglants dans le nord (1966) : des milliers de morts, des églises attaquées, des slogans religieux (« Kill the infidels »). Puis vint la sécession, le blocus fédéral, la famine organisée (1 à 3 millions de morts, surtout des enfants). La gauche occidentale, tiers-mondiste et anti-sécessionniste, a souvent minimisé le caractère ethno-religieux des massacres initiaux pour ne pas « diviser » le camp progressiste africain. On parlait de « conflit tribal » plutôt que de persécution ciblée contre une minorité chrétienne.
Aujourd’hui, le schéma se répète : une population chrétienne massacrée, des églises incendiées, des conversions forcées, et le même euphémisme (« conflits ethniques », « ressources »). La gauche française, prompte à dénoncer le colonialisme ou l’islamophobie, reste étrangement discrète quand les victimes portent une croix et que les bourreaux brandissent un drapeau noir. 50 ans après le Biafra, les « mauvaises victimes » continuent d’être reléguées au second plan.

Bonnes victimes, mauvaises victimes : la gauche trie les morts selon l’idéologie
Aujourd’hui, en février 2026, alors que 3 500 chrétiens ont été tués au Nigeria l’année dernière – plus que dans tous les autres pays du monde réunis –, le silence de la gauche française est assourdissant. Ce n’est pas une question de chiffres absolus, mais de cohérence morale. On peut condamner toutes les violences sans hiérarchie. Mais quand on choisit ses indignations en fonction de l’idéologie, on finit par trahir les victimes qui ne rentrent pas dans le cadre.
Les chrétiens du Nigeria ne sont pas des « mauvaises victimes » parce qu’ils sont chrétiens ou parce que leurs bourreaux se réclament de l’islam. Ils sont simplement des êtres humains massacrés pour leur foi. Les ignorer, c’est non seulement les abandonner une seconde fois, mais c’est aussi révéler une hypocrisie qui, à force de se répéter, finit par discréditer toutes les luttes pour la justice.
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/nigeria-3-500-chretiens-tues-en-un-266635

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