
Compliqué, aussi, la dénonciation d’un « budget socialiste » sans pour autant censurer ce gouvernement. En fait, on a bien compris que la ligne n’est ni idéologique, ni stratégique, mais tout simplement tactique : essayer de passer l’obstacle d’une éventuelle dissolution qui risquerait d’être un carnage électoral en espérant que demain, ça ira mieux, qu’on ne sait jamais ce qu’il peut arriver, et tirer des bords jusqu’à 2027. Donc, Xavier Bertrand n’a pas tort : il faut clarifier.
Après la « défaite cuisante et historique » de Haute-Savoie
Il n’a pas tort et a même plutôt raison lorsque, dans ce courrier, il pointe du doigt « la défaite cuisante et historique lors de l’élection législative partielle dans la 3e circonscription de Haute-Savoie ». C’est peu dire. Mais curieusement, pour Xavier Bertrand, cette défaite est la preuve de la nécessité de cette clarification. Il semble bien, pourtant, que l’électorat de cette circonscription, qui a toujours été a droite, a « fait le job » : « Les électeurs ont préféré un candidat de l’extrême droite », constate, lui-même, l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy, qui se garde bien de préciser que le candidat LR a été soutenu par la Macronie, la gauche et l’extrême gauche au second tour de cette élection. Les choses sont donc claires, tout du moins pour les électeurs.
Des mesures disciplinaires à l’encontre du général Gomart
Et puis, il y a cette prise de position du général Gomart (« M. Christophe Gomart », comme l’écrit Bertrand), député LR au Parlement européen : « Si j’étais Niçois, bien évidemment, je voterais Éric Ciotti. » Et d’ajouter : « Il faut bien une union des électeurs de droite, si on veut que la France se réforme. » Une ligne idéologique et stratégique claire. Enfer et damnation, Bertrand demande dans sa lettre à Bruno Retailleau des « mesures disciplinaires d’exclusion » à l’encontre de l’eurodéputé. Stricto sensu, au plan statutaire, Xavier Bertrand a sans doute raison. Demande courageuse, puisqu’elle place la question des principes au-delà de celle de l’attrition des effectifs ! En effet, rappelons que les députés au Parlement européen élus sur la liste LR étaient jusqu’à présent six (quand le RN en compte trente…) : François-Xavier Bellamy, Céline Imart, Christophe Gomart, Isabelle Le Callennec, Laurent Castillo et Nadine Morano. Laurent Castillo venant de quitter le groupe du PPE pour rejoindre le groupe Les Patriotes dans lequel siègent les députés RN, jusqu’où faudra-t-il poursuivre la saignée sans mettre en danger la vie du malade ?
Et le soutien de LR à Estrosi ?
Xavier Bertrand a donc sans doute raison mais, curieusement (pardon si nous nous trompons), il ne semble pas qu’il ait réagi (ou alors pas très fort) lorsqu’en décembre, les LR officialisaient « de manière officieuse leur soutien à Christian Estrosi à Nice », désormais Horizons, comme l’avaient titré malicieusement nos confrères de France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur. Cela mérite une petite explication, histoire de comprendre la ligne. Une ligne idéologique, stratégique ou tactique ? On ne sait trop. Le 17 décembre dernier, le bureau des LR annonçait qu’il désignait la sénatrice LR Dominique Estrosi-Sassone (ex-épouse de Christian Estrosi) comme « cheffe de file à Nice ». Cette nomination d’un nouveau genre à l’approche d’une élection municipale valait soutien officieux à la candidature d’Estrosi à sa réélection, puisque Mme Estrosi-Sassone est conseillère municipale et soutien du maire sortant Horizons. Du grand art.
C’est beau comme du Barbelivien
Mais reconnaissons que Xavier Bertrand a des principes. « Pour gagner, soyons nous-mêmes », a tweeté Bertrand, en postant sa lettre sur X. C’est beau comme du Barbelivien. Celui qui devint président de la région Hauts-de-France en 2015 grâce au désistement de la gauche pour faire barrage au FN préférera toujours faire élire un communiste ou un Lfiste qu’un RN ou un UDR. Une « ligne stratégique et idéologique » qui a au moins le mérite de la clarté. Une ligne droite, faite néanmoins de quelques allers-retours. Souvenez-vous : en décembre 2017, Xavier Bertrand quittait « définitivement » les LR après l’élection de Laurent Wauquiez à la présidence des LR, dénonçant « une dérive » (droitière). « Définitivement », c’est-à-dire pour toujours ? Pas tout à fait, puisqu’en définitive, Xavier Bertrand, en novembre 2021, reprenait sa carte aux LR. S’il n’en reste qu’un, ce sera lui. Définitivement ?
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